A l’origine du mal

Des propagateurs de «fausses nouvelles». C’est à peu prés le premier qualificatif qui vient à Navin Ramgoolam pour décrire la majorité des journalistes du pays. Défiance, méfiance, paranoïa sont ainsi les sentiments que cultive le Premier ministre envers la presse et plus particulièrement contre le groupe La Sentinelle. Il est persuadé qu’un complot permanent est en marche pour saper son action politique et le discréditer. Ce désamour de Ramgoolam pour la presse ne date pas d’hier…

En rentrant au pays après ses études de médecine le 18 mai 1976, Navin Ramgoolam découvre une presse encore sous le coup de la censure. Qui ne va être levée qu’en octobre de cette année-là. De Dublin, où il étudie, mais aussi à Maurice, il s’est tenu au courant. Cette « presse politique » est au service de « certains intérêts », entend dire Ramgoolam autour de lui. Il est d’avis que l’express et Le Mauricien ont fait beaucoup de mal à son père, au Parti travailliste et au pays. La presse, ou plutôt « une certaine presse » veut du mal aux Ramgoolam, pense-t-il.

Moins de 20 ans plus tard, il va s’en persuader. A peine arrivé au pouvoir en décembre 1995, Navin et son entourage croient savoir qu’une cabale est déjà en cours. Celle-ci viserait à asseoir l’image d’un vice-Premier ministre, Paul Bérenger, « hard worker ». Alors que Ramgoolam, fréquemment en déplacement à l’étranger, acquiert peu à peu une image de dilettante. Il ne fait d’ailleurs rien pour s’en défaire.

L’affaire « Macarena », qui éclate début 1997, améne ainsi toute la presse à parler du coté un peu trop « bon-vivant » du Premier ministre. Il rumine sa colère. Fait le dos rond, en espérant que la tempête passe. Mais celle-ci ne fait que redoubler d’intensité en février 1999. Quand, à l’étonnement général, le Premier ministre tarde à prendre la situation en main alors que la violence gagne les banlieues de Port-Louis à la suite du décès, en cellule, du seggaeman Kaya.

A son image de dilettante s’ajoute désormais celle d’un Premier ministre incapable d’agir sous la pression. La presse ne fait que relater les faits. Mais Ramgoolam et ses proches en sont désormais convaincus : c’est une campagne en vue de lui faire perdre le pouvoir. Une action concertée dirigée contre sa personne. Au lendemain de sa défaite électorale de septembre 2000, Ramgoolam juge même que la presse a largement contribué à faire campagne contre lui durant son mandat.

C’est armé de cette certitude qu’il revient au pouvoir le 4 juillet 2005. Ramgoolam s’est aguerri. Il a appris de ses déboires passés et il est mieux conseillé. Il pense donc pouvoir mater une presse qu’il considère encore largement hostile à lui. Mais les bourdes se suivent. Pendant que son ministre des Finances, Rama Sithanen, parle d’austérité, Navin Ramgoolam se commande une Aston Martin valant Rs 14 millions. La presse, dans son ensemble, ne manque pas de parler de cet achat qui fait tache par ces temps-là. Le Premier ministre est convaincu que le complot contre lui a repris de plus belle.

Ramgoolam croit détecter les mêmes schémas que par le passé. Il soupçonne qu’on cherche à lui ôter le crédit de certaines politiques gouvernementales. Il s’offusque du fait que toutes les lumières restent braquées sur Rama Sithanen et sa réforme économique, mais aussi, dans une moindre mesure, sur Xavier Duval. Le coupable est tout trouvé. Le groupe La Sentinelle, selon Ramgoolam, mène une campagne systématique contre lui, toute en soutenant l’opposition MMM.

Cette fois, il va prendre les devants. Attaques personnelles contre les rédacteurs en chef du groupe, boycott publicitaire, sorties virulentes contre la presse. Ramgoolam choisit l’attaque comme stratégie de défense. La suite on la connaît…

Publicités

13 responses to “A l’origine du mal

  • Bruno

    La presse a bon dos 🙂

    Sinon vous avez oublie les episodes de Davos (Alouda Limonade), « demon de minuit » et surtout l’affaire du micro :p

  • Torpedo

    Rêvons un peu:

    Enn zour, l’express décide pou prend enn MEGA-nissa: li prend tout nouvelles ki ena, li vire tout en faverr PTr, et li publier li. Donc, enn nouvelle aussi anodin ki « inn gagne enn accident lor rond-point X » pou vinn « enn accident, ki ti capave eviter si Mr Y ti vote PTr et pas ti alle fourne so néné kott napa bizin kot rond-pointX, inn arrivé kot rond-point X. Chance ki la-polis (ki reponn directement à ministère de l’intérieur, le Dr-Me Navin Ramgoolam) ti present, et ki la-vie Mr Y inn sapé grâce à vitesse d’éxécution bann ambulances du ministère de la santé (ki réponn directement à Mme Hanoomanjee), et ça, grâce à bann la-route ki ti en top condition parski zott ti fek-fek ré-asphalter par la RDA, ki régit directement par la main experte du ministère des infrastructures publiques le Dr Beebeejaun, sans oublier la collaboration sans faille de la MBC ki’nn avoye enn lekip on the spot apré mem pas énerr-temps aprés accident-la pou diffuse enn comuniqué ki’nn aide pou amorti l’embouteillage monstre ki’nn créer par bann badauds essentiellement du MMM ki’nn arrété pou guette tamassa ek essaye mette tousala lors lé-dos gouvernement. »

    Lerla nou guetter si bann « autorités compétentes » pas trouve nargnié. C’est ça kalité « foutage de gueule »-là ki bizin! Lerla nou guetter si bann princes au pouvoir content…

  • Torpedo

    Aster mo l’esprit négatif monter…

    Mais bon, eski l’express pou capave faire ça? Eski nou la-presse dans son ensemble capave montrer enn koutt so figure le plus malicieux et irrévérencieux? Non? Abé ça-mem nou pou ress kott nou été si nou contigne servi bann méthodes classiques, hyper-prévisibles et sans originalité couma plaingner localement, plaingner dans mise-au-point (ki en retour attire enkor pliss lezott mise-au-point), plaingner ar bann ONG internationales, etc.

    Non, inn lerr pou passe à l’attaque! Sinon, si pas changer, laisse béton camarade, apprann subir, nargnié pas pou changer. No input = no output. If you want change, create it, but don’t expect it to happen like that, by chance out of thin air.

  • F.

    Torpedo, if i may address you- your comments are worthy of your nickname. Sincerely i believe that renewal and change can only be operated if the people not only is given more opportunities to develop and educate itself, but above all, only if it is hungry for education and elevation. Otherwise revolutions are useless replacement of one elite by another.

    The war is on many fronts-not just a public, journalistic, socio-politico-legal one- the war is occult and esoteric- much of the evil actions in society are not generated by structures and infrastructures, howsoever bad- evil is generated when an evil will and purpose and intention operates the machinery of the Society, State, and whatever social institution. Evil is maybe a too strong word for which i apologise, for as in those things, in the heat of the battle, good and evil are blurred.

    Change, therefore, as you invoke it must come from an occult will – collective or individual, that has been nurtured with the constant observation and analysis of general facts, moods and behaviours in this island.

    These are mere words for many. But we ought to know clearly and certainly the principle of any future action that aims at changing things.

    Change is a very good populace bait- the illusion of change, at which Barack and others of more tropical hue, are true experts- wizards weaving for you, your families, friends and the whole country dreams or nightmare- that only strengthen the illusion of change and create dependence on thin air.

    La realité politique est une réalité fantasmagorique.

  • Torpedo

    F., your effing prose has effingly effed me! Eff you, my friend F.!

    F., you may thank Mr Bhujun for his being very kind as to allow you to address me.

    Mo ti pé pense enn lott kalité « foutage de gueule » enkor, mais ça, li demann enn vrai démonstration de solidarité collective (enn phantasme ki mo cwar ki pou reste hypothétique parski ça lepok kott enn journal all faire imprime so papier kott so concurrent so la-presse, ou tous titres ki publier lors enn sel journal, ça, fini nett ça). Ok, pou dire zott collègue journaliste dessann dans lari, li pou faire zott transpirer parski bizin marcher ek pena air-conn tousa et surtout li pas parett assez glamour, donc, parmi bann alternative aussi spectaculaire c’est enn « reverse-boycott collectif »: ki-faire tou lezott journal (ki auto-proclamé indépendant) pas faire enn opération koutt-poing, enn espèce de « reverse-boycott »? Reverse boycott-la pou en fait bann journal-mem ki refuse publier bann annonces (publicité and whatever paid notices) ki pas gagne bar dans l’express (c-a-d, tous ça-bann departements gouvernement / para-étatiques ki’nn tire bann prétextes fallacieux et illogiques pou pas renouveler zott abonnement) pas gagne bar ditout dans zott journal… Mais la question qui se pose lerla, c’est ki ça-bann journal ki pou ena fiel pou faire ça, hein? Pena fermer la-dans, mais… Ena trop boukou manque à gagner la-dans, hein…?

    « En mon humble opinion, c’est parski ena trop boukou lobby/vested interests/relations incestueuses dans bann liens bizness-groupes médias-politique pou capave trouve la-vérité. Pour preuve, zis l’express ki gagne koutt rotin bazar depi ar Piti-la ek Navin, pas le mauricien, ni defimedia. Bann sources d’info ki pé gagne crédibilité aster c’est bann saki complétement décentralisé, couma blogs/tweets, non pas bann gros groupes médias » That’s what I wrote on another progressive blog, and what I think is actually happening.

    Merci de me contredire afin de me permettre de continuer de croire en une presse vraiment libre et indépendante…

  • F.

    A l’origine du mal, donc, la nature humaine pervertie- le meurtre de la vertu et l’inceste. Politique mauricienne-rien d’étranger à Sade.

    La sacralisation des choses- le fétichisme, qu’il soit de la presse, de la classe dirigeante, d’une ethnie, va à l’encontre de l’esprit de notre Constitution et de toute notion de loi, même. Ainsi, la finalité doit nous intéresser par dessus tout phénomène- en fait le phénomène doit nous mener vers la finalité.

    L’attaque ne vise certes qu’une compagnie (qui ne s’occupe pas que de presse-c’est son droit). Cependant nous n’en sommes pas encore à l’état d’urgence des années 70 ( en Inde, à la même époque, sous Indira, c’était pire qu’à Maurice). Qu’en pense la masse? C’est précisément la nature de la masse de ne penser que ce que pensent les politiques ou les journalistes. Ceux qui viennent de regarder Roland Garros comprendront.

    Néanmoins il demeure que la médiocrité ne souffre la différence, et que la médiocrité appelle la médiocrité.

  • Akilesh

    A l’origine du mal: Le boycott de l’Express contre le MSM il y a quelques annees de cela.

    Il ne peut y avoir un bon boycott et un mauvais boycott.
    A ban on information is fundamentally wrong whether it comes from the political establishment or from the press itself.

  • Rabin

    Welcome to the blog Aki!

    Au’aujourd’hui quelqu’un m’a rappelé d’étranges similitudes entre ce qu’il se passe maintenant et ce qu’il s’était passé en 1983/1984. Une confrontation terrible entre le pouvoir d’alors et deux des principaux quotidiens du pays (l’express et le Mauricien) avait eu de graves conséquences. Soit le départ de Philipe Forget de la rédaction en chef de l’express et l’exil de Lindsay Rivière, alors rédacteur en Chef du Mauricien. Ce dernier avait choisi d’aller s’installer en Australie. Ne revenant au pays que plusieurs années plus tard.

    L’histoire se répète m’a dit cette personne. Toutefois, je te l’accorde, l’histoire se répète peut-être pour des raisons autres qu’en 1983/1984.

  • Siganus K.

    F. : Cependant nous n’en sommes pas encore à l’état d’urgence des années 70 (en Inde, à la même époque, sous Indira, c’était pire qu’à Maurice).

    Dans A Fine Balance Rohinton Mistry (qui ne semble pas avoir aimé Indira Gandhi) en parle magistralement, en particulier pour ce qui est des stérilisations forcées. Bientôt la même chose chez nous ? Ça va faire mâle mal ! 😆

  • Torpedo

    @ F.:
    « Néanmoins il demeure que la médiocrité ne souffre la différence, et que la médiocrité appelle la médiocrité. »

    Est-ce quelqu’un se rappelle des dossiers du lait Amul, du ciment, des barres de fers de construction, du « gros pois », de la farine turque? Des drains / débordements après les pluies torrentielles? Des embouteillages monstres d’après chaque accident de l’autoroute? Des innombrables casinos/maisons de jeux de hasard dans toutes les agglomérations? Est-ce que quelqu’un s’en est rappelé avant d’aller voter? Bein, la mémoire courte, le laisser-faire, la surdité/aveuglement sélective, ça aussi, c’est de la médiocrité de la masse…

  • F.

    @Torpedo

    C’est effectivement vrai.

  • jean

    can anyone tell me and give me a link on what happened with the ‘macarena’ affair?

  • Rabin

    I’ll try to sum up the macarena affair for you later.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :