Et si ?

L’avertissement est sans équivoque. Si 2009 a été une mauvaise année pour le tourisme, 2010 pourrait être pire ! En ce milieu d’année, l’optimisme n’est pas le sentiment ambiant parmi les membres de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (Ahrim).

Face à ce discours alarmiste, nous pouvons d’abord choisir de ne pas être dupes. La récente annonce d’un Tourism and Hotel Investment Trust a probablement donné des sueurs froides à quelques grands patrons du secteur. La confession de l’Ahrim apparaît, du coup, opportune. Décodé, le message dit donc: « Chers Navin et Pravind nous sommes dans une passe difficile. Il nous faut d’abord surmonter les deux années à venir. Ensuite, nous discuterons de l’ouverture de notre capital. » Il n’est pas dit que le Premier ministre et son ministre des Finances apprécient le message ! A moins que…

Cela nous amène à la deuxième lecture possible de la confession de l’Ahrim : et si le tourisme se trouvait effectivement dans une mauvaise passe ? Dans cette conjoncture, ce secteur doit-il continuer à réciter le même mantra ? En se disant qu’il suffi t de rester dans le haut de gamme, conserver son assise sur ses marchés traditionnels tout en ciblant ceux — émergents — d’Asie et d’Europe de l’Est pour réussir.

Et si nous avions tout faux ? Et si notre stratégie de croissance par le nombre (deux millions de touristes en 2015) était fondamentalement mal inspirée ? La crise qui secoue en ce moment la zone euro, notre principal marché touristique, est une sorte de « wake up call ». Allons-nous l’écouter et saisir l’opportunité qui se présente ? Pour faire quoi ?

D’abord freiner notre élan ! En décidant de ne plus laisser construire de nouvel hôtel dans le pays. Puis décider courageusement et collectivement que durant les années à venir, l’objectif maximal d’arrivées touristiques s’établira à un million. Pour ensuite profiter de ce temps d’arrêt afin d’évaluer concrètement l’effet social, économique et écologique de l’industrie touristique.

Depuis 30 ans, l’industrie touristique n’a été obsédée que par la croissance du nombre d’arrivées. Il faut maintenant évaluer concrètement quels dégâts ont été causés à notre environnement — certains lagons comme Grand-Baie sont morts — en raison de l’activité touristique. Mais aussi identifier clairement les fléaux sociaux et les précarités (notamment économiques) que l’industrie a pu générer. Déterminer pourquoi et comment des poches de pauvreté et de délinquance perdurent. Parfois à quelques centaines de mètres de nos plus grands palaces.

L’urgence absolue : agir. « MIDifier » le tourisme en le rendant totalement compatible avec le concept Maurice île Durable (MID). Pour cela, il faut élaborer un grand plan national pour atténuer l’impact environnemental de l’industrie. En protégeant nos côtes ici, gérant mieux les ressources en eau là et révolutionnant le mode de génération et de consommation d’énergie ailleurs.

Parallèlement l’industrie doit inaugurer une nouvelle ère dans ses relations avec ses employés et ses voisins. D’abord, en redoublant de rigueur dans la formation de TOUS ses employés. Leur permettant ainsi d’exceller dans leurs domaines respectifs et assurer leur avancement professionnel. L’industrie doit en même temps cesser la relation paternaliste qu’elle entretient avec son voisinage. Les faits semblent démontrer que l’accompagnement simpliste consistant à financer des projets communautaires ça et là ne marche pas. L’industrie doit désormais s’impliquer efficacement à travers des programmes de sous-traitance ou d’accompagnement social en adéquation avec les réalités locales.

Récapitulons les caractéristiques de ce tourisme « MIDifié ». Il assure un taux de remplissage convenable pour les hôtels et bungalows existants. Il exerce peu – et même de moins en moins — de pression sur l’environnement. Il permet à ceux travaillant dans l’industrie mais aussi à ceux vivant à côté des établissements hôteliers de profiter pleinement de cette activité.

Valeur du jour, les touristes venant à Maurice apprécient seulement une vitrine. Et ignorent souvent tout des effets négatifs de l’industrie. Il faut imaginer un autre scénario. Celui où le touriste sait qu’il n’est pas seulement un chiffre dans le nombre des arrivées. Celui où les euros qu’il dépense profitent aussi bien à l’ébéniste du coin qu’au délinquant repenti vivant 2 km plus loin. Il faut imaginer le scénario où le touriste n’aura eu aucun impact vraiment négatif sur l’environnement du pays entre le moment où il est arrivé puis reparti.

Ce serait en soi une extraordinaire « expérience » à faire vivre à un touriste que de le rendre conscient que son séjour dans le pays a été effectué tout en préservant un équilibre social, économique et écologique. Ce serait un bien beau label. Tout à fait vendable. Pour qu’on arrive à cela, il faudrait toutefois que l’on stoppe la machine. Est-on seulement prêt à le faire ?

D’autres commentaires sur cet édito

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5 responses to “Et si ?

  • Torpedo

    Dans la série « il n’y a qu’à… », en voici une qui mérite notre attention: Les Seychelles. Eux ils visent non pas le haut de gamme comme nous, mais le TRÈS haut de gamme. Quelques idées toutes simples et qui marchent:
    1 – Les sports nautiques motorisés y sont formellement interdits. Donc, pas de fuite de fioul/lubrifiants « annodins » des plaisanciers. Donc, pas de contamination (et de « bioaccumulation », c-à-d, la concentration d’agents chimiques non-dégradables en aval de la chaine alimentaire de la faune et de la flore)
    2 – Raccordement systématique de tous les commerces et résidences du littoral au système de tout-à-l’égout – ça a commencé à Maurice, mais à l’envers: le plateau central d’abord, et pour les zones cotières, peut-être, qui sait, un jour, dans l’éventualité d’une possibilité ultérieure…
    3 – Pas de permis stations-services près des rivières / canaux
    4 – Industries lourdes à être systématiquement controlées au niveau environnemental.
    5 – recyclage tout azymuts: exemple, malgré la petite population, ils investissent massivement dans le recyclage de bouteilles en plastique (ils les collectent et le font faire à l’extérieur – en Affrique du Sud, parait-il…)
    6 – Plan d’urbanisme scrupuleusement respecté et visé systématiquement par le surinentendant. Exemple: aucun bâtiment à étage ne doit être visible de la mer.
    7 – Pas de compromis sur le tracé du couloir naviguable pour les navires passant dans leur zone économique exclusive.
    Avec ça, il peuvent dormir sur leurs deux oreilles: un touriste qui ne sera jamais importuné par un sac trainant sur la plage ne réchignera jamais à emporter un souvenir tel que le coco-fesse à 300-400 euro la pièce!

    Mais non, ici, on voit tout ce qui n’est pas permis, du moment qu’on est bien connecté, the exception to the rule becomes the rule: des immeubles en béton partout sur la côte (surtout Flic en Flac, Grand Baie, Peyrébère…), des chiens errants, des transats partout, glass-bottom boats en veux-tu-en voilà ou des loisirs nautiques de tous genres sans aucune règlementation, etc etc…

    Pourtant Nando est urbaniste de formation, paraît-il…

  • Rabin

    7 point relevant tous du bon sens. Le problème, c’est que souvent le bon sens ne prévaut pas dans notre beau pays!

  • Torpedo

    Comme le dit si bien un « lecturer » de l’UoM:
    « Common sense is not so common… » 🙂

    Mais non M. Bhujun, ceci n’est qu’un petit aperçu de ce qui a déjà été mis en pratique dans un autre pays qui n’est pas si différent que nous (même climat tropical, géographie similaire, population indolente mais éduquée, moyens limités) qui ne peut être mis en ouvre sous nos cieux qu’avec de la bonne volonté. Mais ici à Dodoland, pour pouvoir braver toutes sortes de lobbies, il faut en plus avoir des couilles en acier trempé…

  • Onion

    I don’t envy the position the ministers and advisers find themselves in over this issue. On the one side, it is clear Mauritius can not continue the current rate of hotel and IRS development as nature not only will impose an upper bound on this, but it is also the key selling point of out island. Destroy the KSP and we have no product.

    On the other hand, government must ensure job creation for an increasingly educated and intelligent workforce, many of whom are rightly unwilling to work the sugar cane fields or grow vegetables for living. These are the HSC and SC school leavers who threaten to push the unemployment figures up. They could work in the call centres, they could work in retail, not to mention clerical positions in the public and private sector, but these are limited, and tourism is the golden goose for job creation, directly and indirectly.

    Govt. needs to do more to diversify the economy further, a tough task and one I hope they pull off.

  • Grandir sans détruire « Sans concessions

    […] commentaires Onion dans Et si ?Torpedo dans Et si ?Torpedo dans Voiture verte : ça pousse toujours !Rabin dans Et […]

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