Saisis par l’image

Des images saisissantes. La psychologie des foules nous enseigne que celles-ci font partie des éléments déterminants dans le choix de l’électeur. Dans une certaine mesure, les théories élaborées par Gustave Lebon en 1895 se vérifient encore aujourd’hui. C’est ce qui explique en grande partie l’obsession des partis politiques pendant les campagnes électorales : frapper les esprits ! Nous en avons eu l’illustration hier, lors du Nomination Day. Ce cirque du « nous allons leur en mettre plein la vue » dure depuis la dissolution du Parlement le 31 mars. Il n’est pas prêt de s’arrêter. Il faut relever l’absurdité de la situation.

Déjà, l’absurde évidence. A elles deux, les alliances du cœur et de l’avenir ont dépensé des dizaines de milliers de roupies par circonscription pour maquiller grossièrement chaque coin de rue et ronds-points de leurs couleurs. Dans leur souci de frapper les esprits, ils ont considérablement réduit la visibilité sur certains axes routiers. Jusqu’à mettre en danger la vie de motocyclistes et automobilistes incapables de voir arriver d’autres véhicules. Rouge, mauve, bleu, blanc. Pourvu qu’on voie la couleur du parti, même si cela implique qu’on ne voit plus la couleur du danger.

L’image devient (encore) plus saisissante avec cette complicité à peine dissimulée. Celle d’une station de télévision nationale qui « storyboarde » les entrées en scène du prince. Qui étudie les angles de vue à utiliser afin de mettre en valeur le maître et grossir le plus possible les foules venues l’écouter. Tandis que l’adversaire du maître est, lui, le plus souvent, montré à son désavantage. A travers des bribes de discours anecdotiques ou une qualité d’image et de prise de vue diamétralement opposée à celle réservée au maître. L’image du premier en devient saisissante. Celle du second triviale.

Au moment où de récentes études démontrent que prés d’un électeur sur trois n’a toujours pas décidé pour qui il va voter le 5 mai, la nécessité de frapper l’esprit des brebis égarées devient impérieuse. Si, dans cette bataille, un camp a l’avantage combiné des moyens financiers et techniques ainsi que de l’appareil d’Etat, l’autre capitalise sur le facteur humain pour lui donner le change. Notamment en redoublant sa présence sur le terrain. Pour donner l’impression d’être partout. Tout le temps. Est-ce suffisant ? Sans doute pas.

Alors on saisit chaque occasion. Hier, il y en avait une. Aprés – parfois avant – le dépôt de candidature, le traditionnel « défilé » est de rigueur. Mu par une croyance primitive, chaque camp en vient à croire que la popularité du ou des candidats est directement proportionnelle au nombre de véhicules participant à son rallye. Beaucoup d’entre eux perpétuent donc ce rituel absurde du Nomination Day. Ainsi, une trentaine de véhicules en moyenne ont participé aux rassemblements des deux grandes alliances dans les vingt circonscriptions du pays.

Six cent véhicules au moins ont sillonné les quartiers hier. Bloquant la circulation, dérangeant les activités du week-end des citoyens. Brûlant aussi, au passage, des centaines de litres d’essence et de Diesel. Autant pour Maurice Ile Durable, autant pour cette conscience écologique que certains candidats proclament avoir découvert depuis des décennies !

Si l’image est saisissante, c’est à travers le son – celui des radios privées et des auditeurs qui s’y expriment – que l’on entend clairement ce que pensent les citoyens des fanfaronnades et démonstrations de force des partis politiques. N’en déplaisent aux censeurs de l’Independant Broadcasting Authority, c’est là, dans cet espace de liberté, que les citoyens sensés expriment trés clairement leur défi ance vis-à-vis de ces méthodes d’un autre âge. C’est également là qu’ils démontrent leur capacité à dénoncer cette attitude toute politicienne qui consiste à penser que l’électeur est un décérébré qu’un peu de bruit et de couleur suffit à convaincre.

Etre accompagné de 500 personnes et de 50 véhicules lors du dépôt de sa candidature, c’est une image saisissante. Mais toute saisissante qu’elle soit, elle ne garantit pas une élection. Certains gagneraient à s’en souvenir durant les jours à venir… Cela leur évitera d’être perplexes le jour du dépouillement.

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2 responses to “Saisis par l’image

  • F.

    Excellent article! Tout ce folklore- comme l’avait dit le pape au couronnement de Napoléon: Comediante, tragediante. Et ce n’est encore que le début de l’affaire. La foule, n’est pas le peuple, et le peuple n’est pas la nation. La politique des passions, et non de la vertu.

  • Sachin @ Web Design Mauritius

    Cette image est typique de notre pays et des croyances populaires. On pourrait même rapprocher cela à des croyances qui pencheraient même vers l’occulte. Quoiqu’il en soit on se rend compte que la manière de présenter la masse (populaire) qu’avait Shakespeare, à savoir « fickle« , perdure et cela après quelques siècles.

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