Le pouvoir se prend, mesdames

La femme est un homme politique comme les autres. Prateebah Bholah l’a démontré cette semaine en choisissant de quitter les rangs d’un MSM déliquescent pour rejoindre le gouvernement de Navin Ramgoolam.Ce choix lui a illico valu un procès pour « trahison » instruit par ceux qui l’accusent d’avoir déserté son camp pour un poste de Parliamentary Private Secretary . Bholah a toutefois droit à un « fair trial » .

Pour commencer, il faut déjà « désexiser » les accusations portées contre la députée de Piton/ Rivière-du-Rempart. En effet, les émissions « phone- in » des radios privées n’ont pas manqué de relayer les critiques d’auditeurs se disant choqués qu’une femme puisse, elle aussi, être une transfuge. A croire qu’il existerait une règle non écrite qui fait obligation aux femmes de rester indéfiniment fidèles au même parti. Si le divorce existe en droit civil… il n’y a aucune raison que cela ne soit pas le cas en politique !

Le départ de Mireille Martin et désormais de Prateebah Bholah pose plus largement la question du comportement politique « standard » attendu des femmes. Tristement, l’image d’Epinal à ce sujet est souvent véhiculée par les associations prônant leur implication en politique. Ainsi, si on écoute ces ONG, une femme ne peut que faire de la politique autrement… en mieux, bien évidemment.

Certes, il y a une part de vérité dans cette affirmation. Les 13 actuelles députées de l’Assemblée nationale ne se sont ainsi nullement illustrées de la même manière que leurs collègues masculins. Françoise Labelle n’a jamais été rappelée à l’ordre pour avoir insulté un membre du gouvernement. Kalyanee Juggoo ne s’est jamais laissé aller à vouloir se crêper le chignon avec un adversaire politique en pleins travaux parlementaires.

Mais on reste là dans de pures considérations de forme. Car si on s’intéresse au fond, les femmes politiques locales demeurent étrangement dociles et rangées. Ainsi, même si son attitude était tolérée voire encouragée par sa hiérarchie, peu de députées ont eu l’occasion de se comporter comme Nita Deerpalsing. La travailliste a en effet mené une guérilla contre la politique économique de Rama Sithanen entre 2006 et 2010.

Pendant ce temps, des politiques chevronnées et respectées comme Leela Devi Dookun ou Ariane Navarre- Marie réglaient, elles, irrémédiablement, leurs prises de positions sur celles de leurs leaders respectifs. Oui, il faut faire des discours intelligents et construits… mais surtout ne pas oublier de fl atter aussi souvent que possible la vision et les autres grandes qualités du leader. Même Nita Deerpalsing n’échappe pas à cet impératif, s’acquittant à merveille, et régulièrement, de l’exercice imposé du dithyrambe ramgoolamien.

Est-ce donc à cela que l’on veut réduire les femmes politiques locales ? A des députées aux têtes bien pleines mais incapables d’avoir une pensée différente et autonome de leur parti ? Les ONG militant pour la présence des femmes en politique expliquent que c’est leur faible nombre qui explique l’inhibition et le rôle de second plan occupé par celles- ci.

L’argument est sans doute en partie recevable.Si en Afrique du Sud plus de 4 députés sur 10 sont des femmes, à Maurice, la présence féminine à l’Assemblée nationale n’est que de 18,8%. L’un des taux les plus faibles en Afrique subsaharienne.Il ne suffit  pas, toutefois, de faire grimper les statistiques pour remettre les femmes à l’avant plan de la scène politique. Car tant que celle-ci sera dominée par des leaders agissant en grands lions propriétaires de harem, les femmes resteront reléguées à leur actuel rôle de faire-valoir.

Or, les grandes dames de la politique n’ont pas attendu d’être soutenues par une armée de consoeurs pour conquérir le pouvoir et surtout l’exercer comme le ferait un homme. Deux figures imposantes de la politique internationale, Margaret Thatcher et Indira Gandhi, ont gravi les échelons politiques à la seule force de leur charisme et de leur flair politique. Installées au pouvoir, elles ont toutes les deux utilisé l’arsenal de moyens à leur disposition pour mater les rébellions et asseoir leur autorité, parfois brutalement.

Thatcher, Indira Gandhi, Angela Merkel et d’autres ont compris que le pouvoir ne se demande pas, il se prend. Prateebah Bholah pourrait avoir réalisé la même chose. Difficile de lui en vouloir.

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