Oui, l’électeur est intelligent

S’allieront ? Ne s’allieront pas ? Cette question nous a trop préoccupés durant les dernières semaines. Tous – les médias compris – nous avons scruté chaque geste et parole de nos leaders politiques pour y déceler les signes d’un rapprochement ou d’un éloignement avec tel ou tel autre parti. Ce faisant, nous avons occulté l’autre question essentielle : pourquoi réélire Navin Ramgoolam, Paul Bérenger ou Pravind Jugnauth ?

Pour être honnête, nous ne connaissons pas la réponse à cette question. Tant les qualités respectives de chacun de ces leaders sont éclipsées par leurs propres faiblesses ou celles de leurs proches collaborateurs. Leur défaut le plus inadmissible est sans conteste la propension à considérer (parfois) l’électeur comme un individu moyennement intelligent ou alors à carrément le prendre (le plus souvent) pour un idiot.

Les politiques rechignent à faire appel à l’intelligence des électeurs. Ils l’ont démontré durant les trois dernières élections générales. En 1995, il s’agissait de « déboulonner Jugnauth », selon Navin Ramgoolam. En 2000, la priorité du tandem Anerood Jugnauth / Paul Bérenger était de « redresser le pays ». Ceux qui exigeaient une réponse plus argumentée se voyaient dire «Anerood, Paul ensam. Sa mem assez ! » Cela n’allait pas être assez pour empêcher Ramgoolam de revenir au pouvoir en juillet 2005, à la faveur d’une campagne dont la thématique subliminale, « pa laiss pouvoir sapp dans nou lame », n’a pas manqué de toucher la corde sensible d’un certain électorat conservateur.

En 2005, gouvernement sortant et opposition nous avaient démontré à quel point ils ne comptaient pas sur l’intelligence des électeurs en dévoilant leurs programmes respectifs à peine dix jours avant les scrutins du 3 juillet, soit le 24 juin. C’est à croire que les partis pensent que soit les programmes n’intéressent pas l’électeur, soit que celui-ci n’est pas assez intelligent pour le comprendre !

En 2010, les choses n’ont que peu changé. Aucun leader politique n’a produit jusqu’ici un début de commencement de programme. Ils sont tous sur le mode « j’ai fait ». Personne, pas même Ramgoolam, qui a pourtant l’avantage d’être au pouvoir, n’explique clairement « ce que je ferai ». La tactique reste simpliste. Aligner un argumentaire basique et espérer rallier l’électorat. Le Premier ministre bombe le torse en citant son sondage qui lui crédite des intentions de vote record. Bérenger met en avant sa réputation de « hard worker » et la « qualité » de son équipe. Tandis que Pravind Jugnauth se sert du seul argument qui lui rapporterait quelques votes, c’est-à-dire son patronyme !

Même si le bilan économique de Ramgoolam est positif, il ne peut se reposer sur ce seul aspect de sa performance pour demander aux électeurs de voter pour lui. Son projet, mais aussi ceux de Bérenger ou de Pravind Jugnauth devront tenir compte des dynamiques socioéconomiques profondes qui ont été enclenchées dans le pays depuis la fi n des années 1990. Et tenter de résoudre les paradoxes que connaissent les économies dont le développement devient source de déséquilibre.

A Maurice, il devient ainsi urgent d’apporter des réponses et des propositions  notamment aux questions suivantes. Comment ouvrir l’économie aux compétences et à l’investissement étrangers tout en sauvegardant les intérêts de nos citoyens ? Comment développer un entrepreneuriat qui cesse de copier les modèles qui marchent afin de bâtir son succès à partir de l’innovation et la recherche ? Comment faire cohabiter l’île Maurice à deux vitesses qui d’un côté envoie ses enfants dans des écoles à Rs 10 000 par mois, et qui de l’autre n’arrive pas à scolariser ses enfants malgré le transport gratuit et les facilités des institutions ZEP ? Comment moderniser cette fonction publique dont les services, s’ils étaient de qualité, aideraient à solutionner les problèmes que nous citons ?

Ce n’est là qu’une infi me partie des interrogations auxquelles les partis doivent répondre. Ce sont là des questions que les électeurs, pour la plupart intelligents, se posent. Alliance ou pas alliance ? Il est désormais temps d’exiger des réponses. Dans un scénario idéal, c’est en fonction des propositions politiques que nous devrions tous voter. Mais nous vivons dans un pays où – même s’il est intelligent – l’électeur a cessé de demander des comptes aux politiques.

A moins que cela ne change. Enfin !

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