Retour aux fondamentaux

Le débat glisse inexorablement. Depuis que le MMM a soumis sa proposition de faire passer le nombre de députés de 70 à 90 dans le cadre de la réforme électorale, chacun y va de son nombre parfait de parlementaires. Le problème, c’est que cette obsession semble désormais l’emporter sur les considérations de fond.

Depuis deux semaines, les propositions se multiplient en effet. Jocelyn Grégoire s’est invité dans le débat en proposant un Parlement composé de 100 membres : 80 élus au First Past the Post (FPTP) et 20 à la proportionnelle, siégeant dans un Sénat nouveau. Tandis que d’autres bons samaritains évoquent la possibilité de réduire le nombre de députés actuel. En ne faisant élire que deux parlementaires par circonscription pour ensuite en désigner 20 autres à la proportionnelle. Les plus hardis suggèrent, en complément, un redécoupage des circonscriptions. La mise en œuvre de solutions théoriques plaisantes pourrait toutefois s’avérer hautement périlleuse.

La solution de Grégoire accentuerait ainsi les disparités déjà criardes. Le nombre d’électeurs par député à Port-Louis-Sud/Centre (n°2) passerait à 6240 tandis que Pamplemousses/Triolet (n°5) en compterait 14687! Les partisans de la réduction du nombre de parlementaires ouvriraient également une boîte de Pandore. Les réflexes conservateurs de vote d’une majorité de la population généreraient en effet des bouleversements drastiques dans la représentation des minorités au Parlement si jamais le nombre de députés par circonscription passait de 3 à 2.

Les circonscriptions de Port-Louis-Sud/Centre (n°2), Port-Louis-Maritime/Est (n°3), Montagne-Blanche/GRSE (n°10) et Souillac/Rivière-des-Anguilles (n°13) confondues enverraient alors probablement quatre députés musulmans en moins au Parlement. Tandis que Mahébourg/Plaine-Magnien (n°12) cesserait, d’une élection sur l’autre, de faire élire un candidat de la population générale. Si l’on ajoute à cela les palabres interminables liées à la proposition d’un nouveau redécoupage des circonscriptions, on se retrouvera avec une réforme électorale encore en discussion à l’horizon 2112…

Paul Bérenger et Navin Ramgoolam ont tous deux leur part de responsabilité dans le marasme ambiant. Le premier cherche par tous les moyens à séduire et reconquérir l’électorat musulman, et multiplie les propositions pour ne pas le brusquer. D’où l’élaboration d’un garde-fou made by MMM pour rassurer la communauté dans l’éventualité de la disparition du Best Loser System.

Le second est, lui, particulièrement retors. Il faut en effet redire l’évidence : le Premier ministre n’a aucune intention d’offrir une réforme électorale au MMM sans s’assurer d’un accord permettant aux deux principaux partis de partager le pouvoir et de gouverner ensemble. Le Premier veut négocier l’un PUIS l’autre. Le second exige de négocier l’un ET l’autre en concomitance. Le blocage vient de là. Obnubilés par leurs objectifs politiques à court et moyen termes, les deux leaders politiques semblent avoir oublié les objectifs fondamentaux de la réforme électorale. Il est utile de se les rappeler.

La réforme doit être inclusive et assurer la représentativité de toutes les composantes de la population au Parlement. La tendance actuelle des leaders d’aligner les candidats au « bon profil » aide déjà largement à assurer cette représentativité dès l’élection des 62 députés au FPTP. Une bonne réforme doit permettre d’améliorer cette représentativité. C’est ce que les listes proportionnelles tendraient à favoriser.

Une réforme efficace doit également permettre aux femmes de mieux participer au processus de décision gouvernemental et législatif. Puisque les leaders politiques peinent à les y conduire volontairement, la réforme doit les amener à le faire, par la contrainte s’il le faut. L’autre objectif fondamental d’une bonne réforme doit être l’atténuation des effets du système FPTP. Qui condamne, par exemple, le parti perdant les élections générales à n’avoir que trois députés sur 60 alors qu’il a recueilli près de 40% des suffrages. C’est ce qui est arrivé au PTr en 1991.

Enfin, et cela est de plus en plus relégué au second plan : la prochaine réforme électorale ne saurait être complète si elle ne s’attelle pas à assainir le fonctionnement de nos partis politiques. Notamment en encadrant leur existence juridique et économique à travers une loi sur le financement des partis dans le pays. C’est de tout cela dont il est question. A entendre Bérenger et Ramgoolam s’invectiver à longueur de journée sur la lenteur des négociations sur la réforme, on a parfois tendance à l’oublier.

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