Ramgoolam, le pacifiste ?

Quelle mouche l’a piqué !? Pas d’attaques acerbes. Aucune dénonciation hargneuse. Le Premier ministre s’est évertué à mettre la pédale douce, hier, lors de son exercice de communication. Calme et posé, Navin Ramgoolam a même semblé ne pas vouloir trop se lâcher en critiquant l’allié « loyal » d’hier devenu l’ennemi juré d’aujourd’hui : Pravind Jugnauth. Cette attitude n’a, en fait, rien d’équivoque ni de surprenant. C’est même la stratégie politique la plus indiquée… pour le moment.

Le Premier ministre endosse donc l’uniforme de pompier en chef. Il éteint et circonscrit consciencieusement les nombreux départs d’incendie qui pourraient affecter le fonctionnement de son gouvernement ou l’image de celui-ci auprès de la population. Malgré les déclarations belliqueuses du président Anerood Jugnauth, tout va bien entre eux pour Ramgoolam. Ce dernier ne dit pas, non plus, un seul mot désobligeant à l’encontre du MMM et de son leader Paul Bérenger… qui ne fait que « son travail » en critiquant le gouvernement.

Dédramatisées, également, les tensions internes au Parti travailliste ou les bourdes de certains rouges. La « frustration » de Kalyanee Juggoo est chose du passé. Les « circonstances » qui ont amené les propos du député Dhiraj Khamajeet ont, elles, été expliquées au Premier ministre. Dossiers clos ! À l’exception des « naufragés politiques » du MSM et de leur allergie à la Commission anti-corruption, Ramgoolam ne trouve donc rien à dire de négatif sur la situation politique locale. Les « boulever-sements politiques » attendront. Entre-temps, tout va bien.

Cette approche « fleur au fusil » du chef du gouvernement peut susciter deux commentaires. D’une part, on peut se demander si, entouré de ses seuls thuriféraires et coupé du quotidien du terrain, Ramgoolam ne commence pas à prendre ses désirs de retour au calme et de tout contrôler pour la réalité. D’autre part, il se peut également que le Premier ministre ait décidé de se concentrer sur la rentrée politique et de se consacrer entièrement à un agenda parlementaire très chargé en cette fin d’année. C’est ce qu’il dit vouloir faire. On ne peut que l’encourager s’il suit cette voie…

À peine deux semaines après la rentrée parlementaire du 18 octobre, Xavier Duval présentera l’un des budgets les plus cruciaux de ces dernières années. Ramgoolam et Duval le savent tous deux… La méthode Sithanen est inadaptée face à la conjoncture économique internationale actuelle. Elle portait ses fruits quand les entreprises étrangères se bousculaient pour faire fructifier leurs investissements chez nous. Or, ce moteur-là est en panne. Pas possible, non plus, de faire du Pravind Jugnauth. En dehors de son fumeux Duty Free Island, l’approche de l’ancien ministre des Finances n’a été qu’une pâle copie très « middle-class friendly » de la stratégie économique prônée par Rama Sithanen.

Duval se doit donc de redynamiser énergiquement notre stratégie économique. Il ne pourra le faire sans le soutien et les arbitrages favorables de Navin Ramgoolam. Le ministre des Finances a confié, à ceux qui l’ont vu récemment, que le Premier ministre lui impose peu de limitations pour boucler le discours qu’il présentera le 4 novembre. Tant mieux donc si le chef du gouvernement sursoit à ses fréquents déplacements à l’étranger. Vivement aussi qu’il se libère de son agenda politicien consistant à « koz koze » ici et « zour zoure » là-bas. À présent, Navin Ramgoolam se doit de travailler étroitement avec son ministre des Finances afin de lui permettre de proposer le package économique le plus adéquat pour l’année 2012 et les suivantes.

Mais encore faut-il connaître les objectifs précis du package que présentera Xavier Duval. Celui-ci en décrira les grandes lignes dans un entretien qu’il accordera à l’express dimanche prochainement. Mais d’ici là, il nous revient que Xavier Duval compte notamment placer la création d’emplois à travers la relance de l’entrepreneuriat au rang de ses priorités budgétaires. Tout en protégeant ceux qui feront invariablement les frais de la crise qui frappe aussi bien certains de nos partenaires européens que les États-Unis.

Ramgoolam reste bien évidemment un politicien à plein temps, mais durant les semaines à venir, le pays et l’économie ont davantage besoin d’un leader sachant aiguiller son Conseil des ministres et prendre les décisions importantes dans l’intérêt (économique) national. Et non d’un chef de guerre politique obsédé par l’idée de rester au pouvoir. Espérons que Navin Ramgoolam saura faire la part des choses.

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