L’homme qui n’avait pas confiance

De quelles blessures d’orgueil et d’amour propre doit-on souffrir ? De quelles trahisons doit-on avoir été victime pour développer une telle obsession ? Celle consistant à démontrer, sans relâche, qu’on contrôle tout… et à affirmer qu’on est – directement ou indirectement, pater et filius – à l’origine de toutes les décisions. Celles qui ont fait la réussite du pays ou qui en feront le succès à l’avenir ! Ces questions sont, certes, d’ordre psychologique. Mais elles méritent d’être posées car elles ont une réelle influence sur le fonctionnement global du gouvernement de la République.

Les traités de management et les grands gourous de la discipline aiment à rappeler un des éléments servant à mesurer la réussite d’un leader. Le chef habile est, selon eux, celui qui arrive à faire fonctionner son équipe même en son absence. Car préalablement, il donne à chacun de ses collaborateurs les outils, conseils et encouragements nécessaires pour accomplir sa tâche au mieux de ses capacités. Or, ce n’est pas vraiment ce comportement-là que l’on observe chez le Premier ministre.

Ce week-end, il a encore démontré sa grande défiance envers ses propres proches collaborateurs. Lors d’une cérémonie pour le lancement de la récolte sucrière, Navin Ramgoolam a une nouvelle fois rappelé que sa « vision » compte davantage que celle des 24 autres ministres de son cabinet. C’était presque une manière d’affirmer que les 24 autres membres du Conseil des ministres n’en ont tout simplement pas !

Cet attachement à dénigrer ses lieutenants n’est en rien un phénomène nouveau chez Ramgoolam. En octobre dernier, son ministre des Affaires étrangères en avait fait les frais. Le discours de ce dernier à la tribune des Nations unies avait été très bien accueilli. Suffisamment, en tout cas, pour indisposer le Premier ministre. « J’ai personnellement corrigé à quatre reprises le discours du ministre Arvin Boolell », s’était empressé de préciser Ramgoolam. Un comble… quand on sait qu’il a, lui-même, fait appel à un nègre pour l’écriture de certains de ses discours importants dans le passé !

Le gouvernement, il faut bien se le dire, est une constellation où seule une étoile peut briller. Cela a quelque chose d’inquiétant : il revient à légitimer la mise en place d’une médiocratie. Car si l’on s’en tient à la teneur des discours de Ramgoolam… on ne peut qu’en conclure qu’il est entouré d’une bande d’incapables. Il a déjà dit ne pas faire confiance à ses ministres. Dimanche dernier, il a également laissé entendre que certains d’entre eux étaient au gouvernement pour se faire de l’argent. Sinon, pourquoi aurait-il révélé leur avoir rétorqué « d’aller faire du business au lieu d’être ministres » ? Puis, il y a cette question de « vision ». Enfin, cette incapacité des hommes de Ramgoolam à s’occuper des « canards boiteux » qui tombent sous la tutelle de leurs ministères respectifs. Une incapacité qui a conduit le chef du gouvernement à prévenir que ces palmipèdes institutionnels disparaîtront peu à peu.

Le Premier ministre ne peut toutefois continuer impunément à décrire et à dénoncer la médiocratie qu’il dirige sans assumer ses responsabilités. Virer Raj Bungsraj, 70 jours après l’avoir propulsé à la tête d’Air Mauritius, dénote un certain courage. Demander à Showkutally Soodhun de « lev pake ale » du ministère du Commerce après une année passée dans cette administration, c’est faire preuve d’un certain réalisme. Mais pourquoi le Premier ministre se contente-t-il d’aligner si peu de décisions courageuses – ou d’aveux d’erreur – de ce genre ?

Peut-être parce qu’en tant que seul visionnaire de service, il a lui-même choisi d’installer quasiment tous les personnages de la médiocratie en place. La nomination des ministres n’est-elle pas la prérogative exclusive du Premier ministre ? La distribution stratégique des tickets n’est-elle pas également la chasse gardée du leader d’une alliance électorale ? Les nominations dans les corps parapublics ne sont-elles pas, elles aussi, avalisées au Conseil des ministres… que préside Ramgoolam ?

Tout cela est paradoxal, voire comique. La prochaine fois que l’on écoutera Ramgoolam tempêter par rapport à la bande d’incompétents qui l’entourent, il faudra tout simplement se rappeler de la personne qui a choisi de les nommer là où ils sont. On comprendra peut-être réellement alors en qui Ramgoolam n’a pas confiance !

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