Quel programme économique ?

S’il ne démissionne pas entre-temps, c’est bien le président de la République qui devra lire, le 16 avril prochain, le nouveau discours-programme du gouvernement Parti travailliste/PMSD. Dans l’entretien qu’il accorde à l’express dimanche, Navin Ramgoolam affirme que l’économie sera l’une des deux priorités de son nouveau programme gouvernemental.Tant mieux.

On ne peut pas vraiment dire que l’économie était l’élément central du discours-programme de la défunte Alliance de l’Avenir. Celui-ci avait été lu par sir Anerood Jugnauth le 8 juin 2010. C’était l’occasion de faire briller les idées du ministre des Finances d’alors : Duty Free Island, réouverture du port de Mahébourg, relance de l’Employees Real Estate Investment Trust et abolition de la décriée National Residential Property Tax et de l’impôt sur les intérêts bancaires. Cette allocution avait également servi de « showcase » aux aspirations plus sociales de la nouvelle équipe gouvernementale. Incarnées par le nouveau ministre de l’Intégration sociale d’alors : Xavier Duval.

Par conséquent, sur les 304 paragraphes du dernier discours-programme, le mot « économie » n’apparaissait que 11 fois. La « crise financière » et la « récession globale » n’étaient évoquées que deux et une fois respectivement.
De même, la « croissance économique » n’avait fait l’objet que de deux allusions directes. On peut raisonnablement s’attendre à ce que les choses soient légèrement différentes le 16 avril prochain.

C’est que la conjoncture économique globale s’est davantage assombrie. Le pétrole fl ambe. La zone euro, notre principal marché, est déliquescente. La convalescence des Etats-Unis entraîne dans son sillage une remontée du cours du dollar, la devise dans laquelle Maurice paye l’essentiel de ses importations. A ce jour, rien n’indique donc que le déficit commercial de Rs 72 milliards en 2011 s’améliorera à la fin de cette année. Tout comme rien ne nous permet de penser que la facture énergétique du pays s’allégera.

Le mois de février a pu être bon pour les arrivées touristiques. Mais les convulsions d’Air Mauritius mêlées à la frilosité des Européens à investir des milliers d’euros dans un voyage au soleil n’augurent en rien une année exceptionnelle pour le tourisme. Par ailleurs, la découverte d’un nouveau mot – parcimonie – par de nombreux Américains et Européens explique sans doute en partie pourquoi les exportations du secteur manufacturier ont régressé de 4 % durant les deux premiers mois de 2012.

Où trouver donc une bonne nouvelle dans ce torrent de pessimisme ? La Banque de Maurice (BoM) a cru la dénicher, en sélectionnant les bons points du dernier staff report du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre de ses Article IV Consultations avec Maurice. La BoM relève ainsi le certificat de compétence délivré par le FMI aux autorités locales pour leur « skillful macroeconomic management and good reform track record ». Et ne manque pas de se féliciter du fait que le FMI pense que les « monetary authorities » du pays – comprendre la BoM – ont su contrôler l’infl ation et maintenir le délicat équilibre entre le niveau des prix et la croissance économique. Sauf que les décisions – aussi éclairées soient-elles – prises par la BoM ne pourront empêcher le prix du pétrole de fl amber ou les consommateurs européens et américains de réduire drastiquement leur budget de consommation et loisirs. Une bonne partie de la solution pour aider le pays à surmonter ce contexte de crise internationale doit donc continuer de provenir du pays lui-même. Le schéma est connu : il s’agit de permettre aux entreprises de se consolider en ayant accès à du financement, de recruter et d’améliorer leur production tout en diversifiant leurs marchés.

C’est l’objectif que s’était fixé Xavier Duval dans son budget de novembre dernier. Afin de bien faire comprendre qu’il « mean business », il avait rendu public un calendrier de mise en oeuvre des 178 mesures contenues dans le budget 2012. Cette semaine, triomphal, le ministre des Finances a expliqué que 75 % des mesures budgétaires ont été appliquées avant la fin du premier trimestre 2012. Xavier Duval n’a pas rendu public la liste des mesures déjà mises en oeuvre. On ne peut donc pas juger de l’importance de celles qui ont été appliquées et leur portée réelle sur l’économie nationale.

Ce que l’on jugera par contre, le 16 avril prochain, c’est le poids que Xavier Duval aura eu dans le discours programme. Et la compatibilité de celui-ci avec les grands axes déjà énoncés dans son dernier budget. Plus que tout, ce sont les idées innovantes que l’on recherchera dans le volet économique du discours-programme. C’est bien cela la priorité.

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