Abu et les 900 000 resquilleurs

Heureux qui, comme un électeur de Souillac/Rivière-des-Anguilles, a un « minis dans lame » ! Pendant que les uns louent le député-ministre « caring » qu’est Abu Kasenally, d’autres dénoncent son manque de respect envers les institutions. Mais peu importe l’interprétation qu’on donne aux faits, ceux-ci demeurent indiscutables. Samedi dernier, le ministre des terres et du logement s’est autorisé à appeler le responsable d’un poste de police pour s’enquérir de la situation d’une personne en état d’arrestation . Cet appel a, en apparence, fait des merveilles, car le sympathisant de Kasenally a recouvré la liberté le jour même. Qui a donc dit que les ministres et députés ne savaient pas être efficaces ?

Certainement pas Nita Deerpalsing. L’égérie rouge s’était en effet illustrée en décembre 2011 en volant au secours d’un marchand ambulant de Quatre-Bornes. Des policiers ayant eu la mauvaise idée de demander au vendeur de briani d’évacuer le trottoir avaient été sermonnés par la députée de la circonscription. L’instinct de protection de cette dernière était d’ailleurs telle qu’elle aurait, dans la foulée, enjoint au commerçant de « kontinie vann ou briani », lui assurant que « personn pa pou kapav fer ou narien ».

A la décharge de Kasenally et de Deerpalsing, les deux incidents auxquels ils ont été mêlés sont révélateurs de dysfonctionnements latents. Il y a quelque chose de profondément absurde au fait qu’un citoyen lambda puisse passer une nuit ou deux en cellule pour avoir oublié de payer une amende. Tout comme il est révoltant de voir la police d’une localité déployer les grands moyens pour déloger un marchand ambulant hors-la-loi tandis que les prostituées pullulant sur les mêmes trottoirs la nuit tombée bénéficient d’un incompréhensible sauf-conduit.

Mais ces bémols aux comportements de ces deux politiques ne sauraient occulter le problème de fond. Kasenally et Deerpalsing illustrent à merveille la relation complètement viciée qu’entretiennent une grande partie des 903 005 électeurs de la République avec leurs députés et ministres. L’électeur, si prompt à critiquer notre système politique et ses principaux acteurs, en oublie qu’il est également l’un des principaux protagonistes.

Pour s’en convaincre, il suffit de procéder à un exercice simple : demander au citoyen lambda d’évaluer la performance de ses représentants au Parlement ou au Conseil des ministres. On découvre alors que la principale préoccupation de l’électeur n’est pas d’ordre « macro-politique ». Peu de Mauriciens s’intéressent en effet aux indicateurs économiques et autres grandes stratégies et plans d’infrastructure nationaux. La préoccupation principale du votant moyen est plutôt constituée d’une trilogie simple : emploi/pouvoir d’achat ; santé/sécurité et la prévoyance pour ses proches.

Ce sont ces indicateurs de performances qui sont utilisés pour évaluer la performance des politiques. Ainsi, les ministres et députés auront beau recevoir des centaines de mandants les mercredis et se targuer de leurs réalisations nationales, les mandants poseront invariablement les mêmes questions pour évaluer leurs performances. Komie dimoun li finn fer rant travay ? Komie patant li finn fer gayne ? Eski li fine ed dimoun pey enn det ou bien koul enn dal ? Quelques rares altruistes iront, eux, jusqu’à demander : komie sime li finn fer refer dan landrwa ?

Il y a donc quelque chose de profondément comique à voir quelques honnêtes citoyens s’offusquer du comportement des Deerpalsing et Kasenally dans la presse ou durant les émissions « phone-in » des radios. Car d’une part, ils sont loin de refléter la mentalité générale des électeurs qui voudraient bien avoir des députés interventionnistes « dan lame ». Et d’autre part, parce que les faits d’armes des deux membres du Parti travailliste ne sont que la partie émergée d’un iceberg d’interventions politiques intempestives et quotidiennes qui passent malheureusement inaperçues. Parce qu’elles ne sont tout simplement jamais dénoncées.

Il faut se demander pourquoi donc Deerpalsing et Kasenally sont les quelques rares à l’avoir été. La réponse semble évidente. C’est parce que les autres interventionnistes de tout poil ont eu à faire à des complices, voire à des victimes beaucoup plus conciliantes. Notre belle nation de resquilleurs semble avoir de beaux jours devant elle !

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One response to “Abu et les 900 000 resquilleurs

  • Siganus Sutor

    « Abus » ou « Aboo » ?

    la relation complètement viciée qu’entretiennent une grande partie des 903 005 électeurs de la République avec leurs députés et ministres

    Mwa, mo ban dépité mo pa mem konn zot figir, ek mo bien kwar monn bliy zot non. Mo tia bien kontan zwenn zot enn zour, parski ena problem drain dan lendrwa… (Ena enn “place of worship” ki pé pousé kouma sanpion, ek li pé kré enn ta tapaz ek déranzman, bé pou sa mo koné zot pa pou kapav/oulé fer narien.)

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