Ramgoolam décide…

Navin Ramgoolam doit jubiler. Mais les conclusions du dernier sondage TNS Sofres ne surprennent sans doute pas le patron du Parti travailliste (PTr). Il récolte les dividendes d’une stratégie politique vieille comme le monde : diviser pour mieux régner. En effet, occupés à s’attaquer mutuellement, le MSM et le MMM en ont oublié de s’opposer au gouvernement de Ramgoolam. Englués dans leurs contestations internes, problèmes de leadership, démissions et projets d’alliance ratés, le MSM et le MMM ont lourdement déçu les citoyens indécis ou mécontents de l’action du gouvernement. La sanction de l’opinion est lourde et très claire.

En août 2008, le plus grand parti du pays était celui des indécis. Un Mauricien sur trois (33 %) se disait proche d’aucun parti. Un peu moins d’un an plus tard, c’est le PTr qui s’impose comme la force politique majeure (41 %). Une bonne partie des électeurs déçus de l’action gouvernementale s’était soit réfugiée dans l’opposition ou était allée gonfler les rangs des indécis. Mais les turpitudes de l’opposition ont sans doute aidé ces personnes à faire – ou réviser leur choix en revenant au bercail rouge. Les 9 points de moins chez les indécis et la baisse de 6 points du tandem MSM-MMM expliquent le bond de 16 points du PTr dans l’opinion.

Cette embellie est avant tout un satisfecit pour Ramgoolam. Son parti recueille désormais 16 points d’intentions de vote supplémentaires comparé au dernier sondage (28 %). Près de deux personnes sur trois (61 %) approuvent son action comme PM. Ramgoolam réussit également à consolider sa position de PM préféré des Mauriciens (48 %) en gagnant 17 points au passage.

C’était prévisible ! L’électeur aime avoir un chef de guerre pour leader politique. Or, Ramgoolam a été le seul à endosser ce costume durant l’année écoulée. Le leadership de Paul Bérenger son seul challenger crédible – a fait l’objet d’un débat intense, cacophonique et démobilisateur au MMM. Pravind Jugnauth, même en remportant l’élection partielle de mars a, lui, donné l’impression de n’être qu’un candidat officieux du PTr. Gagnant grâce au déploiement rouge.

Pendant ce temps Ramgoolam a multiplié les rodomontades. Il a promis « d’en finir » avec le MMM. A fait du MSM une vulgaire « opposition loyale » au Parlement. Tout en rappelant régulièrement à ses propres troupes que son autorité au parti et au gouvernement est suprême. Les électeurs ont apprécié ces démonstrations de puissance. Navin Ramgoolam semble désormais avoir une très sérieuse option de victoire aux prochaines élections générales. En effet plus d’une personne sur deux (53 %) pense que Ramgoolam l’emportera. Seule une personne sur cinq (20 %) pense que l’opposition peut vaincre.

Ces perceptions sont très importantes à l’approche des échéances électorales. Tellement cruciales qu’une bonne partie des indécis adopte une attitude commune à la veille du scrutin – ils volent au secours de la victoire ! En choisissant de voter pour le camp perçu comme le plus fort. Ce camp, c’est celui de Ramgoolam pour le moment.

De quelle victoire parle-t-on dans une lutte à trois? Le PTr a-t-il une assise nationale assez forte pour obtenir la majorité absolue des sièges au Parlement ? Cette question agite la hiérarchie du PTr. Ramgoolam figure parmi ceux qui pensent que le parti peut obtenir la majorité absolu à la faveur d’une remontée de la cote du gouvernement à son niveau de juillet 2005 – date de l’arrivée au pouvoir de Ramgoolam. Par contre, d’autres rouges suggèrent à leur leader de contracter une alliance. Afin d’obtenir une victoire nette et cette majorité parlementaire des trois-quarts dont rêve Ramgoolam.

Mais les personnes interrogées semblent majoritairement en faveur d’une bataille claire entre les partis politiques. Car dans chaque configuration d’alliance (PTR-MMM, PTR-MSM et MSM-MMM) la proportion de personnes qui y sont opposées est majoritaire (58 %, 43 %, 42 % respectivement). Le MMM, à travers son deputy leader, Jayen Cuttaree, a précisé que les mauves comptent se présenter seuls aux prochaines élections générales. Toutefois, au MSM, les tractations d’alliance avec le PTr ne se sont jamais arrêtées. Ces épousailles sont stériles car elles ne rapportent que 4 points supplémentaires d’intentions de vote à Navin Ramgoolam en le faisant remonter à 49 %.

Sur la base de cette photographie de l’humeur de l’électorat, Ramgoolam gagnerait à ne pas faire d’alliance. Se ménageant en cas de majorité insuffisante la possibilité de contracter une coalition avec le MMM ou le MSM à l’issue du scrutin. Un double avantage en découle : libéré de l’épineux problème de distribution de tickets, Ramgoolam pourra choisir et placer librement ses candidats. Politiquement, cela lui évitera également de perdre un temps précieux à expliquer le besoin d’une alliance à un électorat – on l’a vu – majoritairement hostile aux rapprochements des partis.

Mais au-delà de cette question de stratégie se pose celle de la tactique. Elections anticipées ou pas ? Avant fin 2009 ? Ou vers mi-2010 ? C’est Navin Ramgoolam qui devra répondre à ces questions. Il a le choix. Appeler le pays aux urnes rapidement et capitaliser sur une popularité qui semble lui être acquise pour le moment. Ou alors attendre pour engranger davantage de points par son action gouvernementale – et notamment à travers le budget de novembre 2009. Il courra alors le risque de se faire rattraper entre-temps par une opposition reprenant de la vigueur ou un contexte économique et social morose. En attendant de décider de sa stratégie, Ramgoolam place ses pions pour la grande bataille celle de l’opinion qui lui permettra d’accentuer son hégémonie sur la scène politique. L’arrivée de Dan Callikan à la direction de la MBC hier pourrait bien être l’Acte I de la bataille qui s’annonce.

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