Le parti qui valait cinq sous

La phrase de sir Anerood Jugnauth est passée à la postérité. « Ce sont les cinq sous qu’il me manquait pour arrondir ma roupie… » C’était en février 1995. Il était alors Premier ministre et faisait allusion à l’entrée au gouvernement de Xavier Duval, qui venait d’être intronisé leader du PMSD. Presque seize ans plus tard, les bleus valent probablement toujours ces mêmes cinq sous. A la seule différence près que le PMSD – et surtout son leader – arrondit la roupie d’un autre Premier ministre…

Il n’y a pas trente- six conclusions à tirer de l’élection ratée du PMSD Abbas Mamode au poste de premier magistrat de la capitale. Que Mamade Khodabaccus, un protégé de Duval, lui ait été préféré n’équivaut ainsi en rien à une réaffirmation de position du leader du PMSD au sein du gouvernement de Navin Ramgoolam. Xavier Duval n’est sans doute pas dupe. Il a – et aura – de plus en plus de mal à faire valoir ses cinq sous au sein du gouvernement. D’autres épisodes de tension sont à prévoir entre lui et son patron.

Depuis mai 2010, Xavier Duval et son parti détonnent dans un ensemble politique par ailleurs homogène. Le Parti travailliste ( PTr) et le MSM ont en commun un électorat thésauriseur, conservateur et rural. Pour lequel les questions de la pauvreté et de la précarité sont loin d’être centrales. Par contre, l’électorat de Duval, plutôt urbain celui- là, accorde une importance capitale à ces deux sujets. Or, depuis son installation en mai, le gouvernement a surtout multiplié les signaux favorables en direction de l’électorat PTr- MSM.

Le budget 2011 de Pravind Jugnauth constitue un joli cadeau à une clientèle électorale précise. Qui a vu d’un très bon oeil l’abolition de la taxe sur les intérêts bancaires et de la National Residential Property Tax ainsi que la réintroduction de plusieurs abattements fi scaux. Une véritable manne financière à un moment ou d’autres Mauriciens – surtout les plus pauvres – subissent la série d’augmentations causée, en partie, par les mesures budgétaires de Pravind Jugnauth. De quoi esseuler davantage Duval au sein du gouvernement et amoindrir son aura auprès de son électorat désormais conscient de son impuissance.

Cette tournure des événements était sans doute prévisible. C’est pour cela qu’il ne fait aucun doute que le ministère de l’Intégration sociale et de l’Autonomisation économique a été créé et confi é à Xavier Duval avec une arrière- pensée purement politicienne. Ainsi, pendant que le tandem PTr- MSM mène une politique proéconomie et favorable à son électorat traditionnel, Duval utilise les leviers de son ministère et de sa puissante National Empowerment Foundation ( NEF) pour mener une action tout aussi ciblée en faveur de son électorat.

Cette stratégie a toutefois été un échec jusqu’ici. Pour deux raisons. D’abord à cause de la personnalité même de Xavier Duval. Le leader du PMSD aura beau affirmer sa sincérité, mais en près d’un an à la tête de son ministère il ne l’a nullement marqué de son empreinte. Il n’incarne en rien Monsieur Intégration sociale. Pour le grand public, Duval c’est celui qui se déhanche au rythme d’un sega au milieu de journalistes étrangers. Ou qui reçoit au nom de Maurice le prix de la meilleure « island destination » lors d’un salon international du tourisme. Lors des fonctions de son ministère actuel, il donne davantage l’image d’un ministre forcé de s’acquitter de corvées que d’un homme de terrain n’ayant pas froid aux yeux à l’idée d’aller inspecter les porcheries de Bassin-Requin.

L’autre échec de Duval, c’est son incapacité à faire fonctionner la NEF. En voulant la transformer en un outil au service d’une politique purement clientéliste, lui et les hommes qu’il a placés à la tête de la NEF en ont tout simplement cassé le mécanisme. Des empêcheurs de tourner en rond – qu’ils se trouvent dans le conseil d’administration ou l’administration – ont été systématiquement débusqués et éjectés. Du coup, la puissante machine d’hier laisse place à une multitude de microprogrammes à partir desquels aucune vision d’ensemble et inscrite sur le long terme ne semble se dégager.

Sans outil adéquat pour mener sa politique et asseoir sa popularité, minoritaire au sein du gouvernement, Xavier Duval semble être dans une situation bien inconfortable. Au point de le pousser à aller voir ailleurs ? Sans doute pas. En politique, « un tiens, voilà cinq sous, vaut mieux que dix sous, tu l’auras ! »

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