Quelle campagne ?

Tentons quelques prévisions au sujet de la campagne électorale à venir. Pour les besoins de cet exercice, on n’aura bien évidemment pas besoin de boules de cristal ou de cartes de tarot. Car prévoir comment se déroulera la prochaine campagne ne relève pas de la divination. Dans ce domaine, il suffit de se souvenir des campagnes passées pour prévoir celle à venir.

Première tendance : la campagne sera technologique. Le Parti travailliste (PTr) a compris avec acuité l’apport des technologies de la communication dans une campagne électorale. Déjà en 2005, des milliers de Mauriciens décrochaient leur téléphone pour entendre, avec stupeur, Navin Ramgoolam, les inviter à un grand meeting régional. Nous avons pu constater l’efficacité de cet outil. Nous nous souvenons encore de cet ouvrier de Piton, qui ne sachant pas qu’il avait écouté un message préenregistré, essayait de nous convaincre : « Navin ti call mwa !* » Dans les jours à venir, on pourrait également entendre des « Paul ti call mwa !** »

D’autres outils technologiques – « Facebook » et « Twitter » seront mis à contribution durant cette campagne. Les jeunes électeurs de 18 à 30 ans se sont complètement approprié ces réseaux sociaux. Il n’y a qu’à voir, par exemple, le dynamisme qui règne, sur les groupes « Facebook » du PTr ou du MMM pour réaliser qu’Internet est désormais un lieu privilégié d’échange et de confrontation des idées politiques de nos jeunes. Il faut quand même remarquer que même si les groupes des partis politiques affichent des milliers de membres, seule une poignée d’entre eux participent activement au débat. Mais malgré ce bémol, aucun parti politique n’envisagera cette campagne sans l’apport de ces nouveaux outils technologiques.

Deuxième tendance : la campagne sera insipide. Nous risquons de redécouvrir les mêmes débats archaïques durant celle-ci : aussi bien dans le fond que la forme. Le souhait de Ramgoolam pour un débat « sans démagogie et attaques personnelles » sur les « issues » n’est pas prêt de se réaliser. La faute en incombe d’ailleurs d’abord aux électeurs. Friands de politique spectacle et adeptes des phrases assassines, ils se contentent facilement des discours démagogiques des opposants. Et se satisfont de la posture habituelle des sortants, qui disent invariablement avoir produit « le meilleur bilan possible » malgré un contexte économique et social difficile.

Si l’on ajoute à cela la fâcheuse propension d’une large frange de l’électorat à rallier invariablement le camp de ceux perçus comme étant les plus forts, on obtient une campagne électorale qui brillera par la vacuité des idées débattues. D’ailleurs, les idées intéressantes, s’il y en a, auront toutes les chances de croupir dans les programmes électoraux. Qui, comme d’habitude, ne seront vraiment lus que par une poignée d’électeurs.

On peut quelque part comprendre cette désinvolture face à une élection sans enjeu. En effet, cette campagne électorale, avec son opposition désunie et quémandeuse d’alliance. Avec son électorat qui perçoit Ramgoolam comme le gagnant de facto de la joute. Avec sa vacuité d’idées et d’argumentaires comme lors de la partielle de Quartier-Militaire-Moka en février. Cette campagne-là ne sera après tout qu’un référendum. Dont la question sera : « Souhaitez-vous que Navin Ramgoolam soit réélu Premier ministre ? »

Cela nous amène à la troisième tendance : la campagne sera sale et vulgaire. Puisqu’on ne défend aucune idée. Puis que l’élection semble être sans enjeu, les partis politiques vont prioritairement recourir aux méthodes basiques, aux démonstrations de force usuelles, pour marquer les esprits. Et ainsi capter ou conserver l’intérêt de l’électeur lambda. Les oriflammes nous polluerons encore la vue. Les posters sales et laids seront placardés sur chaque mètre carré de mur disponible dans le pays. Des « agents » seront payés à ne rien faire, si ce n’est à boire des bières tout en « gardant » des bases à chaque coin de rue de nos villes et villages.

Les partis politiques frappés d’amnésie deviendront « exlex ». Ils emploieront ces mêmes « bouncers ***» qu’ils dénoncent aujourd’hui. Le temps d’une campagne, ces gorilles deviendront des « agents » chargés d’assurer la sécurité des candidats, des meetings ou des colleurs d’affiches. La facilité de ces individus décérébrés à céder à leur pulsion de violence est connue. Aussi, nous pouvons sans nous tromper prévoir que cette campagne sera très violente par moment. Tout comme on peut prévoir que des journalistes, fouineurs et faisant leur métier, seront victimes de ce genre d’énergumènes.

Ce ne sont pas des prédictions de boule de cristal. Tout cela se produira. Parce que nos politiques, tout en épousant les nouvelles technologies, conservent leurs réflexes archaïques. Faisons avec. Car comme dit l’adage, nous avons les politiques que nous méritons…

D’autres commentaires sur cet éditorial

* Navin m’a appelé

** Paul m’a appelé

*** videurs

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7 responses to “Quelle campagne ?

  • 1132nd

    D’autres outils technologiques – « Facebook » et « Twitter » seront mis à contribution durant cette campagne. Les jeunes électeurs de 18 à 30 ans se sont complètement approprié ces réseaux sociaux. Il n’y a qu’à voir, par exemple, le dynamisme qui règne, sur les groupes « Facebook » du PTr ou du MMM pour réaliser qu’Internet est désormais un lieu privilégié d’échange et de confrontation des idées politiques de nos jeunes (…)

    Autant le dynamisme qui règne sur ces groupes est symptomatique de ce que tu dépeins, autant malheureusement, lorsque les membres lancent leur profil perso, cela devient presqu’une farce.

    Phénomène que je déplore d’ailleurs dans mon dernier article sur mon blog Réf DT 22: “Zaco ek banane”*.

    La campagne sur Internet n’est pas si différente de la campagne en vrai. Sans un e-campaign manager qui s’y connaît vraiment, le manque de cohérence et de cohésion perdra vite l’attention et l’attraction que la présence actuelle suscite sur Facebook et sur Twitter.

    D’ailleurs, le doute s’installe déjà: exemples de quelques micro-blogging sur twitter deja:

    morisdotus: I predict @dkissoondoyal will lead the MMM election spams on FB and twitter soon > @tushal call jack ba-wa
    morisdotus: @1132nd we all know where this is heading to.. my privacy is your privacy

  • Sachin @ Web Design Mauritius

    Et comme je l’ai rajouté dans mon commentaire sur Doublethink, c’est presque peine perdue car il n’y a aucune maîtrise de l’outil et si c’est pour radoter les mêmes choses que les précédentes éditions, ce n’est vraiment pas la peine.

    Ce dont ils ont besoin maintenant n’est pas vraiment une jeune équipe, une bande de djeuns, qui aime twitter mais ce nouveau profil qu’on appelle désormais le Community Manager (Voir mon article sur ce profil) qui leur permettrait de construire de vrais réseaux qui tourneraient à plein régime.

  • Rabin

    Très vrai. Car, il me semble que pour l’heure, la seule priorité pour les grands partis est d’investir les réseaux sociaux afin de démontrer qu’il y ont une présence importante. Mais pour que leur travail et l’impact soient efficaces, il parait souhaitable que chaque parti définisse une vrai stratégie de « Community Management » comme tu le fais remarquer.

    J’ai pris pour posture de ne pas participer aux débats des groupes politiques sur facebook. Mais j’aimerai vraiment que ce sujet y soit abordé. Je lirai alors les opinions de tout un chacun avec beaucoup d’intérêt…

  • Stephen Naicken

    Interesting comments regarding the use of technology in the forthcoming campaign. There are two that spring to mind that I think political parties in Mauritius should consider when determining how to manage theirs, Sarkozy’s and Obama’s.

    Sarkozy’s presidential campaign in 2007 made good use of the Internet to keep people in touch with the then candidate through the use of blogs and videos. His site had an appealing clean modern look, with a blog and videos of practically every public appearance.

    Obama’s Internet campaign, and in particular the use social networking tools, allowed him to: a) raise his profile; b) raise funds from private individuals; c) mobilise young people to campaign for him; d) get the young voters who don’t usually vote to vote for him.

    For the election in Mauritius, mobilising young campaigners and voters will be important, but without the relevant statistics, I am not sure to what extent. I have the feeling it may be more important to the MMM than the PTr.

    My only concern, as touched on by 1132nd, is that the social networking presences of both the major parties will end up being nothing more than information dissemination mechanism. That will certainly hold the attention of their die-hard younger supporters, but these people are in the minority. Obama’s campaign reached out to attract new supporters, young people who had never voted in their lives, to go out on to the streets to campaign and come election day have a cause to vote for. And this is the crux of the problem, new technologies are just a medium, just as television, radio and the papers. Obama was able to position himself as a candidate of change and social networking was one way of confirming this. I don’t think any of the alternatives for PM can position themselves in the same way.

  • Rabin

    Welcome to the blog Stephen. Indeed the real challenge is to not only address the young afficionados of such and such party, but also (and that’s the most important part) use social networks to talk, intereact and inform people, especially young citizens, that are not necessarily sympathetic to the cause of such or such party.

  • Sachin @ Web Design Mauritius

    Ta prise de position est tout à fait valable mais les débats sur facebook sont assez insipides (de mon point de vue). En passant d’un groupe politique à un autre on trouve les mêmes rengaines que les partisans se balancent sur le nez en pleine rue. Il n’y a pas, par exemple, des partisans du MMM qui se permettent de motiver un débat sur le groupe du PTr et vice-versa.

    On voit aussi la futilité de certaines personnes. Prenons l’exemple du débat sur les alliances du PTr, nous pouvons noter certains commentaires comme « The boss decides , i follow… » ou « Ptr/MMM….60-0…’Pour l’interet superieur du pays’ :)…. ». Le débat, et le message est donc brouillé. Certains pourront relever le niveau du débat mais cela montre surtout que c’est plus une stratégie: chacun chez soi et les vaches seront bien gardées.

  • Rabin

    L’élevage de « moutons » a un bel avenir à Maurice! :-p

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