Combien pèse une fédération ?

À cette question, Somduth Dulthumun répondra sans doute 400 000 personnes. Le président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation ( MSDTF) aime à rappeler que son organisation rassemble le tiers de la population locale. C’est donc drapé de cette légitimité de « leader » qu’il prétend avoir une infl uence sur la vie publique et politique du pays. Il l’explique d’ailleurs, sans faux- semblants, dans l’interview qu’il accorde à l’express dimanche cette semaine.

La posture de Dulthumun n’est en rien exceptionnelle dans le paysage local. Les hommes du culte qui prétendent devoir infl uencer les affaires nationales sont légion. Menon Murday a récemment troqué ses habits de président de la Mauritius Tamil Temples Federation pour celui d’expert énergéticien. Faisant la leçon au gouvernement pour n’avoir pas choisi de concrétiser le projet de centrale électrique CT Power .

Le père Jocelyn Grégoire de la Féderation créoles mauriciens s’est, lui, improvisé « agwa » le temps de présider à la réunifi cation de la « grande famille » bleue en 2009. C’est cette mobilisation d’un bassin électoral ethniquement homogène qui explique probablement en grande partie la générosité de Ramgoolam envers le PMSD. Le parti avait, en effet, obtenu sept investitures au sein de l’Alliance de l’avenir lors des élections générales de mai 2010.

Revenons toutefois à Dulthumun. Le président sortant de la MSDTF brigue un nouveau mandat à la tête de l’organisation aujourd’hui. Face à lui, deux groupes, menés par Bissoon Mungroo et Rajendra Ramdhean, prétendent diriger autrement la fédération. Quelque part, cette situation nous amène presque à souhaiter que Dulthumun ne soit pas réélu. Histoire de vérifi er certaines choses…

Déjà, il s’agit de déterminer si le fauteuil de président de la MSDTF a quelques propriétés particulières, voire magiques. Par exemple, est- ce que celui qui s’y assoit perd invariablement son libre-arbitre ? Somduth Dulthumun semble, en effet, avoir réglé de manière défi nitive ses pas sur ceux du Premier ministre. Ramgoolam s’attaque à la presse… Dulthumun lui prête main- forte. Le chef du gouvernement critique le « grand capital » … le président de la MSDTF organise une conférence de presse dans la semaine pour reprendre les mêmes idées. L’interrogation s’impose d’elle- même. Si Bissoon Mungroo devient le patron de la MSDTF, se transformera- t- il en perroquet du Premier ministre ? Malgré sa promesse d’indépendance vis-à-vis du pouvoir ?

Ensuite, il s’agit de comprendre cette confiance – on peut aussi qualifi er cela de générosité – que le pouvoir place en celui qui occupe la présidence de la MSDTF. Dulthumun a été fait Officier de l’Ordre de l’Étoile et de la Clé de l’océan Indien. Le gouvernement l’a également propulsé sur le conseil d’administration de la Banque de développement mais aussi de l’ Independent Broadcasting Authority où il siège en tant que « member with experience in any other related activity » . Si Rajendra Ramdhean est élu aujourd’hui président de la MSDTF, sera- t- il décoré par la République dans les mois qui suivent ? Et trouverat- il son chemin vers des conseils d’administrations d’institutions publiques où il n’a pas sa place ?

Plus globalement, il faut surtout se demander : Dulthumun n’est- il qu’un agent politique que le pouvoir récompense pour services rendus ? Ou alors, est- ce sa fonction de « leader » autoproclamé de 400 000 Mauriciens qui lui confère des privilèges particuliers et probablement indus ? Si ce n’est que la première possibilité, cela va encore. Car nous ne serions là que dans un des vulgaires épisodes du long feuilleton de copinage dont les politiciens locaux – tous partis confondus – sont les acteurs de longue date.

Si, par contre, c’est le deuxième cas de figure qui est applicable, tout cela devient autrement plus grave et scandaleusement antirépublicain. Si le seul fait de diriger une organisation représentative d’une seule partie de la population donne droit à autant de privilèges, d’autres questions se posent de facto . Au nom de quoi un traitement similaire à celui de Dulthumun serait refusé à Menon Murday ou au président de la Jummah Mosque ?

Si le pouvoir politique ne peut garantir l’égalité de tous les cultes devant nos instit, utions, il faut absolument que sa générosité envers certains leaders serviables cesse. Ce serait déjà un premier pas. En attendant que le prochain, plus important, soit franchi. Celui qui permettra que les citoyens se fassent entendre du pouvoir sans avoir à grimper sur les épaules de ces associations socioculturelles. Qui, décidément, ne semblent faire ni dans le culturel et encore moins dans le social. Tant elles sont affairées à faire avancer des causes personnelles…

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4 responses to “Combien pèse une fédération ?

  • ledodo38

    Je suis perplexe – j’ai lu vos 2 derniers éditoriaux et
    je aussi lu l’interview de sydney selvon dans mauritius times et je suis tombé par hasard sur une tribune du meme sydney selvon sur impact.mu. Que l’express soit anti ramgoolam, je le sais depuis longtemps. Alors, MBhujun, qui manipule qui? Pourquoi relayer les propos de Berenger sur le mega scandale sans enquete journalistique pour eclairer l’opinion public sur les précédents ou ce mode d’attribution? Meme apres la reponse du ministre des terres au parlement, pas d’eclairage!! Estce la votre conception de journaliste « independant »? Moi, simple lecteur, commence à croire vous êtes l’otage des actionnaires du groupe la sentinelle et vous tres loin des opinions des fondateurs de l’express! Les masques tombent M Bhujun et les lecteurs commencent à y voir clair. Quand j’etais jeune mon pere nous forcaient a lire Le Cernéen, Advance, The Nation, le Mauricien, Mauritius Times et L’express et il m’a expliqué que la meilleure facon de comprendre un probleme c’est de confronter plusieurs opinions et points de vue differents. Alors je dis vive Mauritius Times, Impact, Le Defi, Le Mauricien et lexpress!

  • Rabin

    Première observation: un pays dans lequel un journal, un seul, prétendrait détenir toutes les vérités et tout dire serait un pays bien inquiétant. Alors je ne peux qu’être d’accord avec vous quand vous dites « vive Mauritius Times, Impact, Le Defi, Le Mauricien et lexpress! »

    Deuxième observation: je suis le rédacteur en chef de l’express dimanche, le lecteur lambda ne comprend souvent pas le degré d’autonomie dans lequel les différentes rédactions de la Sentinelle travaillent. L’express et le magazine que je dirige sont dans le même bâtiment, mais pas sur le même étage. Nous avons une même direction générale et les mêmes services administratifs mais pas les mêmes journalistes. Raj Meetarbhan et moi animons tous les deux des briefings…mais jamais ensemble…certainement pas avec les mêmes journalistes. Mon confrère ne participe aucunement dans mes choix éditoriaux et l’inverse est aussi vrai. Ce que je cherche à dire, c’est que je peux assumer l’histoire de la Sentinelle. Je la défendrai bec et ongle parce que c’est une institution noble, fondée en 1963 sur de très belles idées. Mais ne me demandez pas de justifier TOUS les choix journalistiques de mon confrère car je dois respecter son autonomie. Par ailleurs, je peux affirmer que l’express dimanche n’a JAMAIS pris les propos du leader de l’opposition à la lettre sur les méga-scandales. Si vous relisez, vous verrez même qu’il a été raillé par moment..
    Troisième observation: je parle pour moi. Si vous m’accusez d’être anti-ramgoolam. Je vous prierai également de m’accuser d’anti-Bérenger. Je conçois en tout cas mon métier de journaliste et ma fonction de rédacteur en chef ainsi, un peu à l’anglo-saxonne; où le journalisme doit être un contre-pouvoir…donc un « adversary » aussi bien vis à vis du gouvernement que de l’opposition. Etre anti Ramgoolam et anti Bérenger à la fois, pour moi…c’est être indépendant. Mais j’accepte que nous n’ayons pas la même définition d’indépendance.
    Quatrième observation: je ne peux que l’affirmer, et ma parole vaudra ce qu’elle vaut auprès de vous. En 9 ans passé à l’express dimanche, je n’ai jamais eu de coup de fil d’un actionnaire me disant ce que je dois ou ne dois pas écrire. C’est aussi simple que cela.
    Enfin: vous parlez de déviation par rapport aux idées valeurs fondatrices de la Sentinelle, je ne fais pas le même constat. Quand d’autres et moi, dans le groupe, érigeons le mauricianisme comme élément central de notre vie en société, nous restons fidèles à 1963. Quand nous dénonçons les agissements des groupes sectaires et des cliques divers, nous restons fidèles à 1963. Quand nous défendons une vision libérale de l’économie tout en nous prononçant vivement en faveur des actions sociales à mener pour les mauriciens les plus pauvres…nous restons fidèles à 1963…

  • ledodo38

    Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes commentaires.
    Je prends acte de votre profession de foi.
    La culture mauricienne est imprégnée de pluralisme et c’est cela notre force et notre faiblesse. La liberté de la presse n’est aucunement menacée à Maurice. La tribune d’un journaliste est son journal; celle du politicien est son estrade.
    Permettez moi juste d’ajouter que les préoccupations de nos concitoyens sont d »ordre économiques.
    Pour finir, je dirais « Vive le pluralisme! ».

  • Torpedo

    En tout cas, je le vérifie tous les jours au quotidien en parlant aux gens: Mr Dulthummun parle pour lui-même, ses suiveurs ont des intérêts pontuels dans ce qu’ils entreprend et se sauveront si (touchons du bois) il lui arrivait un jour malheur…
    Leader autoproclamé il l’est bel et bien. Mais il est aussi très seul le bougre…

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