Passage au vert

Exit la démocratisation de l’économie. Place à la démocratisation de l’écologie. Depuis vendredi, le Maurice Île Durable Fund (MIDF) a lancé une vaste consultation nationale sur la question du développement durable (DD). Nous avons tous intérêt à ce que cet exercice réussisse. Mais allons-nous tout faire pour que ce soit le cas ?

Comme sur bien d’autres questions, les Mauriciens cultivent les paradoxes au sujet du DD. Régulièrement, les études démontrent qu’une majorité d’entre nous est sensible à ce sujet. Qu’elle veut s’impliquer pour la cause. Mais le fossé entre les déclarations d’intention et les actes est encore énorme. Car les débats, les remises en cause, les coups de gueule et les propositions en matière de DD proviennent invariablement des mêmes acteurs.

Une demi-douzaine d’associations. Certains scientifiques et universitaires. Une poignée de fonctionnaires et de cadres du secteur privé. Deux ou trois politiques. Ainsi que quelques Géo Trouvetout passionnés d’écologie. Voici, à peu d’individus prés, tous ceux qui animent l’agenda du DD à Maurice. L’exercice consultatif qui se termine le 31 mars comporte donc un réel risque. Celui de se transformer en un forum d’initiés. Durant lequel nous verrons les mêmes personnes débattre des mêmes questions. Pour finir par pondre les mêmes propositions.

Si ce scénario se produit, nous aurons dépensé l’argent du contribuable et mobilisé des dizaines de fonctionnaires ainsi que le Professeur François Odendaal pour rien. Mais il n’est pas trop tard. L’exercice consultatif peut encore devenir un succès aussi bien grâce au nombre de participants que par la qualité et la diversité de leurs apports. Pour cela, un impératif: communiquer.

Dans une déclaration à lexpress.mu, ce jeudi, Odendaal a expliqué « qu’aucun Mauricien ne doit pouvoir dire qu’il n’a pas eu l’occasion de donner son avis dans ce grand projet ». Le commentaire est juste. Mais il appelle une observation. Pour que tous les Mauriciens participent aux travaux, il faut encore qu’ils se rendent compte que la question du DD concerne à peu prés tous les aspects de leur vie quotidienne. Qu’ils comprennent enfin que DD ne rime pas qu’avec environnement et carburants. Car il faut le dire, le Mauricien moyen a une fausse conception du DD et de ses implications. Il faut l’éduquer.

Pour réussir à impliquer le grand public, il faut s’inspirer des modèles étrangers en la matiére. Et pour une fois, le modéle se trouve à 30 minutes d’avion de nous…à La Réunion. La politique de l’Agence régionale de l’énergie Réunion (ARER) est un modèle du genre. En effet, il suffit de consulter son site web pour se rendre compte de la justesse de sa communication et ses actions pour attirer les Réunionnais. D’ailleurs, la priorité de l’ARER est l’« information du grand public ».

L’ARER explique certes aux Réunionnais les grands enjeux du développement durable. Mais elle détaille d’abord comment et pourquoi certaines techniques de construction sont plus écologiques et économiques. Elle propose également des feuilles de route à ceux qui veulent devenir petits producteurs d’électricité ou bénéfi cier de crédit d’impôt. Et met les différents acteurs en relation afin de faire avancer l’agenda du DD.

Mais nous n’en sommes pas encore au point de créer une ARER bis à Maurice. Car avant cela, il faut éduquer les Mauriciens. Et développer chez eux la conscience que chacune de leurs actions ou initiatives peut aider à la cause. Si cette phase d’éducation réussit, nous verrons alors des maçons et ouvriers déposer devant Odendaal pour lui expliquer les bienfaits de certaines techniques de construction. Nous écouterons des entrepreneurs défendre âprement l’idée d’une détaxe totale de certaines technologies.

Pour ensuite s’engager à les proposer à des prix négociés aux professionnels et au grand public. Pour que de telles demandes, et propositions voient le jour, il faut que toute l’île Maurice découvre le potentiel économique et social de notre passage au vert. La bataille de l’écologie se gagnera sur le terrain de l’information…

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4 responses to “Passage au vert

  • Sek

    Merci Rabin pour la pertinence de cet article !

    L’île Soeur a su soulever une réelle conscience d’éco-citoyenneté et un engagement régional pour la préservation du patrimoine naturel. Anou pran exemp

    En parlant de paradoxe du DD je suis resté coi face à l’abrogation du statut de réserve naturelle des îlots du nord pour en faire une exploitation touristique !
    http://www.lexpress.mu/story/672-decouvertes-ilots.html

    L’idée d’un forum de Referendum public serait peut-être la solution pour que tout mauricien puisse s’exprimer

  • Rabin

    Merci Sek. Nous avons effectivement à nous inspirer de l’exemple réunionnais. Et à Maurice, c’est vrai qu’il devient urgent d’entendre monsieur tout le monde sur la question du DD. Je suis persuadé que nos politiques ne vont pas assez loin ou assez vite sur la question parce que, quelque part, ils pensent que le grand public n’est pas suffisamment sensibilisé ou demander d’un plan concret en matière de DD. Il faut que cela change…

  • Greg

    Merci pour cet article tres interessant mais surtout bien ecrit.

  • Rabin

    Merci Greg

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