Observons

C’est sans fla-fla qu’il vient de fêter sa première année d’existence. Si l’observatoire des prix (OP) affectionne une certaine discrétion, il ne peut, toutefois, échapper à un premier bilan de ses activités. Michael Sik Yuen, le ministre de la Protection des consommateurs d’alors, annonçait déjà le début d’une nouvelle ère dans la consommation locale. Celle d’une concurrence accrue. Un an après la publication du premier relevé de prix de l’observatoire, la guerre des prix ne semble pas avoir eu lieu.

Car malgré toutes les prévisions optimistes par rapport à une concurrence acharnée entre grandes enseignes de la distribution, les rapports de l’OP (disponibles sur http://www.priceobservatory.org) se suivent et se ressemblent… plus ou moins. La concurrence, si elle existe, n’a pas jusqu’ici mené à une baisse généralisée des prix. A chaque exercice global d’analyse, l’OP dit finalement ne constater que des frémissements. Ainsi, si le prix moyen de 55 produits suivis a baissé de 2,5 % lors de la dernière étude, il est resté quasiment inchangé durant la période décembre-février. Au jeu des moyennes, cela implique, par exemple, de se contenter d’une baisse de Rs 3,50 sur un paquet de lait en poudre qui coûte Rs 150. La belle affaire !

Si l’un des objectifs derrière la mise en place de l’OP était de réduire sensiblement l’écart de prix entre les supermarchés, il n’a manifestement pas été atteint. En effet, les disparités demeurent considérables : plus de Rs 1250 entre les enseignes les plus chères et celles qui pratiquent les prix les plus abordables dans le pays. Du coup, la promesse faite lors du lancement de l’OP, à savoir que les consommateurs iront là où les prix sont les plus bas, devient difficilement réalisable. Car les commerces en question ne sont pas nécessairement dans les lieux les plus fréquentés et accessibles.

On voit en effet difficilement un couple habitant Bel-Air se décider à faire deux heures de bus ou une heure de voiture pour réaliser Rs 1000 d’économie en allant « tir rasion » à Beau-Vallon ou à Morcellement Saint-André. C’est effectivement dans ces deux lieux qu’on fait les meilleures affaires dans le pays selon l’OP. Les deux enseignes qui ont élu domicile dans ces villages se sont même fait une spécialité particulière. Celle d’arriver, étude après étude, en tête du classement de l’OP.

Pourquoi ? D’abord l’évidence : parce que les propriétaires de ces supermarchés pratiquent une stratégie agressive de prix. Qui date d’avant la mise en place de l’OP. Cela s’avère toujours payant. Mais aussi, et cela est inquiétant, parce que les plus grandes enseignes du pays, celles qui ont leurs hypermarchés ou chaînes de supermarchés disséminés dans l’île, paraissent comme hermétiques à l’idée de ravir la première place du classement de l’OP. Ou même de faire des efforts considérables afin de rejoindre les leaders du classement.

Ce relatif dédain envers le classement de l’OP n’est pas anodin. Il trahit la confiance des grandes enseignes dans la fidélité de leur clientèle. En effet, peu importe le prix qui y est pratiqué, on fait son shopping dans les lieux qu’on a pris l’habitude de fréquenter. On n’y va pas nécessairement avec l’idée première de réaliser des économies en scrutant attentivement la moindre offre promotionnelle sur les prospectus des supermarchés et le dernier classement de l’OP.

Un an après sa mise en place, l’OP a-t-il vraiment fait une différence ? Le niveau des prix n’a pas drastiquement diminué. Le différentiel de prix est resté assez élevé entre grandes enseignes et supermarchés régionaux. Les clients qui ont pris pour habitude d’aller faire leurs courses à Beau-Vallon continueront à s’y rendre. Tandis que ceux qui ne jurent que par les centres commerciaux de Grand-Baie ou de Trianon ne changeront probablement rien à leur rituel de shopping.

Alors, un OP pour rien ? Si ce n’est pour compiler un classement qui ne fâche personne ? Osons croire que non. Car l’OP, qui a la mission de « bring transparency in price setting», peut sans doute s’acquitter de sa tâche encore mieux. Notamment en aidant le grand public à comprendre pourquoi le niveau des prix dans la grande distribution varie si peu alors que la robustesse prolongée de la roupie face à l’euro et au dollar aurait dû mener à une baisse des prix des produits importés. Qui a dit que l’OP ne pouvait pas être utile aux consommateurs ?

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