Et l’Etat dans tout ça ?

Moins de blabla, davantage d’action. La promesse du ministre des Finances, à moins d’une semaine de son discours du budget, est stimulante. Si Xavier Duval fait ce qu’il dit, la quasi-totalité de ses mesures budgétaires sera appliquée dès juin 2012. Mais on se pose toutefois des questions : le gouvernement a- t- il la capacité et surtout la volonté de montrer la voie en matière d’efficacité ?

Duval le rappelle volontiers : le gouvernement et sa pléthore de corps paraétatiques doivent également contribuer à l’efficience de notre économie. Tous doivent proposer le meilleur service possible au meilleur coût. A compter du 4 novembre, Xavier Duval essaiera donc de concrétiser cette vision… de préférence dans six mois.

Cette profession de foi a toutefois un air de « déjà-entendu » . Il y a cinq ans, le budget de l’Etat faisait déjà la part belle à l’assainissement des finances et de la gestion des corps paraétatiques. L’ancien ministre des Finances Rama Sithanen expliquait, en juin 2006, que le gouvernement allait cesser d’investir massivement l’argent du contribuable dans des institutions « dépassées » et « inefficientes » .

La fermeture de la Development Works Corporation ( DWC) allait même, disait l’ancien ministre des Finances, démontrer la volonté du gouvernement de « mettre de l’ordre » dans ce secteur. Le discours était beau. Les actes, eux, n’ont pas convaincu. Ainsi, la très grande majorité des « licenciés » de la DWC est allée gonfl er les « staff lists » d’autres organismes parapublics déjà surnuméraires !

Cinq ans plus tard, il suffit, par exemple, de se rendre au Parcel Post Office ( PPO) de Port- Louis pour se rendre compte à quel point l’inefficacité est érigée en dogme dans certaines de nos administrations. Au PPO, ce lieu d’un autre âge, l’informatique n’existe pas. Des postiers y palabrent indéfi niment avec des douaniers et gribouillent dans des registres antédiluviens avant d’ouvrir des colis contenant parfois deux livres ou un vulgaire gadget électronique.

C’est ce secteur public pléthorique et archaïque que Xavier Duval se donne pour mission de réformer. On connaît la recette pour cela. Elle passe par l’informatisation, la réduction des coûts et des effectifs, la formation du personnel pour le rendre apte à suivre et appliquer un « process » bien défini. Dans certains cas, la réforme passe par la fermeture pure et simple d’organismes dont la mission peut être plus effi cacement assurée par le secteur privé.

Pour atteindre cet objectif de réforme, Duval devra toutefois surmonter quelques obstacles de taille. Les plus coriaces ne sont d’ailleurs pas ceux que l’on croit. Ainsi, ce ne sont pas les syndicats qui posent problème. La volonté politique d’un gouvernement peut, en effet, avoir raison des plus belliqueux d’entre eux. Anerood Jugnauth l’a démontré avec les employés du Central Electricity Board dans les années 80. Le seul ennemi qui est en mesure d’empêcher Xavier Duval de réussir s’assied à la même table que lui les vendredis. L’ennemi, ce sont ses vingt-quatre collègues du Conseil des ministres. L’ennemi, c’est le politique en lui.

Les corps paraétatiques sont un formidable terrain de jeu pour les députés et ministres. En 2006, Rama Sithanen dénombrait « plus de 150 » de ces « authorities » et « boards » . Voyons les possibilités : 300 directeurs et chairmen potentiels à nommer… presque tous des nominés politiques. C’est alléchant. Autant de « office attendants » et « clerical officers » à caser. Soit des centaines de possibilités d’honorer les promesses d’emploi faites durant une campagne électorale.

Cette instrumentalisation des corps paraétatiques par les gouvernements successifs atteint, dans certains cas, les limites de l’absurde. Un ministre important a ainsi pris pour habitude d’informer personnellement les personnes de la même « communauté » que lui de leur promotion. Histoire de leur faire croire que c’est de lui que dépend leur bonne fortune.

Quand Xavier Duval dit qu’il va promouvoir un secteur parapublic de « high efficiency » , il va à l’encontre des intérêts de ses propres collègues du gouvernement. Pas sûr, donc, que ces derniers, ni même leur patron à tous, le soutiennent dans sa mission. Voici, à coup sûr, une mesure qui prendra plus de six mois pour être réalisée. Jusqu’ici, en tous cas, cinq ans n’ont pas suffi …

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