Si Zuckerberg était mauricien…

Derrière le sourire angélique, un redoutable hacker. Ankit Fadia, qui était en visite chez nous cette semaine, aurait pu faire partie de ces individus dont les moindres faits et gestes sont surveillés par la National Security Agency (NSA) américaine. Objet de l’attention permanente des grandes oreilles virtuelles du réseau de surveillance mondial « Echelon ». Mais Fadia s’est placé du bon côté de la barrière. S’il s’introduit dans des systèmes informatiques aux données ultrasensibles, c’est pour mieux en souligner les failles.

D’autres n’ont pas cette vocation et encore moins la même éthique. Ce n’est donc pas pour rien si, depuis le début du siècle, les plus importantes agences de sécurité dans le monde, la NSA en tête, identifient le cyber-terrorisme comme étant potentiellement la menace la plus dangereuse qui guette les grandes nations. En Chine, aux États-Unis, en Argentine ou en Inde… une attaque informatique d’envergure pourrait créer une catastrophe aux conséquences insoupçonnées.

La Bourse de New York incapable d’enregistrer l’achat ou la vente de la moindre action. Aucun avion qui décolle de l’aéroport de Nagoya. Les centres d’externalisation de Hyderabad coupés du monde des jours entiers. Ce sont là quelques-uns des scenarii de « Cyber Pearl Harbour » imaginés par les stratèges américains dès le début des années 2000. Déjà, les informaticiens faisaient tourner le monde…

Depuis, les réseaux se sont développés, la connaissance et les capacités de ces spécialistes se sont considérablement densifiées. C’est ce qui permet d’ailleurs à une guerre virtuelle de faire rage entre deux puissantes nations – les États-Unis et la Chine – sans que le monde n’en mesure l’ampleur. Derrière toutes ces menaces virtuelles et réelles se cachent des clones de Fadia.

Ces as de l’informatique, il ne faut pas nécessairement les chercher du côté des chambres d’étudiants du Massachussetts Institute of Technology ou dans les lotissements bourgeois de Bangalore. Nous en avons également chez nous. Ils sont certes Mauriciens, mais beaucoup de ces génies du 0 et du 1 ont choisi de s’expatrier à Singapour, aux États-Unis, en Europe, voire en Inde. Là-bas, au-delà de l’argent, il y a des challenges à relever ! Loin de cette île Maurice où un de leurs compatriotes sur trois n’a pas accès à Internet. Et où ceux qui surfent sont, pour la plupart, encore réticents à sortir la carte de crédit pour un achat sur Amazon ou Ebay.

Il ne faudrait toutefois pas se lamenter sur ces cerveaux qui ont choisi d’autres prairies. Pensons à ceux qui sont ici et à la manière dont « la culture informatique » leur est inculquée. Voilà une vingtaine d’années que des cours d’informatique sont dispensés au secondaire et dans le cycle universitaire à Maurice. Or, malgré l’expérience acquise, l’enseignement de cette discipline paraît toujours aussi théorique. L’aveu provient du ministère de la Technologie informatique lui-même. Le récent National ICT Strategic Plan (2011-2014) admet que si les diplômés en informatique de nos universités trouvent rapidement un job, leurs employeurs les considèrent cependant comme n’étant pas « job-ready ».

La faute à l’environnement informatique local. D’une part, il y a cette méthode d’enseignement en déphasage avec les réalités modernes. Qui se contente d’initier nos enfants, depuis des années, à Word, Excel, Internet Explorer, Powerpoint, tout en leur apprenant des rudiments théoriques de la programmation. D’autre part, un grave handicap infrastructurel. Si Maurice est un exemple en Afrique, il est loin d’être un modèle pour le monde en matière informatique. Le rapport Networked Readiness Index 2010-2011 du World Economic Forum le confirme. Sur 138 pays, Maurice se classe 78e par rapport à l’accès aux réseaux. Nous occupons également la 76e place dans leur utilisation.

Une vraie démocratisation de l’accès à Internet et à l’informatique, à travers des baisses de prix de connexion et du coût des ordinateurs. Une refonte de la manière dont l’informatique est enseignée dans les écoles, collèges et universités. La création d’une vraie filière d’excellence capable de produire des Mark Zuckerberg et des Ankit Fadia. La recette est connue depuis que Sarat Lallah a inauguré le poste de ministre de l’Informatique, il y a presque 20 ans. Pourtant, on fait du surplace depuis. Le dernier Strategic Plan national reprend, à quelques nuances près, les mêmes recettes. Mais pour nourrir en étudiants la future ICT Academy nationale, il faut que tout le système mue. Si, pour l’heure, on ne voit même pas les premiers signes de la métamorphose, osons espérer que cela viendra.

Entre-temps, au lieu de découvrir avec stupeur – mais aussi avec un brin de fierté – que nos collégiens ont piraté le site d’une grande entreprise… contentons-nous de savoir que les gangs rivaux de deux collèges des Plaines-Wilhems se sont illustrés… en décidant de faire la paix cette semaine !

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6 responses to “Si Zuckerberg était mauricien…

  • Natia Ke Beta

    It’s great to see that you have written an editorial on this topic. As a teenager, I always dream about creating something which will change things in our island. In fact, I’m now planning to launch my startup this summer and it’s related to eLearning.

    Of course, there are young Mauritians like Mark Zuckenberg, they are those youngsters who are really passionate about changing things, they are those who are willing to push the human race forward. I urge you to check the Think Different ad by Apple to know more about them.

    But is the Mauritian society ready to accept them? No, I don’t think so. Mauritians don’t care about these people. They lack the Apple culture. I wrote a post about this a few months ago on my blog, check it here http://natiakebeta.info/post/4236875718/the-apple-culture-does-not-exist-in-mauritius. Mauritians don’t respect people who create these startups. Mauritians give importance only to SC, HSC and university degrees. I believe that this is a whole culture which is sadly not present in Mauritius. Let me take an example, a company launches a brand new innovative product, will you publish it on the front page of your newspaper or on the last few pages? Mr Berenger has more scandals to share … This is definitely going to be on the front page! That’s the Apple culture I’m talking about and it’s present in the motherland of Zuckenberg and Steve Jobs. And it’s true, the Americans, the world and the media give importance to these folks, take a look at the launch of the Macintosh or iPhone or more recently the iOS 5. Another example, Mauritians will never donate money to a startup. People will send you to the mental asylum if you ask them money to invest in your startup but they will definitely help you if you have a surgery to be performed. This is another part of the culture, donating money for the startups and encouraging them, take a look at project DIASPORA*.

    There have been a few great Mauritian startups but most Mauritians are unaware of their existence. Let me take as example ThreeBags, an innovative website to look for gadgets created by Avinash Meetoo.

    The system of education is also to be blamed. At CPE level, the only aim of students are the 6 A+, at SC, they evolve to become the 6 units and at HSC, the dream is to be a laureate or to be ranked. In fact, students don’t dare to to apply the knowledge they receive on creating things which will change the world. And as you said, the knowledge is somehow a bit too theoretic. Becoming a drop-out in Mauritius is also ironically difficult, I mean if you think that what you are learning at school is useless, you should have the privilege to leave the school, just like Bill Gates, Mark Zuckenberg, Steve Jobs and the Google Guys.

    I don’t think politicians have an important role to play in this issue, though Obama did have a dinner with Mark Zuckenberg, Steve Jobs and other folks who created startups. Here it’s about us, the Mauritians, the media and everyone else. It’s more about changing our mindset and embracing change and respect those who do it.

  • Alain Bertrand

    Le Mauricien est accablé du complexe du nain et je fais partie de ceux là, il faut bien le reconnaître !

    Mais avec l’expérience que j’engrange ces derniers temps, en tant que Social Media Strategist, avec le développement et l’émancipation tous azimuts des réseaux sociaux, je me rends compte que le fossé s’est rétréci. La génération X mauricienne est en passe de renvoyer aux oubliettes ces réflexes d’un autre temps qui consistaient à courber l’échine. Nous l’avons remarqué… Pas les autorités malheureusement.

    En ces temps, quand on parle à tour de bras d’empowerment, que les dinosaures qui nous dirigent, se rendent compte qu' »Empowering » le peuple dans des secteurs peu porteurs est un crime. Le Digital Empowerment est définitivement le passage obligé. Il est temps, en effet, de laisser de plus en plus de place aux jeunes programmeurs, aux entrepreneurs… Leur proposer des plateformes de rencontre avec des investisseurs, des plateformes de démonstration au lieu d’organiser des Infotech à fort relent commercial.

    Tout est dans la mentalité et son changement à tous les niveaux. Mais ça c’est encore plus compliqué que de pirater un serveur hébergé par la NCB.

  • Torpedo

    pseudo-« Plug & Play » against « Apple » culture. Or as someone said very well: « Perpetual beta vs. command-and-control« … Hehehe, it reminds me of a sour episode in my participation to the school magazine (yeah, the one where Rabin and I happened to participate in 1994): one of the sponsors offered a a short course on Mac’s, and the school magazine coordinator was looking for people for attending the course. When I proposed my name to fill in the meagre list, the guy asked if I knew something about computers. When I said « no, but I’m very keen », he turned me down saying « ah non, c’est pas possible, parceque les Mac sont un niveau de computer très très élevé ça… »
    Wai do!
    Today, in spite of the 99% PC environment (on which dealers of spare parts thrive), I’ve opted for a Mac at home…
    Pourvu qu’ça dure!

  • Stephen Naicken

    @Natia Ke Beta « Mauritians don’t respect people who create these startups. Mauritians give importance only to SC, HSC and university degrees. » Almost correct, but not quite, I think if you had stated, « Most Mauritians don’t respect anyone. Mauritians give importance only to their own SC, HSC and university degrees. », then I would have agreed with you.

    @Torpedo Perhaps it was a blessing in disguise, as the hurt and rejection seems to only have strengthened your love for Mac 😉

    Truth be told, the Government and stakeholders are probably achieving the most that they possibly can right now. The « Cyber Island » project has provided many 18+ school leavers with jobs in the BPO/Call Centre companies at Ebene. A good thing when you see the problems of youth unemployment elsewhere.

  • Swaleha Kassim

    Just saw that the typo in my name :$
    Re-posting my comment again: Had Zuckerberg been a Mauritian, he would have been a cyberidiot and a narcissist disguised as a revolutionary. Not the wiz kid of the internet who forms part of a jewish elite. Would he have been Vaish though? In which case, he would have revealed himself as a sycophant of our pseudo-leaders…

    I am just taking the mickey out of our Mauritian Zuckerberg =D

    I was drawn by the title actually and enjoyed reading it.

  • ID

    Torpedo, Its only now that You’re narrating an anecdote involving You, Rabin and a JKC mag? 😛

    Hmm, I don’t have any concerning JKC magss, but once at a training the supervisor kept telling Me not to walk around too much… I report the guy to the person above him… Answer: Policy of company has something to do with it…
    SOO, I personally ask for a copy of the rules and regulations… No, No, No, not available to trainees… They are supposed to know everything, despite being there to learn…

    Another one, koz I really liked the one You shared… Hmm, once a lecturer joked that when You don’t have experience they require it, AND when You have, they require « fresh ideas ».

    Du Courage a tous!!!

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