(Gué)Guerre de religion

Quel paradoxe. Au 4e siècle, des savants ont dit qu’elle « relie » l’homme à l’homme ainsi qu’à Dieu. Au 20e siècle, elle a été dénoncée comme étant « l’opium du peuple » . Et voilà que depuis la semaine dernière, la religion loin de « relier » divise davantage les Mauriciens. En cause : une classe de « Bible Knowledge » que le collège du St- Esprit (CSE) veut supposément imposer à ses jeunes élèves. Une décision assimilable à du prosélytisme selon des parents inquiets de découvrir des velléités de conversion chez leur progéniture. Nous voilà donc repartis pour une énième guéguerre de religion dans le pays…

Une partie de la composante majoritaire de la population est comme gagnée par une certaine fébrilité depuis ces dernières années. Après le malaise créole des années 90, va-t-on devoir gloser au sujet d’un hypothétique malaise hindou ? Car il y a comme une accumulation de faits troublants… A la moindre manifestation d’églises évangélistes ou d’autres mouvements néo-religieux, certaines associations hindoues sont gagnées par un brusque accès d’intolérance et de violence. Menaces verbales, agressions physiques et vandalisme figurent ainsi parmi les « modes de communication » habituels de certaines de ces associations.

La menace est perçue comme étant tellement critique que des mouvements religieux ont appelé le législateur à la rescousse. Réclamant la protection d’une loi anti- conversion pour leurs coreligionnaires. Dont la culture est prétendument menacée par le prosélytisme acharné des nouvelles églises. Cette demande a été rejetée illico par le pouvoir politique qui en a relevé le caractère inconstitutionnel. Incapable de se prévaloir d’une loi ou d’un quelconque soutien étatique pour pourfendre le collège du St- Esprit, l’organisation hindoue Kranti brandit désormais la menace d’une « action drastique » . En apparence, la crise semble partie pour durer…

Certaines voix d’apaisement se font toutefois entendre. La plus étonnante d’entre toutes est celle de Krit Manohur. Le président du groupe radical « Voice of Hindu » opère ainsi une « distinction entre religion et éducation » dans « Le Mauricien » de ce mercredi. Il estime ainsi que la matière « Bible Knowledge » concerne la « connaissance générale » et conseille aux parents de ne pas se laisser influencer par un faux débat sur la question. Pourtant, débat il y a. Issa Asgarally, cofondateur de la Fondation pour l’Interculturel et la Paix, juge ainsi que l’enseignement obligatoire de la matière « Bible Knowledge » porte « atteinte à la liberté de conviction de l’individu » .

Pour une fois, nous sommes d’accord avec Manohur et Asgarally en même temps. Nous pensons que les collèges, publics et privés, confessionnels ou laïcs doivent tous enseigner la religion! Toutefois, il s’agit d’un enseignement précis : soit trois années d’études comparatives consacrées essentiellement aux grandes religions présentes à Maurice : islam, bouddhisme, catholicisme et hindouisme. Car un constat s’impose…

Planter un sapin au milieu de son salon le 22 décembre n’a jamais permis à quiconque de comprendre la philosophie chrétienne. On ne peut pas non plus manger avec délectation le « sewaï » offert par une collègue de bureau musulmane et espérer avoir compris la symbolique de la fête Eid. De nombreux Mauriciens n’ont ainsi appris à connaître la religion des autres qu’à travers une vision folklorique. Bâtie essentiellement autour des grandes célébrations religieuses que sont Divali, Maha Shivaratree, la fête du Printemps, Eid, Noël ou Pâques. Il est temps que l’on passe à une autre dimension d’échange et de compréhension dans une société portée à accorder une importance démesurée à l’identité ethnique et religieuse de chaque individu. Tout en continuant à véhiculer les mêmes clichés autour de ces identités.

Les adolescents sont naturellement portés à questionner les modèles établis. On peut penser qu’à 11 ou 14 ans, ils seront donc d’autant plus réceptifs à d’autres idées que celles érigées en dogme par papa-maman à la maison. Nous pensons justement que les collèges – à travers l’enseignement des religions comparatives – ont un rôle prépondérant à jouer pour casser les clichés au sein des familles sur les « malbars » , « lascars » , « créoles » , ou « sinoi » . Près de 2 000 ans après, les religions peuvent encore nous « relier » .

D’autres commentaires sur cet édito.

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4 responses to “(Gué)Guerre de religion

  • Epervanche

    Tout le monde le sait. Le St-Esprit est, de par son histoire, un collège catholique, donc il n’y a rien d’anormal à ce que le Bible Knowledge soit enseigné/obligatoire lors des trois premières années. Les parents ont choisi ce collège en connaissance de cause, qu’ils ne viennent pas aujourd’hui s’étonner. Rabin, pourquoi parler d’un enseignement comparatif des religions ici ? Ce serait un niveau trop poussé pour les ados. La religion comparée, ce serait plutot aux instituts (comme celui d’Asgarally ou ICM) de le faire, pas aux collèges. Le Bible knowledge n’est qu’une matière dont l’enseignement n’a jamais porté atteinte à la foi de qui que ce soit. Enseignement n’est pas égal à endoctrinement.

  • Rabin

    Je ne dis pas que la « Bible Knowledge » est en cause. Je crois que l’apprentissage des valeurs et de l’histoire d’une religion est toujours facteur d’enrichissement. Le débat: « est-ce que le CSE a le droit ou pas de proposer cette matière ? » est selon moi secondaire.

    Toutefois, il y a les éternelles subtilités de nos « réalités locales » qui font que des choses anodines peuvent finir par générer en d’importantes polémiques voire pire…C’est dans ce contexte que je suggère une solution du milieu. Qui permet d’apprendre à connaître non pas une religion mais plusieurs à la fois.

    Pour ce qui est du niveau des cours de religion comparative, je pense qu’ils peuvent être adaptés à l’auditoire. Un gamin de 6 ans apprends les maths, tout comme le fait un doctorant en économétrie. Les deux n’apprennent pas deux matières différentes, ils le pratiquent seulement à des niveaux de complexité différents.

  • Ravi

    Mr Bhujun, in your article of malbar, chretien, lascar, buddhists etc, to forgot to mention atheists and non believers. people like to think that the mauritian society is compose of the wide spectrum of religious beliefs, and some, like I, don’t adhere to any. For more, I have no interest in bible study, or vedas study or koran study, better to keep these subjects as optional. And if you want to study those texts, maybe a bit of critical thinking is required. Something that is lacked in the religous community, as many times they take everything out of faith. thank you.

  • Torpedo

    Merci Ravi de rappeler que la minorité pensante existe. Bien plus importante que l’on imagine…

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