Navinus Rex Imperator

Une fumisterie. Un numéro de prestidigitation institutionnelle. Navin Ramgoolam s’y est livré une nouvelle fois cette semaine. En réitérant un raisonnement simpliste : si les Mauriciens choisissent de faire de lui « un président avec pouvoir », il pourra « tout changer ».

Depuis des années, les ambitions présidentielles du Premier ministre étaient exprimées en coulisse. Ces derniers temps, toutefois, Ramgoolam dit tout haut son souhait. « Il serait bon d’avoir un président de la République élu au suffrage universel pour unifier le pays derrière lui », affirmait-il dans l’entretien qu’il avait accordé à l’express dimanche en mars dernier.

Ramgoolam, devenu président, se conçoit comme une sorte de couteau suisse institutionnel. Réglant les gaspillages de fonds publics ici, attribuant lui-même – probablement en des temps records – des marchés publics là. Plus besoin du directeur de l’Audit, adieu le Central Procurement Board. Le président Ramgoolam prendrait toutes les décisions possibles, sur tout, selon son bon jugement. Sauf que la manière dont le Premier ministre appréhende son avenir présidentiel est inquiétante.

En tant que juriste, le Premier ministre sait que le job qu’il convoite n’est pas celui d’un président, simple monarque constitutionnel. Ramgoolam se conçoit davantage comme le détenteur des pouvoirs d’une monarchie absolue. Navinus Rex Imperator semble vouloir s’attribuer toutes les prérogatives. Dont celles de casser des décisions administratives et d’en prendre d’autres de manière arbitraire et unilatérale.

Or, cela n’est possible ni à Maurice, ni dans aucune démocratie du monde. Les présidents américains et français, qui passent pour être des modèles à imiter pour Ramgoolam, sont en fait bien moins omnipotents qu’on ne se l’imagine. Le chef d’État le plus puissant du monde, malgré son pouvoir de veto, ne peut pas grand-chose face à un Congrès américain hostile. Ailleurs, même si dans la pratique le président des USA exerce un contrôle important sur SON administration, la Cour suprême du pays demeure en mesure de renverser ses décisions. En France, Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac ou François Mitterrand ont tous dû ruminer en silence pendant que le Conseil constitutionnel ou la Cour des comptes critiquaient ou désavouaient publiquement des décisions dont ils étaient directement ou indirectement à l’origine.

Pourtant, Ramgoolam persiste à vouloir faire croire que son accession au statut de président ouvrirait une nouvelle ère dans la gestion des affaires nationales. En fait, il n’y a rien de plus faux. Le Premier ministre, dans notre système westminsterien actuel, détient, en termes relatifs, les mêmes prérogatives que les présidents aux pouvoirs exécutifs. Alors, si ce ne sont pas de vrais pouvoirs qui font courir Ramgoolam, quelle est sa motivation profonde ?

Il y a bien évidemment cette explication connue, qui voudrait que le Premier ministre, le seul vrai « boss of Mauritius », se soit senti amoindri durant certains grands rendez-vous internationaux. Lors desquels les services protocolaires l’ont relégué, lui « simple » Premier ministre, au second plan. Préférant couvrir d’attention les « vrais » chef d’États… les présidents ! Donc, si le président Ramgoolam commande davantage de respect à l’international que le Premier ministre Ramgoolam, pourquoi ne pas hâter la mutation de la fonction ?

Il y a toutefois une autre raison… plus « régalienne », celle-là. Certes, Ramgoolam avoue volontiers qu’il a un style présidentiel. Déjà, il commande, pendant que ses ministres exécutent. Mais l’habit de président, avec pouvoirs, permettrait enfin à Ramgoolam d’exercer la plénitude des pouvoirs qu’il détient actuellement, tout en se tenant loin du « day to day business » gouvernemental. En somme, une sorte de président de conseil d’administration qui ne dédaignerait pas à exercer tous les pouvoirs du directeur général de l’entreprise quand cela l’arrange.

Il y a deux manières d’analyser cette attitude. On peut penser que ce n’est là qu’une manifestation de l’obsession du pouvoir que développent les leaders au fil du temps. Ou alors, regarder la chose de manière plus prosaïque pour n’y voir que la volonté d’un homme de bénéficier des privilèges d’une fonction, sans vouloir en assumer les tracasseries quotidiennes.

Rudyard Kipling n’avait pas entièrement raison. « Power without responsibility », c’est probablement le privilège des présidents… aussi.

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