Satyamev Jayate

« Seule la vérité triomphe. » Avant d’être la devise de la République indienne, Satyamev Jayate est surtout un élément du Mundaka Upanishad, l’un des textes fondateurs de l’hindouisme. Mais la vérité ne s’invente pas. Elle est. C’est ce que ne réalisent pas quelques larbins qui crient opportunément au « hindu bashing » en cherchant à faire croire que l’on peut réduire l’affaire Soornack à une prétendue dimension ethnique.

Cette posture démontre la faiblesse de l’argumentaire de cette clique « d’avocats » qui se spécialise dans la défense du pouvoir et de ceux qui gravitent autour. Dans leur précipitation à dénoncer cette « presse créole » – dont, ironiquement, certains des responsables s’appellent Raj et Rabin –, ces sous-fifres en oublient de préciser quelques faits sur leur propre compte. Un petit rappel s’impose donc.

La meute de pourfendeurs de cette « presse créole » fantasmée est composée de personnes qui ont chacune des intérêts directs avec le pouvoir. Les uns ont obtenu des terrains de l’Etat à bail. D’autres ont décroché, à travers leurs proches, des contrats de transport auprès d’entreprises publiques. Quelques-uns, avec la bénédiction de leur seigneur, sont devenus des « board members » professionnels au sein d’institutions financées par l’argent du contribuable. A bien y voir, on a donc affaire à une bande d’opportunistes qui s’acharne à protéger ses propres intérêts tant que ces derniers coïncident avec ceux de leur maître.

On peut également théologiser l’affaire afin de mieux établir que ces prétendus « défenseurs de la femme hindoue » ont tout faux. En effet, cette foi est bâtie autour de la notion centrale de Dharma qui rassemble loi et éthique. Or, l’adarsh bharatiya nari (la femme indienne idéale), celle qui incarne les valeurs de Dharma, c’est Sita, la femme de Ram. Non pas la démone Surpanakha qui, selon la légende, avait obstinément tenté de séduire Ram et dont l’impudence avait été punie par un bout de nez tranché. Malgré l’évidence sur l’identité de la personne à soutenir, la meute d’aboyeurs semble s’être liguée pour défendre Surpanakha, sans un mot pour Sita, la bafouée. Autant pour leur attachement aux valeurs de leur foi !

Malgré tout, cette affaire et les évènements de la semaine écoulée nous donnent l’occasion d’élargir le cadre de la réflexion vers la notion de Kali Yuga. Selon la théologie hindoue, cette ère se distingue par l’effondrement des valeurs morales et l’incapacité des classes dirigeantes à prendre des décisions saines en plaçant l’intérêt général au-dessus d’intérêts particuliers. A regarder autour de nous, il ne fait aucun doute que la description des textes anciens correspond à peu près au paysage politique et institutionnel actuel.

Néanmoins, un évènement de cette semaine nous a donné l’occasion d’espérer. En effet, la décision de Paul Bérenger d’annoncer sobrement et avec dignité son cancer constitue un moment décisif de notre vie politique. Il y aura bien un avant et un après « annonce de Bérenger ». Désormais, les politiques qui décideront de cacher leur maladie ou tout autre fait susceptible de les empêcher d’assumer pleinement toutes leurs responsabilités publiques seront jugés encore plus sévèrement par l’opinion publique.

En incarnant le sens de la responsabilité et de « redevabilité » que l’on est en droit d’attendre d’un leader politique, Paul Bérenger condamne en fait ses contemporains à suivre son exemple. Mais combien le feront vraiment ? Et combien choisiront malgré tout de taire des vérités qui, tôt ou tard, se sauront ? Pour certaines dans des circonstances dramatiques et pour d’autres, dans la honte et la réprobation populaire à la une des journaux. Chacun assume ses responsabilités vis-à-vis des citoyens, de l’histoire et de la vérité. Car qu’on le veuille ou non, Satyamev Jayate.

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