Le monde nous regarde

L’insularité suscite d’étranges sentiments. Elle conduit les uns à penser que nous sommes au centre des préoccupations de la région, voire de la planète. Tout en amenant d’autres à vivre dans l’illusion qu’étant loin de tout, ils jouissent d’une sorte de don d’invisibilité par rapport au monde extérieur. La vérité se situe probablement entre ces deux extrêmes. Ce qui est certain, par contre, c’est que cette semaine, une partie du monde a gardé les yeux braqués sur Maurice.

Commençons par la manière dont la presse anglo-saxonne voit Maurice depuis le début du procès aux assises des meurtriers présumés de Michaela Harte. Il y a un peu plus d’un an, Irlandais et Britanniques découvraient que Maurice n’est finalement pas ce « ultimate honeymooner’s paradise » qu’ils croyaient connaître. Depuis mardi, la presse britannique leur permet d’apprécier une tout autre facette du pays : le sens inné de l’approximation, voire d’amateurisme, de sa police. Avec, en toile de fond, les infrastructures vétustes d’un système judiciaire qui prétend être un modèle pour la région.

Pour mériter ce statut, il faudra que notre système puisse faire éclater la vérité et punir les coupables dans l’affaire Michaela Harte. C’est la seule compensation morale que la famille de l’Irlandaise tuée est en droit d’attendre de notre pays. Osons espérer que malgré le pitoyable spectacle offert aux médias britanniques cette semaine, notre police et notre système judiciaire se ressaisiront dans les jours à venir afi n d’offrir un procès digne et efficace aux familles McAreavy et Harte.

C’est une obligation de même nature que nous avons à l’égard de nos voisins malgaches. Même si les ressources naturelles de la Grande île sont innombrables, ses habitants ne récoltent qu’une infime partie des fruits de leur exploitation. Depuis juin 2011, nous savons même que Maurice participe – indirectement, certes – au pillage des ressources naturelles de ce pays. En permettant au bois de rose malgache de transiter par notre port franc pour être livré à Hong Kong ou en Chine.

Des centaines de milliers de containers transitent par le port franc local chaque année. Or, pour des considérations pratiques, seule une infime partie de ce flux de transbordement peut faire l’objet d’un contrôle de nos services des douanes. On peut donc logiquement se demander combien de cargaisons de bois de rose ont pu transiter tranquillement par Maurice avant et après la saisie des six containers de la précieuse essence en juin 2011.

La Banque mondiale (BM) pourrait, dans une certaine mesure, nous aider à déterminer cela. Certes, Xavier Duval, le ministre des Finances, a d’abord semblé demander un « forensic audit » à la BM pour se laver de tout soupçon. Mais l’exercice, s’il est bien mené et s’avère concluant, permettra de déterminer avec précision qui sont les acteurs et bénéficiaires du trafic aussi bien à Madagascar et à Maurice qu’à Hong Kong. L’enquête aura également un autre intérêt. Celui de démontrer que Maurice ne permet pas que son territoire soit utilisé comme plateforme pour des transactions illicites aux retombées économiques et écologiques néfastes.

Le territoire mauricien demeure, toutefois, celui des inégalités. Notamment envers la femme. Le front moraloreligieux aura beau dire le contraire, nos lois, notamment celle sur l’avortement datant de 1838, sont désuètes et confinent les femmes, dans une certaine mesure, au rôle de reproductrices inaptes à juger de ce qui est dans leur intérêt.

Cet archaïsme est, d’ailleurs, en totale contradiction avec les engagements internationaux pris par Maurice. Notamment dans le cadre de la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Dont l’article 16 (e) stipule qu’elles doivent disposer des « mêmes droits de décider librement et en toute connaissance de cause du nombre et de l’espacement des naissances et d’avoir accès à l’information, à l’éducation et aux moyens nécessaires pour leur permettre d’exercer ces droits ».

Il est très encourageant de constater que la politicaille n’a pas pollué ce débat à Maurice. En effet, Paul Bérenger a annoncé, hier, qu’il est personnellement favorable (moyennant quelques amendements mineurs) au projet de loi du gouvernement légalisant les interruptions de grossesse dans certains cas spécifiques. On ne peut donc qu’espérer des députés MMM – d’habitude si prompts à faire confiance au jugement de leur leader – de faire comme lui en votant l’amendement à notre Code pénal. Si l’on ajoute à cela le sentiment positif que l’écrasante majorité des députés du gouvernement ont à l’égard de l’amendement proposé, on peut considérer que les femmes seront bientôt en mesure d’exercer un réel choix quand elles se retrouveront dans une situation de détresse.

Le monde nous regarde… et c’est bien qu’il voie cela.

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