Commandant Viljoen

Suivant, s’il vous plaît ! C’est à croire qu’une fi le imaginaire, composée de gestionnaires les uns plus compétents que les autres, serpente jusqu’au parvis de l’immeuble d’ Air Mauritius à Port-Louis. Chacun d’entre eux attendant d’être nommé à la tête de la compagnie d’aviation nationale. Sinon, comment expliquer la facilité avec laquelle le gouvernement change le patron d’une des entreprises les plus stratégiques du pays ? Dans cette affaire, ce que Raj Bungsraz a pu commettre ou omettre de faire en soixante- dix jours n’est que secondaire.

Ce sont plutôt les effets du phénoménal « turnover » à la tête de la compagnie nationale qui doivent retenir notre attention. C’est d’ailleurs avec incrédulité qu’on se prend à refaire le calcul. Depuis 1997, les sept personnes qui se sont succédé à la tête d’ Air Mauritius l’ont chacune dirigée, en moyenne, pendant moins de deux ans. Cette statistique nous mène à une terrible conclusion. Air Mauritius n’a probablement été réellement gérée que durant la moitié des treize dernières années ! Il existe en effet un temps de latence entre la prise de fonction d’un patron et le moment à partir duquel il commence à diriger son institution en y laissant ses marques de gestionnaire et de stratège.

Dans une entreprise aussi complexe qu’ Air Mauritius – ses actifs se chiffrent en dizaines de milliards de roupies et elle emploie environ 3000 collaborateurs – des experts en gestion estiment que le CEO passe environ un an à être « in offi ce but not in power » Les patrons successifs d’ Air Mauritius depuis 1997 ont donc perdu un peu moins de sept ans en temps de découverte, d’adaptation et d’apprentissage ! C’est là le scandale. Car malgré la caisse noire, les attentats du 11- Septembre, l’épidémie de chikungunya, un hedge calamiteux, la crise internationale et le « CEO turnover » , Air Mauritius a néanmoins réussi à dégager des résultats fi nanciers relativement satisfaisants durant cette période. C’est à se demander ce que serait la performance de la compagnie si jamais elle avait eu à sa tête une équipe dirigeante stable et performante durant tout ce temps- là.

Esquissons donc ce qu’aurait pu être l’action d’un CEO d’ Air Mauritius solidement installé à son poste et bénéfi ciant du soutien total de son actionnaire le plus important: l’Etat. Ce patron- là aurait pu réformer en profondeur les structures de l’entreprise ainsi que son management – surnuméraire – en appliquant toutes les recettes préconisées par les experts de Mc Kinsey. Sans devoir être l’objet de représailles et de complots internes.

Le CEO idéal d’ Air Mauritius aurait également pu se poser en acteur incontournable de la première industrie du pays : le tourisme. Définissant conjointement avec les hôteliers, la Mauritius Tourism Promotion Authority et le ministère du Tourisme, les pans essentiels de la stratégie touristique de notre destination. Sans craindre d’apprendre à travers la presse que son entreprise va ouvrir une nouvelle desserte aérienne ici ou là. Parce qu’un homme politique l’aura décidé de son propre chef… contre toute logique économique !

Le patron du transporteur national devrait également pouvoir gérer au jour le jour son entreprise afi• que celle- ci propose le meilleur service possible à tous ses clients. Et non pas s’atteler personnellement à ce que les vols d’une petite clique de puissants se déroulent le plus agréablement possible. Notamment en s’assurant que les hôtesses soient dévouées tout en n’oubliant pas, par exemple, de faire en sorte que le whisky servi à bord soit d’excellente facture.

Depuis la mise à pied de Bungsraz par le conseil d’administration d’ Air Mauritius , ce mercredi, c’est le Sud- Africain Andries Viljoen, Chief Finance Officer/ Chief Information Officer de l’entreprise qui assure l’intérim. Difficile de dire si l’ancien patron de South African Airways fi nira par être le CEO idéal tant recherché. Sa compétence ne semble faire que peu de doute. Il reste donc à savoir si le pouvoir politique lui donnera les moyens de diriger efficacement et surtout librement Air Mauritius .

A première vue, le Premier ministre apprécie Viljoen. Quelques semaines après la nomination de celui- ci, début 2009, Ramgoolam avait dit voir en lui une personne compétente « qui a fait ses preuves » . Le seul problème… c’est qu’il a également dit cela d’autres anciens patrons d’Air Mauritius – Megh Pillay, Nirvan Veerasamy ou même Manoj Ujoodha ! Les démonstrations publiques de soutien de Ramgoolam ne sont pas des gages de longévité à Air Mauritius …

Viljoen doit donc être prévenu, si les vols d’une certaine clique se déroulent tranquillement, il se pourrait qu’on ne trouve rien à redire à sa gestion. Si toutefois, les sièges de première classe se bloquent ou que le whisky servi est de mauvaise qualité, Viljoen pourrait dans les deux ans à venir contribuer à faire grimper le « CEO turnover » de l’entreprise. Et de 8…

D’autres commentaires sur cet édito

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2 responses to “Commandant Viljoen

  • Bertrand CHAGAL

    A quoi rime ce jeu de chaise musicale de dupes, sinon à démontrer que le pouvoir n’appartient nullement aux actionnaires d’une société d’envergure nationale ?

    S’il y a bien une race que je déteste, c’est bien celle des parachutés politiques incompétents qui prennent un maroquin pour un banc d’école.

    Il n’existe ici aucune instance qui puisse faire payer leurs écarts de gestion aux connards d’apprentis-sorciers. Tant que cela existera, la valse des départs et arrivées continuera d’exister au détriment de l’excellence. Il sera toujours question de ces vampires suceurs de sang et de sueur des employés modèles, ceux-là même qui font le succès d’une société. Et ces foutus bon-à-rien se frapperont toujours le torse bombé en disant que sans eux la situation serait catastrophique.

    Alors pourquoi ne pas laisser aux actionnaires de décider, en leur âme et conscience, de l’avenir de leurs investissements en votant pour le plus compétent qui aura présenté le programme de gestion et d’expansion le plus solide…

    Pas assez de personnalités charismatiques ! Que de grands tonneaux vides que l’on achète pour dipin diberr…

  • Torpedo

    « Sa compétence ne semble faire que peu de doute. » Permettez moi vos collèguesde mettre en doute cette affirmation:
    http://www.lexpress.mu/story/18999-air-mauritius-la-nomination-temporaire-d-andries-viljoen-a-la-direction-fait-polemique.html

    Ce monsieur au parcours entaché de plusieurs « exploits » aurait eu sa part de responsabilité dans le périleux – et désastreux – exercice de ‘hedging’ qui a tant plombé les ailes du paille-en-queue…

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