Un ministre, ça ferme sa gueule

Bien évidemment, ce n’est pas un remaniement. Pas encore. Néanmoins, la petite retouche qu’a apportée Navin Ramgoolam à son Conseil des ministres, ce vendredi, n’est pas anodine. C’est même probablement un brouillon de ce que le Premier ministre pourrait faire dans les mois à venir.

Il faut voir au-delà des apparences. Showkutally Soodhun n’a pas perdu un ministère important uniquement en raison de sa gestion approximative et de ses dérapages réguliers. Michael Sik Yuen n’est pas non plus devenu le nouveau « blue-eyed boy » du gouvernement parce que le Premier ministre le juge apte à gérer des dossiers sensibles comme celui de l’importation des carburants. Au-delà de ces deux hommes, c’est la mécanique enclenchée par Ramgoolam qui est intéressante à analyser.

Ce vendredi, nous avons probablement assisté à l’acte I d’un exercice de rééquilibrage au sein du gouvernement. Le chassé-croisé de portefeuilles entre Soodhun et Sik Yuen indique d’abord un affaiblissement relatif du MSM. Hier encore, celui-ci apparaissait comme jouissant d’une influence certaine au sein de l’Alliance de l’avenir. Aujourd’hui, l’un de ses cadors perd un ministère phare et récupère, en échange, un maroquin – « prends-ça-et-ferme-là » – d’habitude confié à des seconds couteaux. Tout cela doit faire réfléchir au dernier étage du Sun Trust Building.

Malgré lui, Soodhun est devenu une sorte de ballon sonde. Certains évaluent leurs adversaires. Ramgoolam, lui, est en train de jauger son allié. Le MSM subit depuis six mois les violents vents contraires du cyclone MedPoint. À ce stade de l’affaire, le Premier ministre veut probablement connaître l’état dans lequel se trouve son partenaire. Affaibli et faisant le dos rond ou alors, d’humeur braillarde et combative ? Si le MSM reste docile et digère la claque sans broncher, Maya Hanoomanjee, la ministre de la Santé, pourrait bien être la prochaine sur la liste des « remaniés ». Si, au contraire, le MSM proteste énergiquement contre le sort réservé à Soodhun, Ramgoolam comprendra qu’il lui faut patienter avant d’organiser une grande session de chaises musicales.

Entre-temps, rien n’interdit au Premier ministre de procéder par touches. La méthode a ses avantages. Il permet d’abord de manager deux ou trois problèmes de personnes et de parti à la fois. Cela sied à Ramgoolam, qui est un chat échaudé craignant les grands chamboulements. Durant son premier mandat, il a dû gérer la démission ou le décès de quatre ministres, la cassure d’avec le MMM en 1997 et l’arrivée d’un nouveau partenaire, Xavier Duval, en 1999. Pendant son deuxième mandat, il a, par contre, clairement indiqué sa prédilection pour le calme. Son unique remaniement ministériel de septembre 2008 n’avait fait qu’un seul mécontent, Etienne Sinatambou.

Le PM a donc toutes les raisons de continuer sur sa lancée avec sa méthode de microremaniement. Car celle-ci est particulièrement bien adaptée à la configuration actuelle de son gouvernement. Avec 24 ministres autour de lui, le patron du Parti travailliste (PTr) n’a plus la possibilité d’en nommer de nouveaux sans enfreindre la Constitution. Il a donc le choix entre permuter les portefeuilles des 24 ministres actuels (à l’exception de celui de l’Attorney General) ou injecter du sang neuf dans son équipe.

C’est la première solution qui semble la plus indiquée dans la configuration politique actuelle. Elle évite au leader de l’Alliance de l’avenir de refaire de savants calculs pour préserver le délicat équilibre ministériel entre les partenaires de son gouvernement (PTr-16, MSM-6 et PMSD-2). Tout en lui permettant de ne pas perturber l’actuelle répartition ethno-casteiste au sein du Conseil des ministres.

En laissant planer la menace de microremaniement, Navin Ramgoolam pourrait même ramener un certain calme, voire un regain de dynamisme, au sein de son gouvernement. Beaucoup de ministres tiennent énormément à leur maroquin. Par ailleurs, pour certains partis minoritaires, le nombre de membres dont ils disposent au Conseil des ministres ainsi que les postes qu’ils occupent sont le reflet direct de leur carat politique.

Si un ministre ne souhaite pas connaître le même sort que Soodhun mais, au contraire, recevoir des félicitations publiques comme celles adressées implicitement à Sik Yuen, il n’a qu’à redoubler de zèle dans l’exécution des ordres du chef du gouvernement. Si l’envie n’y est pas, la phrase de l’ancien ministre français Jean-Pierre Chevènement la leur redonnera sans doute : « Un ministre ça ferme sa gueule, ou ça démissionne. »

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