La grippe M(mm)

La grippe que le MMM a contractée depuis 2005 – avec sa double débâcle aux élections législatives et municipales – n’est probablement pas mortelle. Mais elle a considérablement affaibli le parti. A l’aube de ses 40 ans, l’ex- « principale force politique du pays » est ectoplasmique. Divisions internes, départs intempestifs et incapacité à attirer un partenaire susceptible de lui faire remporter les prochaines élections sont autant de symptômes. Ils indiquent tous que le MMM est devenu un parti immunodéficient.

La direction du parti cherche désespérément à restaurer l’aura du MMM. Sans succès. Car le MMM fantasmé – celui des années 1970 – n’existe plus. Gaëtan Duval et son fils Xavier avaient eu l’honnêteté d’appeler leurs partis PGD et PMXD. Pour les mêmes raisons, le MMM devrait être rebaptisé MMPB : Mouvement Militant Paul Bérenger. Certes, nos partis politiques sont largement construits autour de leaders charismatiques.Mais si le Parti travailliste (PTr) et le MSM ont survécu – certes avec des passages à vide – au départ de sir Seewoosagar Ramgoolam et de sir Anerood Jugnauth, le MMM, semble, lui, condamné à mourir après Bérenger.

Pourquoi ? La raison est simple. L’exercice du pouvoir est révélateur. Lors de ses derniers passages au gouvernement de 1995 à 1997 et de 2000 à 2005, le MMM ne s’est nullement distingué des autres formations politiques. On a revu la même obligation de caser des proches – parfois totalement incompétents et corrompus – à des postes de responsabilité. La même compulsion à fricoter avec tout ce que le pays compte de lobbys sectaires et racistes afin de préserver le pouvoir. Enfin, et c’est la raison principale, une même politique économique favorisant le marché libre. Envolé, le rêve de « ene sel lepep en sel nation ». Détruite, l’utopie d’un Etat socialiste pouvant éradiquer la pauvreté et fournir aux citoyens – devenus tous égaux – des services essentiels de qualité. Bérenger n’a pas su empêcher tout cela…

Le MMM, ou du moins l’idée qu’on s’en faisait, n’existe donc plus. Il serait alors illusoire que la stratégie du parti consiste à mettre du crépi sur ses murs largement lézardés. Des événements récents donnent la mesure de la gravité de la situation. Quand la Fédération des créoles mauriciens exhorte ses sympathisants à ne pas voter en bloc, c’est en fait un désaveu du MMM. Qui a pendant longtemps, été le parti pour lequel les minorités votaient en bloc, car il avait à coeur la défense de leur intérêt. La FCM et d’autres ont conclut sans appel que le retour sur l’investissement (électoral) MMM a été très pauvre.

Autre décalage. Il fut un temps où le MMM demeurait obstinément aveugle aux « réalités du pays ». C’est ce qui amena notamment les mauves à aligner Dev Virahsawmy dans la circonscription Triolet- Pamplemousses en 1976. Trente ans plus tard, le MMM cède sans complexes à ces mêmes « réalités ». C’est donc au nom de celles-ci que le parti alignera trois musulmans à Port-Louis-Sud, Port-Louis centre pour les prochaines législatives. Le parti est tellement obnubilé par les « réalités » qu’il en vient à être secoué par des histoires de courants de pensées internes à une religion ! Des courants, qui à eux seuls peuvent désormais causer des remous internes, défections et prise de distance de certains membres.

Alors comment réformer ce parti profondément sclérosé et totalement coupé des idées qui ont présidé à sa création et son action initiale ? Maurice et sa population étant ce qu’elles sont… la solution passe par le leadership. Il serait injuste – mais aussi illusoire – de demander à Bérenger de changer de style, d’idées et de méthode après toutes ces années. Toutefois, l’équation MMM = Bérenger explique justement pourquoi les choses ne changent pas.

A notre sens, le plus grand cadeau que MMM et Bérenger puissent faire à la démocratie dans ce pays c’est de commencer dès maintenant un plan de succession. Certains dirigeants mauves ont la même analyse. Les prochaines élections générales ne sont pas importantes. Elles ne sont qu’une porte de sortie pour Bérenger. Un dernier combat que le chef doit livrer. Mais durant ce dernier combat, Bérenger doit avoir ostensiblement installé auprès de lui celui qui dirigera les troupes à l’avenir. Et tout le long de ce combat,le chef actuel, doit pouvoir laisser le dauphin s’exprimer et dire comment lui, compte diriger le parti à l’avenir. Et comment il compte refonder les idées du MMM afin que le parti ne soit plus asservi par ses démons actuels.

C’est peut-être la tâche la plus difficile qui puisse attendre Bérenger. Ce sera même sans doute la décision la plus importante que l’actuel leader sera amené à prendre. Si le MMM maintient sa décision d’aller seul aux prochaines élections, le parti ne les gagnera pas. Reste à Bérenger d’utiliser cette défaite et le temps qu’il accordera au MMM afin d’installer le futur leader des mauves et lui permettre de construire après les élections un parti qui n’aura plus pour nom MMPB. Il faut maintenant, par contre, trouver cette personne qui a les compétences et les qualités humaines pour relever ce défi.

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