La classe pensante

C’est un sujet très vaste qu’aborde l’éditorial d’aujourd’hui. J’ai bien conscience qu’il y a plusieurs aspects de la problématique qui n’ont pas été traités dans le texte. Toutefois, je ne compte pas les développer à répétition dans l’express-dimanche. Il n’y aura pas de Classe Pensante II, puis Classe Pensante III. D’autres recourent à cette méthode. Mais je pense que cela lasse le lecteur à la longue. Ce n’est pas le but !

Aussi, je me propose de revenir sur la question régulièrement ici. En consacrant de temps à autre des articles complémentaires sur la problématique principale : Comment favorise-t-on l’émergence d’une (ou plusieurs) force(s) politique(s) dans un pays où quelques partis installés occupent tout l’espace politique ?

Ce qui est intéressant avec cette question, c’est qu’elle est universelle. Dans quasiment tous les systèmes démocratiques, des citoyens se posent la même question. Ainsi, ce serait très intéressant et enrichissant de lire les avis et analyses d’internautes d’autres pays sur ce débat. Si vous connaissez des personnes susceptibles d’avoir des idées ou des suggestions sur la question, passez leur le lien du blog.

La classe pensante

Merci la crise ! Le pays lui doit une fière chandelle. En 2006, une étude de Sofres avait mis à jour un phénomène inquiétant. Un cadre mauricien sur deux disait vouloir émigrer. Deux adultes sur trois souhaitaient voir leurs enfants grandir sous d’autres cieux plus cléments. Trois ans plus tard, cette mentalité demeure. Depuis un an, la crise de confiance mondiale a atténué les ardeurs d’expatriation de nos jeunes professionnels. Aujourd’hui, la reprise en Europe et aux Etats-Unis aidant, ils vont vouloir concrétiser leurs plans contrariés d’hier. Dès 2010 et les années suivantes, un nombre plus important de nos jeunes va aller vérifier si l’herbe est plus verte ailleurs.A moins que…

Ne nous y trompons pas. Le phénomène d’expatriation est naturel. L’insularité et les perspectives professionnelles restreintes conduisent certains concitoyens à vouloir s’expatrier. Un ingénieur avionique ou un « warrant trader » de haut vol ne peuvent que difficilement s’épanouir sur le plan professionnel – à Maurice. Néanmoins, le phénomène d’expatriation n’aurait pas été inquiétant s’il ne touchait que des personnes sur-qualifiées dans des secteurs de pointe. Mais nos comptables, médecins, juristes ou professeurs d’université quittent également le pays !

Inutile de prétexter une quelconque qualité de vie lamentable pour cette catégorie de candidats au voyage. Ils ont des revenus corrects. Et jouissent d’une situation personnelle relativement confortable. Ce qu’ils craignent, c’est de ne pas pouvoir éduquer convenablement leurs enfants, de ne pas leur offrir les soins d’un système de santé performant. Ces personnes abhorrent également l’idée de vivre dans une île où les inégalités – sociales et économiques – empirent. Et où existe un regain de tension entre les différentes classes, castes et ethnies. Face à ce scénario catastrophe, une solution : démissionner et partir.

Si on en est là, c’est essentiellement à cause de la politique démagogique et faiblarde pratiquée par les gouvernements successifs depuis l’indépendance. Jusqu’ici, l’enjeu des permutations et combinaisons d’alliances a d’abord été la conquête ou la conservation du pouvoir. Rarement, la mise en œuvre d’une politique nationale responsable. Le dégoût que beaucoup de jeunes expriment au sujet de la situation dans le pays est ainsi avant tout un dégoût de notre classe politique.

On peut dire que ces dernières semaines, celle-ci n’a rien fait pour redorer son image. Des arrangements politiciens ont été conclus afin que chacun conserve son « bout ». Des partis bourrés de transfuges en ont allègrement accusé d’autres de recruter tout ce que le pays compte de rebuts politiques. Des alliances mortes et enterrées redeviennent négociables. Parallèlement, les Jocelyn Grégoire, Somduth Dulthummun et leurs pairs confortent tous ceux qui pensent qu’il faut disposer de parrainages religieux ou éthniques
pour réussir en politique.

Cette situation suscite les mêmes rengaines : « tous les mêmes » ; « nous avons les politiciens que nous méritons ». Cependant, ces phrases reflètent la réalité qui a été engendrée par une double démission. D’abord celle de la classe politique, qui a abdiqué devant la pression de la rue. Ainsi que sa propre incapacité à proposer et mettre en œuvre des programmes politiques courageux, innovants et durables. En face, notre classe pensante s’est résolue à laisser faire les politiques. Par dépit. Et par souci de ne pas se salir les mains en se joignant à la mêlée. Elle s’est lourdement trompée en pensant pouvoir faire une différence en misant sur le Parti travailliste, le MMM ou le MSM. Le « mainstream » politique du pays est dépassé. Il faut désormais hâter sa disparition.

Car politiquement et historiquement, l’émergence d’une nouvelle force politique devient possible. Il faudra toutefois investir le temps et l’effort nécessaires pour aboutir à ce résultat. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de faire du neuf avec du vieux. On ne peut espérer constituer un mouvement politique neuf à partir d’idées portées par des cadres venus de vieux partis.

De quelles idées parle-t-on ? Le bon sens local reste loin du monde politique. On l’entend chez des travailleurs sociaux et des petits entrepreneurs dynamiques. On l’entend également chez ces professionnels et intellectuels qui pullulent au sein d’ONG écologistes, de clubs service divers et de loges maçonniques. Pourtant, tout ce petit monde inspiré,dynamique et déterminé reste loin de la politique. La peur de se salir les mains est tenace…

Cette classe pensante doit maintenant devenir agissante. Si on y pense,« Women In Politics » est un mouvement qui n’a pas lieu d’être ! La seule catégorie de personnes qui est vraiment mal représentée dans la politique locale, c’est celle des citoyens pensants, non partisans. Et qui ont des idées et la volonté de développer le pays. Mais qui rechignent à s’engager…

Le premier pas vers une nouvelle conscience politique nationale serait une plateforme. Appelons la « Citizens in Politics ». Qui regrouperait toute la classe pensante du pays. C’est cette classe qui doit dorénavant dessiner un projet politique, social et économique pour le pays. En se structurant, en peaufinant ses idées et leur mise en œuvre. Ce mouvement pourrait demain engendrer un ou deux partis politiques qui s’aligneraient enfin selon le seul clivage qui vaille. Les libéraux et les conservateurs : dans les sphères économiques et sociales.

Les grandes révolutions ont toutes été initiées par une poignée de personnes. L’île Maurice pensante n’a-t-elle pas quelques enfants susceptibles de lancer ce mouvement ? Nous osons croire que c’est possible…


D’autres commentaires sur cet éditorial

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4 responses to “La classe pensante

  • Bruno

    C’est tres facile de critiquer la classe politique actuelle, alors que ces memes professionels qui veulent emigrer n’ont RIEN FAIT pour changer quelquechose, ni meme adherer aux partis existants. Si ces gens de valeur (enfin qui croient qu’ils ont plus de valeurs que les politiciens actuels) voulaient avoir une meilleure classe politique, ils auraient du y adherer depuis longtemps au lieu de « assize manz piss’tass apres plaigne »!

    Moi, en tant que jeune de 25 ans, je trouve que le MMM represente les valeurs auxquelles je crois: democracie, meritocracie, unite nationale, justice sociale. Je ne vois pas pourquoi Maurice aurait besoin d’un autre parti politique. Deja qu’il existe des dizaines de petits partis et que le system First Past the Post rend obligatoire les alliances, mesalliances, transfugisme, roder bout … et des compromis avec les « realites mauriciennes ». Au lieu de chercher un nouveau parti qui devra de toute facon faire une alliance pour arriver au pouvoir, ou on peut vraiment changer les choses, militez plutot pour un changement de systeme electoral. Le MMM est MAINTENANT (pas vinn dir moi 82, 95, 2000 … d’ailleur ti impossible dialogue ek MSM lor proportional representation) plus que jamais enclin a changer le systeme FPTP pour un meilleur dosage de proportionelle.

  • racyn

    Ceux qui quittent le pays et qui abandonnent la partie doivent en effet se poser la question de ce qu’ils ont fait ou pas pour que la situation change…A ce sujet on est d’accord.

    Toutefois la question de fond demeure.

    Le ménage à trois obscène entre le MMM, le MSM et le Parti Travailliste n’a que trop duré. Par le fait même qu’il n’existe pas de 4e ou de 5e force, la politique locale devient inefficace. Tout ce beau monde est devenu consanguin, les maladies congénitales des uns se retrouvent désormais chez tous les autres. Ils souffrent des mêmes travers à force d’avoir couché (et procréer) avec les uns les autres.

    C’est dans ce contexte historique que l’émergence de nouvelles forces politiques devient non seulement possible. Mais aussi nécésaire.

    Chacun pourra dire que le MSM, le PTr ou le MMM a les idées et les compétences qu’il faut pour diriger le pays. Je respecte profondément la sympathie que chacun peu avoir pour l’histoire et le parcours de tel homme ou tel parti politique. Mais il ne faut pas perdre de vue les enjeux globaux.

    On parle là du MMM. Qui dans ce pays croit que Paul Bérenger, accédant au fauteuil de Premier ministre encore une fois, pourra tenir tête et ne pas lâcher du terrain vis à vis des organisations « socioculturelles » surtout celles des hindous du pays?

    Chaque (grand) parti du pays a désormais des dysfonctionnements qui se sont inscrits dans leur ADN. Va-t-on passer notre temps à croire qu’ils peuvent changer ou agir autrement? Ou allons-nous croire que d’autres, du sang neuf, hors du sérail pourra enfin promouvoir des nouvelles idées ainsi qu’une nouvelle manière de faire??

  • Bruno

    « On parle la du MMM. Qui dans ce pays croit que Paul Bérenger, accédant au fauteuil de Premier ministre encore une fois, pourra tenir tête et ne pas lâcher du terrain vis à vis des organisations “socioculturelles” surtout celles des hindous du pays? »

    Je vous invite a lire les propositions que les jeunes militants auraient souhaitees que le MMM inclue dans son programme electoral. Je vous invite aussi a lire les differentes opinions dans les topics du discussion board et vous verrez que les jeunes militants ne sont pas dupes, et n’approuvent pas aveuglement ce que fait Paul Berenger.

    Meme si le context est propice a l’emergence d’une autre faction politique:
    1 Qui formera ce parti?
    2. Qui voteront pour ce parti? Certainement pas moi, certainement pas l’electorat des ti creol cite, certainement pas l’electorat traditionelle rural … si je ne me trompe pas, les jeunes professionels ideaux et vrais mauriciens ne sont pas, et ne seront jamais, en majorite dans le pays.

    Une telle initiative est condamne d’avance a l’echec. La seule solution serait d’integrer un des 3 partis, principalement le MMM qui est en phase transitoire, et d’attendre son tour pour apporter un changement progressif.

    A tous les fans de changement radicaux (pour le meilleur), prenez exemple sur ce qui est arrive a Steve Obeegadoo et sa reforme educative.

  • racyn

    Les appareils de parti sont ce qu’ils sont Bruno. Je ne mets pas un seul instant en doute la sincérité et la lucidité de ces jeunes dont vous parlez. Toutefois, la base et les échelons intermédiaires des partis auront beau définir des priorités et des listes de « DOs » et « DONTs ». Mais qui aura l’autorité ultime de décider? L’instance dirigeante du parti et le Chef!? N’est-ce pas?

    Alors je voudrais bien connaitre la personne qui pourra m’expliquer comment concrètement, une aile jeune, ou des sympathisants progressistes du MMM, MSM ou PTr pourraient finir par renverser les décisions d’un Bérenger, un Jugnauth ou un Ramgoolam. C’est tout bonnement irréalisable. Ce que je dis c’est que malgré toute la bonne volonté du monde, on est arrivé à un point où les structures et les personnalités sont ce qu’elles sont. Penser pouvoir les changer relève à ce moment là de l’utopie.

    Pour ce qui est de votre questionnement sur qui fondera ce parti et qui votera pour….
    Il faut bien séparer les deux temps de la création d’une force politique. Il y a d’abord le temps de la réflexion, du débat, de la définition de grands dossiers à traiter et des moyens à mettre en oeuvre pour changer les choses. Je pense que les PENSANTS du pays ont abdiqué. Ils ont renoncé. A se réunir pour discuter de ces choses. A remettre en cause la politique actuelles et les politiques précédentes. A dire ce qu’ils pensent et ce qu’ils proposent hors de leurs cercles fermés et leurs salons cossus!

    Ce que je souhaite, c’est que des jeunes et des moins jeunes. Vierges de toute endoctrinement des grands partis se réunissent. Discutent. Et essayent d’ébaucher une voie à suivre. Que d’autres les rejoignent pour peaufiner les idées et éventuellement définir des voies alternatives afin d’arriver aux mêmes résultats.

    Ce n’est que quand les priorités auront été bien définis et les moyens de les mettre en œuvre identifiés, qu’il sera venu le temps de constituer un ou des partis qui proposeront à l’électorat de les mener au pouvoir afin de mettre en œuvre ces idées.

    Ce n’est en rien un processus court. Il prendra du temps. D’où la nécessité de l’enclencher maintenant afin qu’il porte ses fruits (dans le meilleur des cas) vers 2015…

    ps: une petite parenthèse sur la question ethnique et communautaire dans cette situation. Je ne l’inclue pas dans cette équation. Car à mon sens, le propre d’une équipe nouvelle et compétente, c’est de proposer une solution globale aux problèmes nationaux. Et non pas de faire du clientélisme afin que le Vaish, le Blanc ou le Chinois soit satisfait de ce qu’il propose. Cette Classe Pensante se devra de proposer des idées qui serviront aussi bien les intérêts du petit créole que du plus riche industriel blanc du pays…

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