Le perdant des municipales

C’est un roman-fleuve. Dont l’écriture du nouveau tome commence demain après-midi. Si Navin Ramgoolam, sir Anerood Jugnauth, Paul Bérenger et Xavier Duval en sont les principaux protagonistes, seuls deux d’entre eux endosseront le rôle des narrateurs du nouvel ouvrage. Dont le titre devrait probablement être : « Renégocions ! » Ce titre se justifie de plusieurs manières.

Malgré les fanfaronnades des principaux responsables du « Remake de 2000 », leur alliance est bâtie sur des fondations insuffisamment solides. Il y a d’une part l’âge de SAJ. Dans le meilleur des cas, il reprendra le poste de Premier ministre, en cas de victoire du « Remake », à l’âge de 82 ou 83 ans. Sinon c’est à 85 ans qu’il prétendra occuper pendant trois ans le poste qu’il a abandonné en septembre 2003. Il n’est pas dit que l’électorat préférera à terme le vieux renard écrasé par l’âge au lion usé par une décennie de règne sans partage. Paul Bérenger en a conscience.

Ce que le leader du MMM sait d’autre part, c’est qu’en cas de victoire du « Remake », il devra travailler en étroite collaboration avec Pravind Jugnauth. Qui sera ensuite appelé à prendre sa succession à la tête de l’alliance MSM/MMM. Or il n’est un secret pour personne – SAJ compris – que les deux futurs « partenaires » se méprisent cordialement. Le fait que Pravind Jugnauth et Paul Bérenger se soient très peu affichés ensemble lors de la campagne des municipales n’est en rien anodin. Les deux hommes, en effet, ont fait preuve d’une honnêteté louable en évitant des salamalecs publics qui n’auraient dupé ni la presse ni leurs partisans respectifs.

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Il y a également ce facteur X qui lie Bérenger et Ramgoolam. Les deux adversaires officials de la scène politique locale entretiennent une relation alchimique qu’ils arrivent difficilement à cacher dès qu’ils se laissent aller à oublier la présence des objectifs et des micros lors de leurs rencontres publiques. C’est un fait : à choisir un allié, Ramgoolam préférerait Bérenger. L’inverse est également vrai. Ce qui est réel, toutefois, c’est que les deux hommes se font très peu confiance. Blessés tous deux par des attitudes et trahisons du passé.

Les blessures non guéries n’ont néanmoins pas empêché les deux hommes de reprendre des négociations en juillet afin de dégager un consensus sur une réforme des institutions… mais également un accord électoral. Certes, les points de vue divergents sur la question du Best Loser System ont constitué le « macadam » des pourparlers. Mais au fond, un élément crucial faisait défaut à la négociation : une évaluation actualisée de la force du MMM permettant de jauger le crédit à accorder à telle ou telle demande mauve.

C’est justement cette démonstration que s’apprête à faire le parti de Bérenger. Les municipales sont en effet l’occasion de démontrer la vivacité du mauve dans les régions où le MMM tire ses plus forts soutiens. Les bulletins de vote dépouillés auront ainsi une infl uence certaine sur l’attitude qu’adopteront Ramgoolam et Bérenger lors de leur nouvelle phase de négociations.

Les possibilités ne seront pas illimitées à l’issue du décompte des voix demain. Un « Remake » triomphant par un cinglant 4-1 forcera Ramgoolam à prêter plus attention aux demandes et réserves de Bérenger dans le cadre d’un accord. Un 3-2 en faveur de l’opposition donnera tout juste la possibilité au MMM de blâmer le MSM pour son manque d’apport électoral. Offrant au passage à Bérenger une excuse toute trouvée pour remettre en cause le « remake », voire l’enterrer, comme cela avait été le cas à l’issue des précédentes municipales en octobre 2005. Une victoire nette – elle semble improbable – du gouvernement accélérera la prise de décision de Bérenger qui, on peut le deviner, s’empressera alors d’aller trouver un terrain d’entente avec Ramgoolam.

S’il est possible qu’aucun grand gagnant ne se dégage à l’issue des municipales d’aujourd’hui, celles-ci produiront toutefois très probablement un grand perdant : SAJ et son MSM. A moins qu’un improbable 5-0 ne se dessine et que Bérenger finisse par être convaincu que SAJ et son parti en sont directement à l’origine. Mais cela relèverait alors, non d’un roman-fleuve, mais d’un scénario de conte de fées. Et on le sait, en politique comme dans la vie… les fées n’existent pas.

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