Cogito ergo sum*

Ceux qui prétendent ne pas avoir vendu au moins une parcelle de leur âme en entrant en politique mentent. Ou alors, n’ont pas conscience de cette évidence. C’est probablement le cas d’Aurore Perraud et d’Aadil Meeah dont vous pouvez lire les propos frais – un peu naïfs aussi – plus loin (pages 17-19). A ce moment précis, Perraud et Meeah ont déjà dû recevoir quelques appels ou SMS les félicitant de leur franchise. Mais également quelques reproches par rapport à la liberté de ton qu’ils adoptent. Ils finiront par apprendre les leçons de discipline et de langue de bois. Maintenant, ou dans quelques temps, ils céderont une partie de leur âme…

Faut-il s’en offusquer ? Tous les politiques qui ont lu Le Prince savent grâce à quelles méthodes un chef obtient et conserve le pouvoir à la tête d’un parti ou d’un pays. Paul Bérenger et Navin Ramgoolam peuvent prétendre être de grands démocrates. C’est aussi un fait qu’en chefs incontestés de leurs partis, ils ont tout deux coupé d’innombrables têtes pour être là où ils sont. Cela leur a permis de s’entourer de lieutenants dociles. De bons fantassins dont l’éthique est de suivre aveuglément les ordres du chef.

Malgré cela, Meeah et Perraud expriment timidement leur désaccord vis-à-vis des méthodes et idées défendues (ou pas) par leurs leaders. Perraud est «outrée » par la vacuité de la campagne électorale. Elle rejoint même Meeah quand celui-ci se dit dégoûté par « le communalisme, l’argent, les bases… » Nous osons croire qu’ils sont tous deux conscients que ce sont autant de critiques qu’ils adressent en fait… à leurs propres camps. Car même si les moyens financiers n’étaient pas les mêmes dans les deux alliances, beaucoup de candidats se sont abaissés à utiliser des méthodes déloyales voire illégales pour tenter de se faire élire.

Cette réalité-là, de plus en plus de jeunes en sont conscients. Sans illusions, ils ont intériorisé le fait que des Perraud et Meeah, malgré toute leur bonne volonté, ne pourront pas être des agents du changement dans les partis. Pour faire de la politique autrement et voir émerger de nouvelles idées, il faut aller voir ailleurs. Hors des partis politiques. Nous sommes persuadés que les 26 000 abstentionnistes supplémentaires lors des dernières élections sont surtout des jeunes qui ont sanctionné à leur manière les partis établis.

Alors où sont allés se nicher ces jeunes ? Une partie d’entre eux poursuit des rêves « alterpolitiques » et révolutionnaires. D’une île Maurice verte, profondément égalitaire et socialiste, débarrassée des tares du capitalisme et du communalisme. C’est un vaste programme… dont l’application totale relève toutefois de l’utopie.

Puis il y a l’autre partie de la jeune classe pensante. Celle-ci ne prêche pas la révolution. Elle est libérale, économiquement et socialement. En son sein, on trouve scientifiques, économistes, juristes, fonctionnaires, médecins et cadres qui questionnent tous l’ordre établi. Les parcours, origines et profils de ces jeunes sont divers mais ils sont convaincus d’une chose : c’est d’eux que jailliront les idées fondatrices d’une nouvelle politique. Ces jeunes s’agitent et cogitent donc autour de l’unique agenda : « comment sauver notre pays ? »

Ils organisent leurs messes. Plus ou moins régulièrement. Les idées fusent. Les dénonciations du système actuel également. Mais il y a toutefois quelque chose de terriblement mondain dans ces regroupements-là. Les idées, quand elles ne sont défendues que dans les salons, sans être confrontées aux réalités du terrain et à l’évaluation des praticiens de la rue, ne sont que d’ambitieuses déclarations d’intentions. Pour être efficaces, ces mouvements de jeunes doivent s’ouvrir. C’est ainsi qu’ils affineront leur diagnostic socioéconomique du pays et pourront faire des propositions réellement applicables.

Reste à savoir ce qu’ils feront ensuite de leurs idées. Se contenter de les défendre ou chercher à les appliquer en allant à la conquête du pouvoir… en tant que partis politiques. Epineuse question. Y répondre, c’est risquer d’y perdre une partie de son âme !

* je pense, donc je suis.

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One response to “Cogito ergo sum*

  • ashfaq

    A lire votre article, pour ceux n’ayant pas acheter l’express, on pourrait penser qu’il s’agit de cehl MEEAH.. mais vous parlez d’adil ameer MEEA .. il n’y a pas de H .. et sans le H ki manque .. tout l’article change. Et il ne s’agit plus de la meme personne.

    J’espere que vous corrigerez cette faute de frappe..
    Merci.

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