Quand le gouvernement veut…

C’est la grande révélation de cette fin de semaine. Quand le gouvernement veut… il peut. C’est ce que nous évoque la célérité avec laquelle le pouvoir cherche à légiférer pour permettre les interruptions volontaires de grossesse (IVG) sous certaines conditions. Il ne se sera en effet passé que dix jours entre l’annonce du projet d’amendement du Code pénal par le Conseil des ministres et la première lecture du texte au Parlement ce mardi.

Les Mauriciens, naturellement enclins à tout politiser à outrance, se sont empressés de voir un signe dans cette soudaine accélération de l’agenda gouvernemental au sujet de l’IVG. Pour eux, c’est une évidence. Le pouvoir cherche à dissimuler sa perte de vitesse post 1er-Mai en détournant l’attention du public et des médias avec l’épineux débat sur l’IVG. Ils ont peut-être raison… ou tort. Ce qui est certain, par contre, c’est que le débat autour de l’IVG est enclenché. Tant mieux. On peut d’ailleurs se féliciter de plusieurs choses à ce sujet.

Commençons par l’attitude des partis politiques. La question de la légalisation (même partielle) de l’IVG est extrêmement sensible. Elle fait appel au sens des valeurs de chaque député. Aussi ne pouvons-nous qu’applaudir la saine attitude de tous les grands partis politiques par rapport à l’amendement au Code pénal. A l’exception du PMSD – qui s’est collectivement prononcé en faveur de la nouvelle loi –, ils ont en effet tous fait savoir qu’ils permettront à leurs députés de voter le texte selon leurs convictions profondes. C’est cela l’approche « pro-choice » !

Cette ouverture d’esprit générale chez les politiques n’a d’ailleurs nullement été entachée par une quelconque poussée de fièvre religieuse. Si, dans le passé, une personnalité a affirmé appartenir à une religion avant d’être ministre, l’opposition de Patrick Assirvaden à la nouvelle loi a, elle, été exprimée de manière beaucoup plus sobre. Sans que sa foi ne lui serve d’alibi pour ne pas assumer ses responsabilités politiques.

L’attitude des hommes et femmes de foi est probablement l’autre surprise du débat. On s’attendait à voir l’île Maurice religieuse se dresser collectivement contre la proposition de loi. Mais il n’en est rien. Si l’Eglise catholique reste farouchement opposée à toute idée de loi IVG, elle est toutefois bien moins entourée et soutenue qu’on ne l’aurait pensé. Déjà, deux membres du Conseil des religions – Majeed Korumtally et Ved Gopee – ont adopté une position nuancée sur l’amendement au Code pénal.

La multiplicité de points de vue et d’approches sur la question  explique probablement pourquoi le Conseil des religions aura beaucoup de mal à adopter une position collective à ce sujet. Plus globalement, les mêmes raisons empêcheront la création d’un front commun représentatif de tous les courants religieux du pays contre la proposition du gouvernement. C’est une bonne nouvelle en soi. Car même si le front moralo-religieux a son mot à dire dans le débat, il ne pourra pas affirmer que les grandes confessions présentes à Maurice combattent farouchement et unanimement l’IVG.

L’unanimité règne, en revanche, sur le fait que le débat sur la question s’est démocratisé. Depuis vendredi dernier, de nombreux acteurs de la société civile se sont exprimés et ont pris position. Quotidiennement, la presse s’est fait l’écho des différents courants d’opinion. Le groupe Facebook de l’express dimanche, à lui seul, a accueilli environ 700 commentaires (de citoyens, d’économistes, de médecins, de députés et même de l’Attorney General) au sujet de l’IVG. Toutefois, au-delà du oui ou non, le débat doit également gagner en profondeur. Car l’adoption de cette loi n’est pas la seule réponse à un problème de santé publique complexe.

Les débats parlementaires peuvent donc être l’occasion d’évoquer des incongruités légales qui empêchent les couples de gérer leur santé reproductive. Ainsi la Medical Council Act interdit aux médecins de pratiquer la ligature des trompes chez la femme ou la vasectomie chez l’homme – deux méthodes prévenant très efficacement les grossesses non désirées. Malgré l’interdiction, ces interventions sont courrantes. Le débat doit également, dans les jours à venir, permettre une réflexion latérale sur ce type d’incohérence. Vivement que les députés commencent à les débusquer…

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