Le ver est dans le fruit

C’est avec une certaine satisfaction que Navin Ramgoolam glisse cette phrase en guise de commentaire général sur l’état des relations entre le MSM et le MMM. En cette fin de semaine, le « remake de 2000 » semble en effet voué à un échec programmé. Bien des raisons, aussi bien intrinsèques qu’externes à l’alliance expliquent pourquoi le tandem sir Anerood Jugnauth/Paul Bérenger connaîtra un nouveau divorce.

Même s’il est en mesure de le nier maintenant, Paul Bérenger finira par avouer que le cœur n’y était pas, quand il a officialisé le « remake » début avril. Quelques semaines auparavant, il négociait encore avec le Premier ministre. Officiellement les discussions portaient sur la réforme électorale. Officieusement, il s’agissait également d’arriver à un accord politique et institutionnel pour que le Parti travailliste et le MMM gouvernent ensemble.

Un éventuel accord Bérenger/Ramgoolam est quasi alchimique. Il doit concilier des éléments politiques, institutionnels et personnels complexes. Si Bérenger et Ramgoolam s’apprécient, le premier a déjà expliqué au second qu’il ne souhaite pas être son numéro deux… afin de ne pas revivre leur cassure de 1997. Cela nécessite un aménagement institutionnel complexe : Ramgoolam président avec pouvoirs, Bérenger Premier ministre avec suffisamment de prérogatives pour diriger au quotidien le gouvernement. Enfin, l’accord comporte une condition politique plus prosaïque : celle d’assurer une bonne représentativité du MMM au Parlement tout en maintenant l’importance du PTr sur l’échiquier politique. Cela à travers un nouveau système électoral.

Dans l’idéal, Bérenger aurait bien voulu conclure ce deal complexe. Mais là où le leader mauve prône une prise de décision rapide, Ramgoolam joue la montre. C’est d’ailleurs cette attitude qui a largement conduit Bérenger à abattre son joker Jugnauth en début d’année. « Trop tôt » au goût du principal intéressé, qui nous avouait, il n’y a pas si longtemps, son « agacement » face à l’habitude de Bérenger de « koz tro boucou ».

Moins de six mois après la conclusion du « remake de 2000 », la fâcheuse manie de Paul Bérenger de parler trop et d’agir vite lui joue déjà des tours. En cherchant à hâter une décision de Ramgoolam, Bérenger a ouvert les discussions avec le MSM. En voulant dramatiser la démission de SAJ du Réduit, Bérenger a annoncé, « trop vite », selon l’ancien président, l’éventuelle démission de six membres du gouvernement.

Stoïque, SAJ nous avouait « pa bizin dir an avans sa bann zafer la ». Les cartes ont toutefois été (prématurément) abattues. N’écoutant pas sa femme pour une fois, le président a démissionné. Tandis que les démissionnaires en puissance dans le gouvernement se laissaient convaincre (de gré ou de force) de rester à leur place. Du coup, on attend toujours du « remake » qu’il tienne sa promesse de « hâter la chute du gouvernement ».

Ironiquement, c’est peut-être la chute du MSM lui-même que hâte l’alliance MSM/MMM. Galvanisés par le retour de SAJ dans l’arène politique, les militants blancs se sont vite mis à se poser des questions au vu de l’incapacité du parti à attirer les grosses foules au fil du « pèlerinage » de son fondateur autour de l’île. « Tandi ki papa pe fer pelerinaz otour lil, piti pe fer tour di mond » : la sévérité avec laquelle cette phrase est assénée par un militant MSM résume la défiance qui monte à l’encontre des dirigeants du parti. Si SAJ reste le vieux sage à qui l’on voue une admiration sans bornes, l’équipe qui l’entoure passe désormais pour être difficilement en mesure d’assurer sa relève. Pas face à Bérenger en tout cas.

C’est sans doute conscient de la nécessité de se rabattre sur un plan B, qu’au moins un cadre du MSM a entrepris une stratégie d’ouverture auprès de Xavier Duval. Très mauvais calcul. Dans l’heure qui a suivi la rencontre entre le leader du PMSD et Showkutally Soodhun, Navin Ramgoolam était au courant des deux propositions du MSM. A défaut d’un partenariat MSM/PMSD, il a été proposé à Duval de sonder son patron sur la possibilité d’une réconciliation de l’équipe de l’alliance de l’Avenir. Proposition accueillie par un quadruple « never » sonore de Ramgoolam.

Si la réponse du principal concerné n’est pas parvenue directement à la direction du MSM, les sollicitations du parti de Pravind Jugnauth ont, elles, été très vite portées à l’attention de Paul Bérenger…sans doute par un ami lui voulant du bien.

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