Leçon de vote

Votez à vos risques et périls. La semonce est signée Michael Sik Yuen. L’actuel ministre du Tourisme et ancien maire de Curepipe a prévenu ses anciens administrés : ne pas choisir l’alliance au pouvoir lors des municipales peut prêter à conséquence. Notamment, être abandonné par le gouvernement et privé de financements. L’impétueux Sik Yuen n’a pas été ramené à l’ordre par des responsables plus sages du gouvernement. Pire, Nita Deerpalsing et Xavier Duval ont accrédité la menace de Sik Yuen. C’est à se demander si ce dernier n’a pas finalement dit tout haut ce que l’on pense tout bas au sein du gouvernement. Si c’est le cas, il faut en tirer trois leçons.

Premièrement, le gouvernement méconnaît l’un des principes fondamentaux de la démocratie : l’électeur est souverain, il peut voter pour le candidat qu’il souhaite et tout aussi librement changer d’avis le cas échéant. Or, à entendre Sik Yuen et d’autres membres du gouvernement, les citadins et villageois auraient une sorte d’obligation à voter utile. Soutenir le parti au pouvoir afin d’assurer la continuité de son action gouvernementale à l’échelle régionale.

Mais aucune obligation de la sorte n’existe. De grandes démocraties ont déjà démontré que des divorces autrement plus tempétueux au sein de l’État peuvent avoir lieu. Ainsi, les présidents américains et français se retrouvent parfois face à des assemblées élues majoritairement composées de parlementaires d’un bord hostile. Cela ne paralyse pas pour autant la gestion de leurs pays respectifs. Il y a donc quelque chose de malhonnête à prétendre que les administrés des villes pourraient pâtir à la suite d’un mauvais placement de croix sur leur bulletin de vote. Ce qui nous amène à l’autre leçon.

Deuxièmement, l’attitude du gouvernement démontre le peu de considération qu’il accorde à la Local Government Act de 2011 dont l’objectif principal – il faut le rappeler à Sik Yuen et  ses camarades – est de permettre aux collectivités de « manage autonomously, through elected  local authorities, the economic and social well-being of their areas ». On a beau chercher, la loi ne  fait aucune mention du fait que les conseillers  à la tête des administrations régionales doivent être du même bord que le gouvernement afin de bénéficier des subventions et aides de l’État auxquelles leurs mairies et conseils de districts ont légitimement droit.

Par ricochet, le peu de cas que font les responsables du gouvernement de l’autonomie des collectivités locales explique également en grande partie la mise en place d’un régime de tutelle généralisée des maires et présidents de conseils de districts. En théorie, ils sont en mesure de « issue general policy guidelines » mais en pratique, cette tâche revient au gouvernement. Cela explique d’ailleurs pourquoi ce gouvernement, et même les précédents, ont amorcé une nouvelle « politique locale » depuis la fin des années 80. En y installant des « hommes forts » dont la qualité primordiale est leur prodigieuse capacité à suivre docilement les directives en provenance de l’Hôtel du gouvernement. Et l’on s’étonne après que les mairies et conseils de districts soient devenus, au fil des années, la risée des administrés dont ils sont censés défendre les intérêts.

La troisième leçon les concerne d’ailleurs. Au fond, ce que Sik Yuen et le gouvernement disent à ceux qui vont voter les 2 et 9 décembre prochain, c’est de s’abêtir et de porter des œillères qui ne leur feraient voir que ce que proposent les poulains du gouvernement. En effet, l’électeur est censé ne rien entendre et ne rien savoir des propositions de l’opposition ni de ses candidats de valeur et se contenter de déposer ses trois croix aveuglément à côté du symbole de l’alliance PTr/PMSD.

De nombreux citoyens trouveront à redire à cette injonction et exerceront, malgré tout, leur choix en toute liberté dans l’isoloir. Toutefois, une partie du peuple admirable flaire déjà le bon filon. Si voter pour le gouvernement permet l’obtention d’aides et de facilités du gouvernement dans la ville. Peut-être que la même action permet également de percevoir des avantages plus personnels… sonnants et trébuchants. Dans certains quartiers, des électeurs désabusés  mais opportunistes formulent déjà de telles demandes. En face, des candidats tout aussi opportunistes se tâtent. Tout est bon, dans certains cas, pour obtenir un vote. La menace… ou la corruption !

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