Tous égaux… dit-on

Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi des marchands ambulants délogés des abords du marché central – un lieu où ils ne sont pas censés commercer – jugent-ils normal d’assiéger la municipalité de Port-Louis ? Au nom de quoi les représentants d’employés des transports en commun s’autorisent-ils à appeler à la désobéissance civile en octobre pour protester contre le permis à points ? Menaçant au passage de compromettre l’avenir de jeunes enfants prenant part aux épreuves du CPE. C’est à croire qu’un nombre grandissant de Mauriciens oublient qu’ils vivent dans une République dont le fondement est l’égalité des citoyens devant le droit.

Au fond, ce sont les politiques qui, à travers leurs choix clientélistes, ont contribué à la déliquescence de notre Etat de droit. Leurs faits d’armes sont nombreux. Pendant que les squatteurs de Case-Noyale ou de Dubreuil étaient évacués manu militari en 2010, ceux de Vallée-Pitot et Vallée-des-Prêtres – politiquement mieux protégés – jouissaient de l’étonnante faculté de squatter en toute quiétude… et de détourner les tracés d’autoroute.

Cyniquement, nos élus gèrent depuis des années des problèmes humains avec des arrière-pensées politiciennes. Laisser des squatteurs issus de milieux défavorisés s’installer dans un coin de l’île permet, a contrario, de faire remonter en toute impunité des protégés sur la liste d’attente prioritaire des logements sociaux les plus courus.

Accepter que des dizaines de marchands ambulants envahissent les abords des marchés de nos villes, c’est se ménager la possibilité de louer discrètement quelques étals à des proches. Consentir à ce que des dizaines de taxi maron arpentent nos principales agglomérations, c’est s’autoriser à mieux récompenser quelques fidèles en leur confiant un précieux permis d’opération de taxi dans les coins les plus prisés de l’île.

A force de ménager les uns pour mieux protéger les autres, la classe politique se retrouve désormais dans une situation délicate. Les « hors-la-loi » bénéficiant du parrainage de ceux qui se sont relayés au Parlement et dans nos municipalités ont acquis, au fil des années, un invraisemblable pouvoir de nuisance. Qui leur permet de clamer qu’ils peuvent passer outre les ordres de nos tribunaux ou des nouvelles dispositions du code de la route.

Les trois principales figures politiques du pays, Navin Ramgoolam, Paul Bérenger et Anerood Jugnauth, ont chacune à leur tour prôné la plus grande fermeté envers ceux qui ne respectent pas les lois. Or les marchands ambulants, taxi maron et squatteurs ont existé et crû lors de leurs mandats respectifs. Sans qu’ils ne cherchent – et ne réussissent – à en venir à bout.

Si rien n’a changé durant les dernières décennies, qu’est-ce qui nous permet donc d’espérer une réduction du nombre de hors-la-loi politiquement protégés à l’avenir ? A priori, rien. Les municipales étant derrière la porte, le gouvernement ne voudra probablement pas prendre le risque d’étouffer brutalement les poches de rébellion qui naissent et qui se manifestent surtout en zone urbaine. Pourtant, il est justement devenu impératif d’agir. Car le sentiment d’impunité peut s’avérer contagieux. D’autres Mauriciens pourraient en effet vouloir rejoindre les deux grandes catégories de citoyens prenant déjà régulièrement des libertés
avec le droit.

D’une part, ceux qui se prévalent d’un parrainage politique pour réclamer et obtenir des avantages qui ne leur sont pourtant pas dus. D’autre part, ceux dont les assises financières leur confèrent la capacité de surmonter tous les obstacles administratifs et juridiques imaginables. Y compris les plus triviaux. Comme le fait de ne jamais se faire arrêter pour un contrôle de routine au volant de sa grosse berline… même quand on a préalablement ingurgité une bouteille de Williamine !

Paul Bérenger et Navin Ramgoolam se seraient, à un moment, entendus sur l’essentiel des contours d’une deuxième République. Mais à quoi servirait-elle si le fondement de la première ‑ l’égalité des citoyens devant le droit ‑ est quotidiennement bafoué ?

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