MSM, ton univers impitoyable…

La démission de sir Anerood Jugnauth de la présidence de la République n’était pas suffisante. La déclaration de Paul Bérenger indiquant que le « remake de 2000 » est non seulement « on » mais « done » n’était, elle non plus, pas assez explicite. Il a donc fallu attendre que l’assemblée des délégués du MMM annonce la bonne parole de manière définitive hier : Medpoint 2 est conclu et avalisé. L’enthousiasme qui en découle a atteint un degré tel que dans les rangs du MSM, on n’hésite désormais plus à affirmer que le gouvernement sera considérablement fragilisé avant le 1er mai. Car des ministres renégats s’apprêtent à rejoindre les rangs de l’opposition. Celle-ci devrait toutefois essayer de contrôler son euphorie. C’est même d’une forte dose de lucidité et de retenue dont elle a aujourd’hui besoin.

 

Ce constat, quelques proches de sir Anerood Jugnauth le font déjà. Mais peinent toutefois à le partager avec le leader de l’alliance MSM/MMM. De peur de toucher à la corde sensible de l’entente père-fils. Leur mise en garde concerne d’abord l’attitude du leader du MSM par rapport à ceux qu’il considère comme ses adversaires. A Navin Ramgoolam, Pravind Jugnauth avait demandé la tête de Rama Sithanen. A Bérenger, il a exigé et obtenu celle de son oncle Ashock Jugnauth. Sauf que cette décision pourrait coûter très cher à Pravind Jugnauth.

 

Le raisonnement est simple. Depuis les élections générales de 1991, Ashock Jugnauth a fait de la circonscription n°8 (Moka/Quartier-Militaire) son bastion. Il y a tissé un solide réseau de soutiens qui lui est toujours acquis et dont les membres digèrent moyennement le parachutage de Pravind Jugnauth dans la circonscription depuis l’élection partielle  de mars 2009. Aujourd’hui, l’entourage de SAJ estime à environ 5 000 le nombre de votes qu’Ashock Jugnauth est susceptible de mobiliser lors d’un suffrage au n°8. Des votes directement ponctionnés du capital  électoral du MSM.

 

Ce qui nous amène au deuxième temps du raisonnement. Ashock Jugnauth affirme, pour l’heure, vouloir se représenter devant son électorat. La question demeure toutefois : dans quelle configuration ? S’il le fait sous la bannière de son one-man-party, l’Union nationale, l’oncle Jugnauth n’a aucune chance d’être élu. Même s’il bénéficiera d’un certain élan de sympathie du fait de son statut de « victime de mon neveu ». Si Ashock Jugnauth ne regagnera pas les travées du Parlement, il chamboulera toutefois le résultat final du vote au n°8.

 

Hormis les périodes de raz-de-marée électoral, le différentiel des suffrages entre le troisième et le quatrième candidat à Moka/Quartier-Militaire ne dépasse pas 3 000. Or, si Ashock Jugnauth arrive à mobiliser un minimum de 5 000 votes, il sera alors en mesure de peser drastiquement sur le résultat final de cette circonscription. L’autre député assidu du n°8, Suren Dayal, qui y a posé ses valises depuis les élections de 1995, ne devrait pas, a priori, en souffrir. Il pourrait même profiter de la dispersion des votes de l’opposition pour y assurer la victoire du camp travailliste.

 

Sans battre d’un cil, un proche de MSM évoque l’autre scénario « pas improbable ». Celui du passage d’Ashock Jugnauth au Parti travailliste. Dégoûté par le MMM, incapable de revenir aux côtés de SAJ et de son neveu, des proches d’Ashock Jugnauth le disent susceptible de rejoindre l’ennemi juré d’hier. Un ticket Ashock Jugnauth-Suren Dayal équivaudrait à une victoire assurée dans la circonscription. « Le PTr n’aura même pas à attaquer son adversaire, Ashock Jugnauth se chargera de dénoncer son frère, son neveu, le système du MSM et la fourberie de Bérenger qui a consenti à le laisser tomber. » L’analyse d’un « well wisher » du MSM doit faire froid dans le dos des dirigeants du parti. Car elle implique une chose : la défaite certaine de Pravind Jugnauth. Et l’enrayement de la mécanique de succession au sein de l’accord Medpoint 2.

 

En cas de victoire d’une alliance MSM/MMM dans l’île mais d’une défaite de Pravind Jugnauth au n°8, ce dernier serait en effet contraint de faire de la figuration, en tant qu’Attorney General au sein d’un futur gouvernement, tout en étant incapable d’accéder au poste de vice- Premier ministre. Cette configuration modifierait considérablement la logique de Medpoint2. Et consoliderait l’impression générale que cet accord n’est en fait qu’une alliance MMM/SAJ. Dans laquelle SAJ ne détient que l’apparence du pouvoir. Et si c’était cela le vrai coup de maître de Bérenger ? Sacrifier l’oncle pour mieux éliminer le neveu…

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