Révolutions

Prévisible. C’est le même cinéma auquel on assiste chaque année au lendemain de la publication du rapport du directeur de l’Audit. Quatre acteurs rejouent la même scène. Les journaux barrent leurs Unes avec les sommes astronomiques gaspillées par l’Etat. Le public s’offusque de l’incapacité du pouvoir en place à prévenir les gabegies. L’opposition crie au scandale. Tandis que le gouvernement jure que sa gestion est irréprochable. Cela devient lassant. Car on s’entête à regarder les conséquences d’un problème plutôt que de le régler à son origine.

Deux révolutions paraissent nécessaires pour que le gaspillage soit ramené à des  proportions acceptables. Car il ne faut pas non plus se voiler la face, l’objectif du zéro gaspillage est une utopie. Aucune entreprise au monde ne peut s’enorgueillir d’avoir mis en place des « process » efficaces à 100 %. On ne peut raisonnablement demander la même chose aux Etats.

On doit par contre leur demander d’évoluer afin de prévenir les abus dont on connaît les causes profondes. Il s’agit d’une part de rendre les « process » de l’Etat plus productives. D’autre part de combattre le facteur X : une certaine forme de corruption que l’on n’arrive pas à détecter ou que l’on feint d’ignorer. Car elle profite d’abord aux puissants.

Le directeur de l’Audit, avec une régularité métronomique, montre du doigt l’incapacité de l’Etat et de ses agents à gérer les projets publics. Parfois au stade de leur conception ou durant leur phase d’exécution ou d’utilisation. Les coupables sont connus : les fonctionnaires. En effet, ils ne sont pas suffisamment nombreux à s’assurer que l’argent du contribuable soit bien investi. Et quand leur nombre est adéquat, c’est la désorganisation de leur service ou leur déficit de formation, qui les amène à ne pas respecter leur objectif.

Un système d’évaluation des performances a bien souvent été présenté comme la mère de toutes les solutions. Or, nous ferions fausse route si nous pensons que cela suffi t. Non, il ne s’agit pas seulement d’accorder des points à des fonctionnaires. Ou de vérifier s’ils ont bien « deliver » ce qui était prévu.

En parallèle, la fonction publique doit enfin recruter de vrais directeurs de ressources humaines – en remplacement des « establisment officers » d’un autre âge, dont le boulot principal semble n’être que de noter les congés des fonctionnaires de leur service. Il est temps qu’on fasse d’eux de véritables professionnels chargés de veiller au bon   fonctionnement de leurs administrations. Qu’on les responsabilise afin qu’ils prennent des décisions d’envoyer des collaborateurs en formation, de demander des effectifs supplémentaires et même de muter, voire de licencier les mauvais éléments. C’est la dernière barrière à franchir. Faire sauter ce verrou aidera à faire disparaître un mythe qui veut que le fonctionnaire dispose d’une assurance tous risques lui permettant d’être payé à la fin du mois… même s’il ne fiche rien de sa journée.

Toutefois, même si la célérité et le goût du travail bien fait deviennent la culture dominante chez les fonctionnaires, il n’est nullement certain que cela sonnera le glas de l’ère du gaspillage. Pour la simple raison que la corruption et le copinage installés chez certains de nos plus hauts décideurs continueront à amener le gouvernement à prendre des décisions préjudiciables aux contribuables et à l’Etat.

Le « Central Procurement Board », que la loi érige en gardien des bonnes pratiques en matière de contrats publics, ne voit pas tout. CEB, STC, la liste est longue… Nous pensons même que des puissants – politiques et économiques – connaissent suffisamment les failles de la loi pour s’arranger afin que leur « commerce » se fasse en dehors du cadre du CPB. Ou alors qu’un « échange » d’information préalable donne à un soumissionnaire un avantage que d’autres n’ont pas.

Les deals se font et se défont ainsi, sur le dos des contribuables. Des prestataires sélectionnés pour de mauvaises raisons finissent par fournir un service ou des produits inadéquats. Ou par gonfl er leurs factures démesurément avec la bénédiction (la  complicité ? ) de l’autorité de tutelle. De telles pratiques existent et perdurent. Sans que l’« Independent Commission against Corruption » ne soit moindrement capable de les mettre au jour. La corruption et les connivences génèrent du gaspillage. Mais aucun parti politique n’a sans doute songé à mettre de l’ordre dans ce domaine. Car il y va sans doute du fi nancement de certains partis…ou de l’enrichissement personnel de quelques grands noms de la politique : tous bords compris.

C’est bien une révolution dont il est question. Les Mauriciens doivent exiger qu’elle se fasse. Et si le pouvoir s’y oppose, on comprendra bien ce qui motive son refus !

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One response to “Révolutions

  • Torpedo

    J’ai archi-vu ces articles ressassant / se plaignant des fonctionnaires qui pourraient être véreux, des prestataires de services avec des honoraires dépassant le budget etc… C’est vrai, ceratins au ministère des finances se croient dans un pays tout rose où les charges et les frais de roulement des prestataires de services demeurent fixes pendant des décennies, où TOUT (les données, les prix des paramètres de bases de coûts de roulement) peut être prédit 2-3 ans à l’avance, où tout demeure fixe sur temps, où rien n’évolue, où tout demeure figé dans le temps à jamais, où le mot « situation » ne se mélange jamais avec d’autres mots tels que « variable », « dynamique », « changeant » etc… Mais il faudrait que les journalistes descendent sur le terrain pour aller au-delà des simples chiffres et calculs faciles. Il se trouve que, par exemple, les projets de tout-à-l’égoût de Grand Baie, Baie du Tombeau et des Plaines Wilhems aient subi des coûts additionels: se sont-ils (ils = les fonctionnaires de l’Audit et les journalistes relayant ces faits) simplement au moins donné la peine d’aller demander aux acteurs sur le terrain pourquoi des coûts se sont vus greffer au cahier de charges initial de l’entrepreneur? Se sont-ils demandés comment les travaux de réasphaltage se sont vus complétés avant les élections, alors que bon nombre de connexions au nouveau réseau (de tout-à-l’égoût) n’étaient pas encore prêtes? Se sont-ils demandés pourquoi les coûts de réasphaltage du premier entrepreneur étaient si bas (cahier des charges techniques – épaisseur de la surface finales, de l’enduit, des bases, préparations de sous-bases etc)? Est-ce que celui-là avait complété son cahier des charges…? Pourquoi le consultant a du recommander des « loss and expenses » – mauvaise coordination entres « autorités compétentes » (RDA, TMRSU, Municipalité, District Council), conflits sur l’attribution des jurisdiction des structures des routes en général, manque de communications entre ces entités, contradicitons/confusion sur les attributions de l’entrepreneur dans son cahier des charges,confusion sur le rôle / la participation des « autorités compétentes » dans un projet d’envergure, et même parfois, des conflits de personnalité entre hauts fonctionnaires et consultants, et ce beau monde se tortillant entre les ingérences des riverains qui n’hésitent pas de jouer de leur influences et contacts politiques pour se faire remarquer – ou même des représentants auto-proclamés de citoyens qui font tout (TOUT) pour que l’entrepreneur se plie à la moindre de leurs exigences – mêmes les plus farfelues (allez demander ce que certains habitants « haut-placés » de vieux et ‘old’ Quatre Bornes, de Palma, de Morcellement Swan ont demandé: et préparez-vous à prendre une belle claque en ce qui concerne le niveau du « toupet » de certains qui se croient tout permis de par leur patronyme), pourquoi il y a eu recours à une coûteuse procédure d’arbitrage qui a dû donner un verdict contre ces mêmes « autorités compétentes »…? Mais non, c’est plus simple de prendre des raccourcis et de proclamer que les fonctionnaires ne font pas le travail. Il ya tellement de choses qui se sont déroulées « off-record » que le rapport de l’Audit n’effleure / ne soupconne même pas l’existence…

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