Les trois travaux du RCP

Etre le dernier arrivé dans le (trop figé) paysage politique local ne donne pas droit à un quelconque traitement de faveur médiatique. Si le Ralliement citoyen pour la patrie (RCP) entend jouer un rôle de premier plan au sein de notre République, il va falloir qu’il se confronte à la réalité. Les jeunes dirigeants du parti doivent recevoir au moins trois rappels à l’ordre afin de mieux se préparer à leur traversée politique.

Le premier avertissement concerne le contexte médiatique actuel. Les cadres du RCP peuvent à juste titre se féliciter d’avoir trouvé une place de choix dans les principales publications du pays et bénéficié de plusieurs heures d’antenne sur les radios privées. La dose de fraîcheur et d’espoir que suscite le nouveau parti justifie certes cet engouement, mais la satisfaction du RCP doit être mesurée à l’issue de sa première phase de présence médiatique. Car il faut le préciser : la semaine écoulée est à ranger parmi celles où l’actualité n’a que peu de talent. Forçant bien des rédactions à transformer la news du moment en « hot news ». Or, ce qui est chaud refroidit vite…

Le challenge du RCP est donc de maintenir une présence médiatique intelligence et constante. Ses dirigeants doivent à tout prix renouveler leur offre aux médias. Passé la première étape de présentation, il s’agira de décliner de manière plus précise les idées du RCP. Mais également de rentrer dans une logique de confrontation médiatisée avec les autres partis installés du pays. A défaut de négocier habilement ce tournant, le RCP s’exposera à n’être l’objet que de quelques entrefilets dans la presse à brève échéance.

Le deuxième avertissement est, lui, davantage lié aux mœurs politiques locales. Abrités derrière la sécurisante barrière virtuelle que constituent Facebook et leur site web, les dirigeants du RCP ne se sont pas encore confrontés au cynisme de l’électeur mauricien. Prompt à vilipender les partis politiques installés, l’électeur lambda est également le premier à leur réclamer des avantages personnels à l’approche des campagnes électorales.

Le RCP doit donc au plus vite comprendre que les indignés de Facebook ne sont pas nécessairement représentatifs de l’électorat national et se donner pour mission primordiale d’aller à la rencontre des Mauriciens anonymes des villes et des villages. Les militants du parti découvriront alors que l’électorat local, adepte du « vote utile » est bien plus léthargique et conservateur qu’on ne le croit à l’évocation d’une alternative politique.

Le nouveau parti va donc devoir trouver un réel argumentaire pour séduire. Quand l’électeur demande « ki ou pou fer pou mwa » au parti politique installé, celui-ci répond par une flopée de promesses débutant par « kan nou pou (re)pran gouvernman ». En attendant d’être suffisamment crédibles et installés pour tenir ce genre de langage, le RCP doit donc faire ce que tous les partis classiques font de mieux : investir le terrain. S’adresser à l’électeur avec un discours approprié, mêlant projet de société concret et réalisable à une mise en cause intelligente de la classe politique en place.

Dans le même temps, le RCP devra surmonter la troisième grande difficulté qui le guette. Si l’accès à Facebook est gratuit et l’hébergement d’un site web peu onéreux, une présence de terrain nécessite une infrastructure et une logistique qui peuvent toutes deux s’avérer coûteuses. Le RCP ferait preuve d’un idéalisme naïf – pour ne pas dire insolent – s’il prétendait mener une action nationale tout en ne dépendant que des cotisations de ses quelques membres pour financer ses activités.

Ainsi, le RCP doit s’engager dès à présent dans la recherche de mécènes et de sympathisants disposés à financer, sans contrepartie et sans garantie de résultat, son action politique. Le coûteux combat de Rezistans ek Alternativ contre le Best Loser System devant le Privy Council a clairement démontré que de nombreux Mauriciens sont disposés à financer des causes nobles. Si celle du RCP bénéficie d’une perception tout aussi favorable, les responsables du parti trouveront sans doute quelques mécènes enthousiastes parmi leurs compatriotes à Maurice et à l’étranger.

Pour arriver à cela, le RCP doit délaisser les bureaux feutrés de Paris, Londres ou Souillac et se détourner du virtuel. Même s’il est déjà officiellement lancé, le RCP a encore besoin d’autre chose : exister.

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