En attendant 2013

Vulgarité, arrogance, naïveté… La liste des adjectifs qualifiant le comportement et l’attitude de Pravind Jugnauth s’allonge de jour en jour. La faute à une campagne d’explication à travers l’île qui s’avère calamiteuse. Depuis une semaine, plus le ministre des Finances dit qu’il n’a rien à voir avec le rachat de la clinique Medpoint par l’Etat, moins on a envie de le croire.

Est-ce à cause de son incapacité à convaincre que Pravind Jugnauth sombre dans la surenchère et menace à tour de bras l’opposition et la presse ? Ou alors « vinasha kale viparita buddhi ¹ », le proverbe sanskrit millénaire, se vérifie? Toute l’opposition et une partie des Mauriciens se posent ainsi sérieusement la question : les jours de Pravind Jugnauthet du MSM au gouvernement sont-ils comptés ? Tant certains faits et coïncidences semblent l’étayer.

Il y a d’abord cette série de commentaires venant des travaillistes. Rajesh Jeetah, le prédécesseur de Maya Hanoomanjee à la Santé, avait ouvert le bal. En commentant l’affaire Medpoint par un laconique « chacun assumera ses responsabilités ». Ensuite, Nita Deerpalsing, la directrice de la communication des rouges, s’est fait un devoir de rappeler que « ce qui est légal n’est pas nécessairement moral ».

Suren Dayal, Cader Sayed Hossen, Patrick Assirvaden, plus récemment Sheila Bappoo et Reza Issack, sont entrés dans la danse. Soit en montrant des signes d’agacement directs envers le leader du MSM ou alors en laissant entendre leur malaise autour du dossier Medpoint. Les us et coutumes du Parti travailliste sont connus. Les rouges rechignent à se prononcer publiquement sur des sujets prêtant à controverse. Sauf quand ils savent qu’ils ont l’appui (même tacite) du patron.

Si Ramgoolam s’est gardé de commenter l’affaire Medpoint jusqu’ici, il n’a pas non plus jugé utile de donner des signes ostensibles de soutien à son ministre des Finances. Au contraire, ses déclarations au sujet de ceux « qui vendent leur conscience »ou des conflits d’intérêts à éviter ont nourri d’âpres débats sur le sens à donner à ces propos.

Pis, de petites maladresses et oublis (volontaires ?) alimentent le malaise ambiant. Comme cette plaque d’inauguration de la New Customs House de Mer-Rouge qui ne fait pas mention de la présence de Pravind Jugnauth. Alors que celle marquant la pose de la première pierre du bâtiment en 2006 porte aussi bien le nom du Premier ministre que celui du ministre des Finances et patron de l’époque de la Mauritius Revenue Authority.

A tout cela, il faut ajouter la rapide progression de l’enquête autour de Medpoint. Les officiers de l’ICAC semblent en effet très zélés ces derniers temps. A croire que l’ordre leur a été intimé de travailler sur ce dossier avec la plus grande célérité. Ainsi, le Valuation Department du ministère des Finances,celui-là même qui a été chargé d’estimer la valeur de la clinique Medpoint, a reçu la visite d’enquêteurs de la cellule anticorruption cette semaine. Des documents ont été consultés. Des disques durs d’ordinateurs emportés. D’autres services du gouvernement et entreprises pourraient recevoir la visite del’ICAC dans les jours qui viennent. C’est dire le sérieux avec lequel le dossier Medpoint est traité.

D’aucuns pensent que tout cela va inévitablement conduire à l’implosion de l’Alliance de l’avenir. Quand Ramgoolam – dans les semaines voire les jours à venir –demandera au MSM de vider les bancs de la majorité tout en retenant éventuellement quelques éléments de valeur du parti soleil. Ce scénario paraît toutefois hautement improbable. Le Premier ministre n’a sans doute nullementl’intention de déstabiliser son gouvernement dès le début de son mandat. Il a probablement appris de ses déboires avec le MMM en 1997.

Du coup, l’agneau sacrificiel dans toute cette affaire paraît tout désigné : Maya Hanoomanjee. Le Premier ministre pourrait, en effet, être tenté de pousser la ministre de la Santé à la démission si les conclusions de l’enquête révèlent des manquements graves dans sa gestion du dossier Medpoint. L’affaire s’arrêtera alors là. Pour ne reprendre qu’en septembre 2013. Le renouvellement du mandat du président de la République sera alors la vraie occasion pour Ramgoolam de décider de l’avenir de son alliance. Un certain Rama Sithanen a appris, à ses dépens, que le couperet de Ramgoolam tombe avec des années de retard. Pravind Jugnauth pourrait, à son tour, le découvrir…

(1) Celui dont la fin est proche perd la raison.

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