Moralite na pa ranpli vant

Êtes-vous dupes ? Probablement pas. D’ailleurs, si ce n’est pas le cas, vous faites sans doute partie des Mauriciens qui pensent avoir lu au travers du coup d’éclat de ce mardi du MSM. Ce n’est pas la solidarité envers Maya Hanoomanjee qui a motivé la démission de cinq ministres du parti de Pravind Jugnauth. Encore moins la manière de faire de l’ICAC. C’est autre chose. L’opinion publique est comme convaincue qu’il y a une raison inavouable derrière la décision du patron du MSM de s’éloigner du Conseil des ministres. Nous finirons par le savoir bien assez vite…

Au mieux, certains voient en la posture du chef du MSM, une tentative de chantage envers Navin Ramgoolam. Au pire, on qualifie le cirque de Pravind Jugnauth de haute trahison envers celui qui l’a sorti de son « karo kann » politique, un certain 31 mars 2010. Pour la base travailliste, la cause est même entendue : Pravind Jugnauth vient de cracher dans la soupe. Une attitude jugée d’autant plus impardonnable quand on sait qu’il parsème généreusement ses discours politiques des mots « dignité » et « loyauté ». Depuis mercredi, un dessin de Pov, paru dans l’express et montrant Pravind Jugnauth accroché à un couteau planté dans le dos de Navin Ramgoolam, fait le tour du landernau travailliste. Pour les militants rouges, le caricaturiste résume là, à merveille, l’attitude du patron du parti soleil.

L’opinion des sympathisants rouges n’est pas toutefois toujours le reflet de l’opinion publique. Mais depuis mardi, il semble que les deux concordent. Les émissions « phone-in » sur nos radios, les commentaires des lecteurs et internautes, l’analyse des chauffeurs de taxi et des « marsan bazar » férus de politique, tendent tous à démontrer une chose : les Mauriciens en veulent terriblement au MSM et à son grotesque opération « lev pake reste ».La condamnation est unanime : le MSM a atteint le degré zéro de la politique et de l’éthique. Jugnauth avait le choix entre rester et partir. Mardi, il a choisi de partir en restant !

Personne n’est dupe. D’aucuns y voient même un hommage à l’un des slogans du fondateur du MSM : Anerood Jugnauth. Celui-ci aimait dire, du temps où il était Premier ministre : « Moralite na pa ranpli vant. » À n’en point douter, le fils épouse parfaitement la philosophie du père. Sinon comment interpréter la « raison» officielle liée au départ du MSM du Conseil des ministres ? Si le « mauvais traitement » infligé à Maya Hanoomanjee par l’ICAC en a été à l’origine, ne peut-on pas a contrario en déduire que si cette institution change sa manière de faire, Pravind Jugnauth reconsidérera illico sa décision de mardi dernier ? N’est-ce pas d’ailleurs ce que demande Pravind Jugnauth tacitement au Premier ministre ? De faire plier la commission anti-corruption ?

La rue gronde à cette idée. Les Mauriciens surveillent déjà le Premier ministre et s’attendent à ce qu’il ne cède pas d’un pouce sur le principe de l’indépendance de cette institution. Dans le passé, un gouvernement MSM-MMM a fait dissoudre l’Economic Crime Office au moment même où celui-ci s’intéressait à un ministre de cette majorité-là. Le MSM veut-il passer à la postérité comme étant le parti qui participe, à chacun de ses mandats, à la déroute d’une institution censée combattre la corruption ? Ramgoolam veut-il en être complice ? L’opinion publique sera vigilante à ce sujet dès demain.

Ce que nombre de Mauriciens attendent également, c’est une sortie de crise claire. Ils sont d’ailleurs nombreux à penser qu’en quittant le Conseil des ministres ce mardi, le MSM a rompu le pacte électoral conclu avec la population le 5 mai 2010. Les députés MSM ont été élus pour participer au gouvernement et non pour miner ou contester son action et celle des institutions en tant que backbenchers.

Deux solutions s’offrent donc aux députés MSM. Aller chauffer les bancs de l’opposition. Où le MMM compte lui réserver un accueil plutôt tiède. Ou alors, rendre à l’électorat les 12 sièges de parlementaires dont Pravind Jugnauth se croit propriétaire. Et laisser aux citoyens le soin de décider si le parti soleil mérite bien tous ces sièges en dehors d’un accord électoral avec le Parti travailliste ou le MMM. Il y a fort à parier que Pravind Jugnauth ne tentera pas ce dernier pari. Seuls ceux qui respectent les institutions et l’électorat le font. Depuis mardi, Pravind Jugnauth semble avoir démontré qu’il ne fait manifestement pas partie de cette catégorie-là de politiques.

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