Place à l’action

Les querelles d’économistes ne manquent pas depuis la fin du discours du budget de Xavier Duval. Le ministre des Finances a-t-il été trop défaitiste avec sa visée de 4% de croissance en 2012 ? Pourquoi n’a-t-il pas chiffré son objectif en matière d’investissement direct étranger (IDE)? Etait-il primordial de maintenir le déficit budgétaire à un niveau relativement bas de 3,8% au moment où tous les Etats misent sur des dépenses étatiques massives comme remède anticrise ? Même si ces questions sont intéressantes, laissons-les de côté pour nous intéresser à la volonté affichée – ou pas – du gouvernement de régler les problèmes dont il est lui-même à l’origine.
Le premier d’entre eux, c’est la propension du gouvernement à annoncer des mesures qui ne sont pas suivies d’actes. Xavier Duval, lucide et aussi un tantinet revanchard, expliquait la semaine dernière que 60% des mesures budgétaires de son prédécesseur n’avaient pas été appliquées. Comme gage de son approche proactive, le ministre des Finances a donc publié un calendrier de mise en oeuvre de 178 mesures contenues dans son budget. Dont l’exécution échoit au Budget Implementation Team (BIT) qu’abrite désormais son ministère.
Cette cellule n’est toutefois que le début d’un commencement de solution pour éliminer les atermoiements inhérents à l’appareil d’Etat. Le BIT, placé sous l’autorité de Duval, sera composé de fonctionnaires et de conseillers du ministre des Finances. Or, les fonctionnaires peuvent être de bien mauvais sherpas dès qu’on leur confie la tâche de prévenir les turpitudes de leurs propres confrères. Le directeur de l’Audit, pourtant habilité par la Constitution à faire la leçon aux ministres et Permanent Secretaries, en sait quelque chose. Il prêche dans le désert année après année !
Si le BIT prétend avoir une action déterminante dans la mise en oeuvre des mesures budgétaires, il ne lui faudra pas seulement compter sur les injonctions de fonctionnaires à fonctionnaires ou de conseiller politique à fonctionnaire. Mais préférer une sorte « d’approche Medpoint ». Oublions, pour la démonstration, le flou autour de l’achat de cette clinique. Attardons-nous plutôt sur la facilité et la célérité avec lesquelles les ministres de la Santé et des Finances d’alors, ainsi que leurs administrations, avaient collaboré pour en boucler la vente avant la date fatidique du 31 décembre 2010. C’est cet effet « Dear Pravind » là que Xavier Duval doit pouvoir dupliquer. En respectant bien évidemment nos lois anticorruption !
Plus sérieusement, il s’agit de traduire dans les faits l’approche ni carotte ni bâton dont Xavier Duval parle quand il évoque ses relations avec ses collègues. Car la mise en oeuvre des mesures budgétaires est en fait directement tributaire des qualités individuelles de leadership et de stratège des ministres mais aussi de leur capacité à travailler ensemble.

Un ministre qui amène ses fonctionnaires à boucler en temps et en heure la rédaction de guidelines ou de nouveaux règlements relatifs aux logements NHDC peut, à sa manière, lutter contre la pauvreté. Un autre qui exhorte les ingénieurs de son ministère à participer à un site visit au pied levé – parce qu’un très important investisseur étranger consent à faire une visite de prospection impromptue – peut contribuer à attirer quelques millions de dollars d’IDE dans le pays.
Xavier Duval sait que l’application de plus de la moitié des 178 mesures qu’il a annoncées ne dépend pas directement de son ministère. Il sait également que les fonctionnaires sont de grands procéduriers qu’un BIT aussi dynamique soit-il – ne saurait cornaquer à lui seul. Reste donc le travail d’équipe.
Rama Sithanen, en son temps, avait déploré le manque de soutien de ses collègues. Pravind Jugnauth, non plus, n’avait guère l’estime de ses voisins de table au gouvernement. Xavier Duval, qui vient de présenter un budget autant empreint de sa patte que de celle de Navin Ramgoolam, peut prétendre à un esprit de cohésion qui a cruellement fait défaut à ses deux prédécesseurs. Si, dans six mois, le ministre des Finances n’arrive pas à boucler au moins 50% de ses 178 mesures…on prendra la mesure du manque de cohésion au sein de ce gouvernement. Dans ce cas-là d’ailleurs, c’est un autre mot qui siéra mieux : incompétence !

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