Faux départs

Des excuses sont de rigueur. Vous y avez droit car vous avez été berné. Le magazine que vous tenez entre les mains vous a fait croire qu’une goutte d’espoir subsiste dans l’océan de médiocrité et d’opportunisme dans lequel baigne notre personnel politique.

La semaine dernière, nous avions choisi de titrer sur le « plan d’attaque de l’opposition » dans le cadre de la rentrée parlementaire. Les hostilités n’ont toutefois pas été déclenchées. En effet, parmi toutes les questions polémiques et gênantes que Paul Bérenger aurait pu choisir pour sa première Private Notice Question de la saison, le leader du MMM a opté pour la plus déroutante : la réforme électorale. Signifiant, au passage, à quel point son parti semble désespérément à la recherche d’une nouvelle opportunité de discuter avec Ramgoolam. Nous nous excusons donc d’avoir surestimé la loyauté de l’opposition envers l’électeur qui l’a envoyée au Parlement pour réclamer des comptes au gouvernement et en contrôler l’action.

A entendre l’opposition, l’heure des comptes sonnera pour l’administration Ramgoolam lors des élections municipales que l’on annonce imminentes. Est-ce bien le cas ? Ce principe comptable est-il d’ailleurs seulement le bon ? La presse, ici encore, a contribué à faire du résultat des prochaines municipales un enjeu national de premier ordre. Une sorte de baromètre ultime de la popularité du gouvernement. Le signe avant-coureur de sa réussite ou de sa débâcle à l’horizon 2015. C’est un raccourci trompeur.

Aidons-nous des statistiques du recensement de la population de 2011 pour rétablir les faits. Déjà, seuls deux Mauriciens sur cinq habitent en région urbaine. Les trois autres votent dans le cadre d’élections villageoises marquées par une absence, parfois totale, de polarisation politique. Ainsi à Surinam, Petit-Raffray ou Mare-d’Australia, les listes de 12 larozwar, 12 larou ou 12 fanal abritent souvent des candidats aux allégeances politiques parfois contraires sans nuire à l’esprit d’équipe des candidats.

Le « grand baromètre national » que constituent les prochaines élections municipales ne sera donc que l’affaire d’environ 375 000 électeurs urbains. Dont la moitié ne se souciera d’ailleurs même pas d’aller voter. C’est donc à partir des suffrages exprimés par moins de 20 % de l’électorat national que l’on estimera que l’opposition est bien partie pour remporter les prochaines élections générales ou non. Autant dire que l’on s’apprête à pronostiquer l’issue d’une course de chevaux en tenant compte des performances de seulement deux des dix partants !

C’est justement pour que tout le monde soit non seulement partant mais aussi « participant » au processus démocratique que l’actuel Best Loser System a été remis en cause successivement par des mouvements comme Rezistans ek Alternativ puis par des formations mainstream comme le Parti travailliste. Or, depuis début septembre, la presse, nous compris, a commis une autre bourde. En plaçant au centre du débat public une question stupide : faut-il mettre à jour le recensement religieux et ethnique de 1972 ?

Ce que la presse a toutefois omis de dire avec force, c’est que le recensement sur une base ethnico-religieuse n’a jamais cessé à Maurice. Une version actualisée des statistiques de 1972 existe ! Elle date de 2011 et peut être librement consultée sur le site de Statistics Mauritius. On y découvre que les grands équilibres sont les mêmes 40 ans après. Les hindous (tamils/telegu/marathis inclus) constituent toujours le plus important groupe religieux à Maurice (48% en 2011 contre 50% en 1972). Suivent ceux que l’on peut associer à la population générale (32% contre 30,7%), les musulmans (17% contre 16%).

Du coup, la polémique déclenchée ainsi que les mises en garde adressées – y compris dans cette même rubrique – semblent démesurées. Tout le monde s’est emballé au sujet d’une question qui, au final, a déjà été tranchée par une écrasante majorité des « heads of household » ayant répondu à toutes les questions de la page 6 du questionnaire du dernier recensement de la population. En effet, seuls 10 000 mauriciens sont répertoriés comme ayant « no religion » ou ayant refusé d’identifier leurs confessions et origines.

Ainsi va la politique locale. Et ainsi va la presse, s’emportant en même temps que les leaders politiques. Nous ne vous promettons pas de ne pas nous emballer la prochaine fois – c’est parfois un réflexe atavique chez le journaliste. Nous vous promettons toutefois de reconnaître a posteriori nos erreurs. En espérant que l’adage « faute avouée est à moitié pardonnée » soit juste…

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One response to “Faux départs

  • Siganus Sutor

    Le recensement de 2011 est faux : ils ne sont jamais venus chez moi. (Pas plus que chez mon voisin d’ailleurs.) Pourtant, les autorités ont bien mon adresse puisque l’officier du recensement électoral est venu s’assoir à ma table en 2010 (ou était-ce en 2009 ?). En tant que head of the household — s’agit-il automatiquement du mari et père de famille ? —, je n’ai donc répondu à aucune question de la page 6.

    Mais à la page 7 on trouve une question qui m’avait donné beaucoup de plaisir la fois précédente : « write the language(s) spoken by the person’s ancestors ». Ils parlaient quelle langue, déjà, Adam et Ève ? Mais sans doute d’autres petits malins ont-ils eux aussi pris leur pied à énumérer une bonne demi-douzaine de langues, certaines mortes depuis belle lurette, car juste au dessous de la question on peut dorénavant lire la mention suivante : “up to two answers are possible”.

    Mais le pompon reste quand même cette phrase-là : “For census purposes, consider creole and bhojpuri as languages.” If they aren’t languages, what are they then? A musical genre? A secret code? A noise?

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