Bérenger veut faire alliance

Paul Bérenger a trahi ses intentions. Il a suffi d’une phrase pour cela. A une poignée de minutes de la fin de son discours du 1 er mai, le leader du MMM a dit souhaiter que les pouvoirs du président de la République et du Premier ministre soient rééquilibrés. Décodé, son « Il faudra amender la loi pour accroître les pouvoirs du président de la République » donne : « Oui, je suis ouvert à la possibilité d’une alliance. »

Mais avec qui ? Avant de répondre à cette question, il convient d’expliquer la volte-face implicite de Bérenger quelques semaines seulement après ses déclarations tonitruantes à l’effet qu’il ne cherche nullement à se rapprocher de l’adversaire… notamment du Parti travailliste ( PTr). Si Bérenger en vient à faire des appels à « koz koze » depuis dimanche, c’est à cause d’une confi guration politique précise.

Les dernières élections générales ont prouvé une nouvelle fois que, seul, le MMM peut être un puissant parti d’opposition… mais pas de gouvernement. En effet, si Paul Bérenger choisit de garder le leadership du MMM et de se projeter comme l’alternative à Ramgoolam, son parti ne réussira – dans le meilleur des cas – qu’un score de 40 %, voire 45 %, lors de prochaines législatives. Bérenger sait cela.

Une alliance électorale en vue de reconquérir la majorité parlementaire s’impose donc au patron des mauves. Prisonnier de son statut de chef historique, sans plan de succession, Bérenger semble comme condamné à porter son parti au pouvoir dans le cadre d’une alliance. C’est à ce prix qu’il s’octroiera le droit de s’éloigner de la maison mauve sans courir le risque de la voir imploser.

La question fondamentale demeure donc : Bérenger préférerat- il faire des appels du pied plus explicites à son « ami » Navin Ramgoolam ou à son ex « petit frère » Pravind Jugnauth ? La préférence prononcée – historique même – du leader des mauves pour le PTr est connue. Bérenger reste persuadé que l’association de ces deux partis mène invariablement à une sorte de pax romana nationale. Synonyme, entre autres, d’apaisement de malaises diverses et variés dans notre société.

Ramgoolam a toutefois pris une direction particulière depuis plus d’un an. Sa menace « Mo pou fini MMM » semble de plus en plus sérieuse. Son langage aux relents communautaristes de dimanche n’est en rien anodin. Le message semble clair : tout le sépare de Bérenger. Conseillé par une troupe qui semble lui avoir prouvé qu’il peut gouverner sans le soutien de presque la moitié de la population, Ramgoolam pourrait ne faire que peu de cas de l’intérêt de Bérenger de contracter une alliance.

La dot proposée par le patron du MMM dans le cadre de ce mariage de raison peut paraître alléchante pour Ramgoolam. Le Premier ministre se targue régulièrement de son style présidentiel. Il cultive l’image de celui qui gouverne au-dessus de la mêlée des ministres politicards. Avec Bérenger et les trois quarts des votes assurés à l’Assemblée nationale, Ramgoolam pourrait se tailler un costume présidentiel sur mesure. Mais il y a fort à parier que le Premier ministre refusera cette union. Prendre la place de président – aussi puissant soit-il – signifiera également laisser certaines clés du pouvoir à un Premier ministre qui pourrait bien être Bérenger.

Faire cela, ce serait se risquer à susciter l’incompréhension dans l’électorat traditionnel travailliste non encore habitué au fonctionnement d’un régime présidentiel. Il suffi ra qu’un MSM abandonné et contrarié transforme cet arrangement – en termes de perception – en une abdication déguisée de Ramgoolam, un remake de « pouvwar pe sap dan nou lame » , pour que Ramgoolam en paie un certain prix politique et que le MSM en sorte étonnamment revigoré lors de prochains scrutins.

Ce scénario n’a rien pour plaire à Ramgoolam. Qui entend gouverner encore dix ans, voire davantage. Cette intention, toutefois, ne plaît pas nécessairement au MSM. L’ambition de Pravind Jugnauth grandit. Il n’est donc pas dit qu’il acceptera de rester dans l’ombre du patron des travaillistes pendant encore deux mandats. Il a prévenu dimanche qu’il a sa « dignité » et qu’il entend « se faire respecter » . Ces sentiments pourraient tôt ou tard le pousser à vouloir s’émanciper de la fonction de quatrième couteau du gouvernement de Ramgoolam.

Paradoxalement, c’est peut-être Paul Bérenger qui remettra très volontairement les clés de son émancipation à Jugnauth. Au travers d’une réforme – symbolique cette fois-ci – de la fonction présidentielle. En face d’un Ramgoolam vieillissant et potentiellement victime de l’usure du pouvoir d’ici un an ou deux, Paul Bérenger acceptera volontiers la fonction de joker politique de Pravind Jugnauth.

Dans un premier temps, il s’agira d’accepter une réforme a minima de la fonction présidentielle. Dans un objectif double. D’abord donner l’impression que l’ascension au Réduit de Paul Bérenger équivaut au couronnement d’une carrière et non à une voie de garage. Ensuite permettre au leader du MSM de prendre la tête du gouvernement sans que Paul Bérenger ne fasse office de Premier ministre bis dans les coulisses du pouvoir.

Bérenger a déjà dû faire ce calcul. Pravind Jugnauth également. La seule inconnue, c’est le temps qu’ils prendront pour mettre ce plan à exécution…

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