L’homme qui n’oublie pas

Si la querelle du coq et du coquelet de la basse-cour bleue a été comique, il n’a sans doute pas fait rire le responsable de la ferme : Navin Ramgoolam. Xavier Duval, le ministre des Finances, le sait. Par contre, mesure-t-il ce que sa rodomontade pourrait lui coûter à l’avenir ?

« La nomination des ministres est la prérogative du Premier ministre et de personne d’autre », a déjà précisé Navin Ramgoolam dans le passé. Le leader du PMSD et patron politique de Michael Sik Yuen a toutefois donné l’impression de vouloir oublier cet aspect important de notre system westminstérien. En appelant directement ou à travers ses subalternes le ministre du Tourisme à rendre son portefeuille cette semaine.

Si Ramgoolam manie habituellement le fouet à la moindre mise en cause de ses prérogatives de Premier ministre, il a néanmoins semblé n’accorder que peu d’importance – du moins, en public – à la crise de « chefisme » de Duval. Préférant se moquer des « wishful thinkers » espérant la démission de Sik Yuen. Mais peut-on en conclure que l’épisode Sik Yuen-Duval est clos pour Ramgoolam ? Peut-être pas. Celui qui se décrit volontiers comme « un homme qui n’oublie pas » pourrait en effet faire payer son audace à Xavier Duval. Mais quand ?

Le cas de Rama Sithanen peut nous apprendre quelques leçons sur la manière de procéder de Ramgoolam dans ces cas. En effet, la facture de ses bravades a été présentée à l’ancien ministre des finances avec trois ans de retard. C’est en février 2007 que Sithanen menace pour la première fois de claquer la porte du Conseil des ministres lors de l’arrivée de Manou Bheenick à la tête de la Banque  de Maurice. Un nouvel épisode de tension survient quelques mois plus tard. Deux ans après, c’est dans l’express dimanche que Sithanen commet un nouvel impair en affirmant qu’il restera à son poste même si Pravind Jugnauth se joint au gouvernement.

Mais ce n’est qu’en avril 2010, lors de l’officialisation de l’alliance PTr-MSM que Sithanen comprend, de la bouche de Ramgoolam, que « personne n’est indispensable ». Il paye alors enfin le fait d’avoir osé défier la prérogative du chef du gouvernement de nommer et de démettre ses ministres. Mais peut-on réellement se baser sur l’expérience de Sithanen pour tenter de prédire le sort que réserve Ramgoolam à Duval ?

C’est que le parcours et la place des deux hommes aux côtés de Ramgoolam sont différents. Contrairement à Sithanen, Duval n’a enclenché aucune réforme majeure. Si Ramgoolam avait souffert de ne pas bénéficier de la copaternité de la réforme Sithanen, il n’a absolument pas ce problème avec Duval. Qui ne se prive pas, au moment de la présentation du Budget de faire preuve d’allégeance en soulignant à quel point son discours est élaboré avec la bénédiction et sous la direction du Premier ministre.

Mais si Duval ne fait pas d’ombre à son chef, il en fait aux lieutenants de ce dernier. Y reconnaissant sans doute un peu de leurs propres travers, les rouges dénoncent volontiers une « culture PMSD » caractérisée par la protection outrancière de certains poulains et le contrôle, jugé trop important, qu’exerce Duval sur certaines administrations. Ce qui génère, au final, la même colère qu’à l’époque de Sithanen. L’ancien ministre des Finances frustrait ses collègues en refusant de céder à certaines de leurs demandes. L’actuel titulaire du poste suscite l’ire des rouges en ne voulant pas partager un gâteau dont il réserve en priorité les parts aux bleus. Comme pour Sithanen, Ramgoolam tiendra compte du sentiment général que provoque Duval chez les rouges pour se décider le moment venu.

Dernier élément déterminant pour Ramgoolam : sa stratégie d’alliance. Sacrifier Sithanen en s’alliant avec le MSM de Pravind Jugnauth faisait sens en 2010 pour le Premier ministre. Quels sont désormais ses choix logiques ? En sachant que les dernières municipales ont confirmé une chose : le PMSD n’est pas d’un apport électoral décisif aux rouges en milieu urbain.

Si les bleus étaient les « 5 sou ki fer [mo] roupi kare » de sir Anerood Jugnauth dans le passé, Ramgoolam pourrait être tenté de dire la même chose d’Eric Guimbeau désormais. Ce qui ferait de Duval une pièce dispensable dans son dispositif électoral. Pis, si le Premier ministre caresse toujours l’idée de trouver une grande entente électorale avec le MMM, il ne fera aucun doute que Xavier Duval sera le premier dommage collatéral de cette union.

Que peut donc espérer Duval à l’issue de son épreuve de force avec son ministre ? Peut-être tout simplement tenir jusqu’en 2015 aux Finances. Au vu de ce qui vient de se passer durant la semaine, ce serait déjà une performance honorable.

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