Ramgoolam et la presse… une love story

C’est une tactique vieille comme le monde : la volte-face. Navin Ramgoolam l’utilise en ce moment même avec l’un de ses meilleurs ennemis, la presse. Depuis l’affaire Medpoint et l’éjection des députés MSM du gouvernement, le Premier ministre semble avoir adopté une attitude différente vis-à-vis des médias. Le ton n’est plus (systématiquement) à la confrontation. Le Premier ministre communique, écoute, répond aux questions et demeure étonnamment accessible. C’est que depuis l’éclatement de l’affaire du rachat de la clinique Medpoint par l’Etat, il veut faire de la presse son allié objectif. Dans une certaine mesure, il y est parvenu, ce qui est inquiétant quelque part …

Mais l’épisode de tension entre sir Anerood Jugnauth et la démission subséquente de ce dernier de la présidence a changé la donne. Ces dernières années, l’offre médiatique des adversaires du pouvoir se résumait au langage et aux formules rebattues de Paul Bérenger. Paradoxalement, du haut de son âge vénérable, SAJ a considérablement dépoussiéré les exercices de communication de l’opposition. En leur conférant sa touche et son humour si particuliers. C’est ce qui explique pourquoi chacune de ses sorties publiques est courue par les journalistes. Qui voient là une source quasi certaine de « headline material».

Bien conseillé par ses communicants, le Premier ministre a choisi de réagir peu avant la démission de SAJ de la présidence. Interview exclusive accordée à l’express dimanche, conférence de presse, un entretien inédit diffusé en simultané par toutes les radios privées du pays… Navin Ramgoolam ne lésine plus sur les moyens pour reprendre la main médiatique. Il est un peu tôt pour savoir s’il y est vraiment arrivé.

Néanmoins, ce qu’on peut d’ores et déjà constater, c’est que Ramgoolam consent à certains sacrifices pour arriver à ses fins. Ce n’est pas un secret, le Premier ministre n’apprécie guère qu’on se mêle de sa vie privée. Or ce jeudi, il a semblé se forcer à répondre à toutes les questions posées sur son campement de Roches-Noires. La réaction du Premier ministre avait été moins contenue à la suite d’un article de l’express dimanche publié le 15 mai 2011. Nous révélions dans celui-ci que Ramgoolam est propriétaire, avec son épouse, du désormais fameux campement depuis septembre 2010. Une acquisition effectuée grâce à un emprunt de Rs 45 millions contracté auprès de la Bramer Bank. Cela nous avait valu des menaces d’action en justice de la part de l’avoué du Premier ministre. Les poursuites n’ont toutefois jamais été intentées. D’autres menaces sont, elles aussi, restées en l’air…

Celles-ci concernent plus globalement la presse à travers le Media Commission Bill dont la gestation dure depuis une éternité. Ramgoolam a maintes fois prévenu la profession du durcissement inévitable des lois la régissant. En accompagnant sa menace d’un avertissement supplémentaire : « Pa vinn planye apre. » Or, le discours-programme de lundi dernier est étonnement « soft » à ce chapitre.

Le texte lu par SAJ en 2010 avait, lui, été autrement plus précis. Il annonçait la mise en place d’une « media law reform ». Toutefois, désormais le changement semble circonscrit à la protection de la vie privée et de la réputation des citoyens. Tandis que la volonté du gouvernement d’aider à la formation des journalistes du pays est réitérée… « strongly ». Ce souhait était tout bonnement absent du discours-programme de 2005-2010, et relégué au second plan dans celui du gouvernement bleu-blanc-rouge en mai 2010.

Ainsi fonctionne donc maintenant Ramgoolam. Doit-on s’en féliciter ? Pas nécessairement. Car sous l’apparence d’une certaine détente de ses relations avec les médias, le Premier ministre continue à autoriser le boycott publicitaire de certains titres de presse. Plus fondamentalement, Ramgoolam continue à nourrir la même méfiance maladive envers les journalistes. Celle-ci s’exprimera à nouveau quand le Premier ministre pensera en avoir terminé avec Bérenger et SAJ. Pour Ramgoolam, la presse redeviendra alors son meilleur ennemi. Il ne faudra pas alors trop s’en inquiéter. C’est qu’on a l’habitude…

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