Le faux procès de Maya

Les tribunaux populaires peuvent se tromper… Depuis mercredi, un procès a été intenté à Maya Hanoomanjee. Dans les heures qui ont suivi son admission dans une clinique privée, elle a été condamnée pour un « crime ». En effet, aux yeux de nombreux Mauriciens, une ministre de la Santé qui ne choisit pas de se faire soigner dans un de nos hôpitaux publics dénigre ses services et son personnel soignant. Reprocher cela à Hanoomanjee, c’est faire preuve de populisme.

Même dans nos hôpitaux, chaque intervention médicale a un coût. C’est le cas d’un arrachage de dent, par exemple. Toutefois, les frais de cette intervention sont facturés à l’État et non au particulier qui en bénéficie. Ainsi, à soin égal, ce sont approximativement les mêmes coûts qui sont applicables dans une clinique privée. Sauf que là où le secteur public fait payer une intervention au prix de revient, les cliniques privées pratiquent une marge importante.

Elles justifient cela par les services complémentaires et le confort qu’elles offrent. Dans les faits, une personne souffrant d’une rage de dent peut toujours, en fonction de son budget, faire un choix. Accepter de poireauter deux heures dans la salle d’attente d’un hôpital avant de se faire enlever une dent. Ou alors, décider de payer un dentiste du privé pour soulager sa douleur dans l’heure qui suit.

En se faisant admettre à la clinique Apollo Bramwell pour récupérer du malaise dont elle dit avoir été victime, Maya Hanoomanjee a fait deux choix. D’abord celui du confort. Elle a subi des tests médicaux dès son admission, s’est reposée et a reçu une flopée de VIP dans une chambre privative. Chose qui aurait été impossible si elle avait choisi de se faire admettre à l’hôpital Jeetoo, par exemple. Le confort et les services à valeur ajoutée ont un prix. Maya Hanoomanjee a choisi de les payer elle-même. On peut difficilement trouver à y redire.

Dans un deuxième temps, Hanoomanjee a aussi fait un choix judicieux en tant que patronne des services de santé de l’État. Elle aurait, en effet, été mal inspirée de se faire admettre dans un hôpital public. D’abord, elle aurait monopolisé l’attention du staff soignant. Ce qui aurait alors valu à Hanoomanjee un autre procès : celui de recevoir des soins personnalisés et ainsi d’être favorisée par le personnel de l’hôpital.

Ensuite, elle aurait par la même occasion sérieusement perturbé le fonctionnement du service dans lequel elle aurait été admise. Les va-et-vient intempestifs des avocats, gardes du corps, proches et camarades de parti n’auraient pas manqué d’indisposer d’autres patients, voisins de lit de la ministre, le temps d’une ou deux soirées. Difficile, encore une fois, de reprocher à Hanoomanjee d’avoir agi comme elle l’a fait.

Toutefois, à part celle portée par l’ICAC, Hanoomanjee fait l’objet d’une autre accusation. Celle d’avoir « acheté », le temps d’une ou deux soirées, sa liberté grâce à un malaise médicalement certifié. Ce procès-là dépasse Hanoomanjee et concerne plus globalement notre système judiciaire. Qui est perçu comme étant étonnamment protecteur envers une certaine catégorie de justiciables.

Dev Hurnam, Harry Tirvengadum et bien d’autres ont, chacun à son tour, utilisé un sésame délivré par un médecin pour ne pas dormir en prison pendant une ou plusieurs nuits. Ou alors pour échapper complètement à une procédure judiciaire. C’est cette perception de laxisme de nos tribunaux qui sera au centre des débats publics durant le procès de Hanoomanjee.

Une part importante de la population est comme convaincue que l’ICAC et notre système judiciaire sont programmés pour laisser s’échapper les « gros requins ». En effet, quasiment tous les hommes politiques majeurs (dont un certain nombre de ministres, anciens ou en fonction) récemment mis en cause devant la justice ont invariablement été blanchis durant certaines étapes de la procédure.

Une partie des faits qui sont reprochés à Hanoomanjee relève du faux procès. À notre système judiciaire de nous prouver qu’il est également victime d’une mauvaise perception de la part de ceux qui pensent que Hanoomanjee sera blanchie à tous les coups. Non pas parce qu’elle est d’abord innocente… mais avant tout parce qu’elle fait partie de la caste la plus puissante à Maurice. Celle des hommes politiques.

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2 responses to “Le faux procès de Maya

  • metroboy7

    Merci d’apporter un peu de bon sens dans le lot de commentaires irréfléchis.

    Cela semble pourtant basique. Se faire admettre à l’hôpital et «soigner» par l’état aurait été une grosse bourde – surtout de communication – de la part de la ministre.

  • Jayshen

    Et si elle etait vraiment malade!

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