Les Marcheurs de la République

Ils doivent être en train de se dire : « Nous sommes venus. Nous avons marché. » Les organisateurs de Lamars 10 mars – ver enn nouvo repiblik doivent désormais commencer à se demander : « Qui avons-nous convaincu ? » Avant même la marche d’hier, c’est la méthode adoptée par ses participants qui a séduit.

Un certain nombre des responsables actuels des Marcheurs de la République sont des vétérans de mouvements citoyens préexistants. A l’évidence, ils ont appris des erreurs du passé. D’abord, au lieu d’un discours convenu de rejet de la corruption, du communautarisme et des dérives du capitalisme, ils dessinent les contours de la Constitution d’une IIe République. Ensuite, l’insensibilité aux chiffres. N’ayant pas ambitionné de fédérer des milliers de Mauriciens autour de leur projet, les Marcheurs de la république peuvent aujourd’hui ne pas rougir d’avoir rassemblé moins de 1000 personnes dans les rues de Port-Louis.

De plus, s’étant affranchi des élans « jeunistes » encore très ancrés chez d’autres, le mouvement peut s’enorgueillir de disposer dans ses rangs aussi bien des étudiants et jeunes artistes que des retraités. Enfin, jusqu’ici, aucun des dirigeants de Lamars n’a semblé être gagné par un accès de mégalomanie. Ce qui est sans doute dû à la structure de décision très horizontale du mouvement. Des têtes pensantes dépassent de temps en temps. Mais aucun leader susceptible de prendre les sympathisants du mouvement pour ses fans ou des suiveurs ne semble avoir fait son apparition jusqu’ici.

Tous ces éléments, toutefois, ne sont que des considérations de forme. Reste le fond. La IIe république n’est pas une lointaine possibilité. Avec le remake de 2000 raté pour l’heure, les koz koze entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger pourraient reprendre de plus belle. Avec, en toile de fond, la réforme électorale et le rééquilibrage des pouvoirs entre le président de la République et le Premier ministre.

Il est toutefois hors de question de laisser deux hommes décider de l’avenir de notre République et de leur permettre d’en façonner les institutions en fonction de leurs ambitions ou de leurs peurs. Les citoyens se doivent de participer au débat. De soumettre leurs propositions dans le cadre d’une nouvelle Constitution. Si certains mouvements citoyens semblent se complaire dans l’agitation, d’autres réfléchissent.

Les Marcheurs de la République débattent ainsi de « draft proposals » autour d’une nouvelle République depuis plusieurs jours. Leurs propositions s’articulent autour de trois grands axes : purger les éléments ethniques et communautaires de la Constitution et du fonctionnement de l’Etat ; permettre au citoyen de jouir de droits humains de la nouvelle génération (sociaux, économiques, culturels et environnementaux) ; enfin, assurer une plus grande participation des Mauriciens à la démocratie.

Ce dernier chapitre mérite que l’on s’y attarde. Au bout de 44 années d’indépendance, les Mauriciens ne concourent directement à la démocratie que durant les élections législatives et régionales. Le référendum, qu’on a par exemple réclamé pour trancher la question du Best Loser System dans le cadre de la réforme électorale, est un outil dont l’utilisation est extrêmement limitée par notre Constitution actuelle.

Celle-ci ne prévoit, en effet, le recours au référendum que dans le cas du changement de la forme démocratique de l’Etat ou afin de prolonger le mandat des députés élus au Parlement au-delà de cinq ans. La Constitution d’une IIe République devra, elle, permettre aux Mauriciens de se prononcer sur les affaires de l’Etat au-delà des deux cas de figure actuels. Les Marcheurs de la République et d’autres citoyens gagneraient donc, dès à présent, à suggérer dans quels cas les citoyens pourront utiliser le référendum. En sachant que le recours à celui-ci doit néanmoins se faire avec parcimonie et sur des sujets de la plus haute importance pour le pays.

La réflexion sur la participation des citoyens au processus démocratique peut être poussée plus loin. Les Suisses exercent, par exemple, leur souveraineté d’une manière prodigieuse. En effet, 1,3 % des 7,6 millions d’habitants de la Suisse peuvent potentiellement forcer leur Parlement fédéral à débattre d’un amendement législatif, constitutionnel ou d’une nouvelle loi. « L’initiative populaire » qui permet cela n’a besoin que d’un minimum de 100 000 signatures d’électeurs pour être enclenchée !

C’est de ce type de propositions dont la démocratie mauricienne a besoin. Les Marcheurs de la République et les citoyens du pays ont désormais l’obligation de proposer des alternatives. Il y a un temps pour dire non. Il est désormais temps de dire oui. Reste à savoir à quoi…

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