Prophètes de malheur

Quelque chose ne tourne pas rond dans le pays. Le Mauricien – depuis le début des années 80 – a perdu tout intérêt dans les manifestations de rue. Au plus fort des licenciements dans le textile de 2003 à 2005, les syndicalistes ralliaient péniblement 1000 personnes pour des marches de protestation.

Or, ces jours- ci, en rassembler 5 000 pour dénoncer la vie chère, les nouvelles lois du travail ou les licenciements semble être devenue une formalité. Il faut se féliciter de cette mobilisation. Mais ne pas croire qu’il suffit de faire cela pour que les choses changent. Encore moins penser qu’il suffit de changer les nouvelles lois du travail – qui sont mieux que ce qu’on veut faire croire – pour que la situation s’améliore.
Il ne faut pas être aveugle. C’est la peur de perdre son emploi. C’est l’inquiétude de ne pas avoir les moyens de faire vivre sa famille convenablement qui poussent des milliers de personnes dans les rues régulièrement depuis deux mois. On ne peut leur reprocher d’avoir peur.
Car il faut bien l’avouer, rien n’a été fait pour les rassurer jusqu’ici. Il ne s’agit pas de trouver des coupables. Mais on ne peut s’empêcher de penser que la communication du gouvernement sur la crise financière internationale et ses effets sur Maurice a été lamentable.

Le Premier ministre a évoqué l’économie comme sa priorité lors de ses discours de fin d’année et de l’indépendance. Mais dans les faits, il a semblé qu’il était surtout affairé à désamorcer la crise à l’ICAC et à « Air Mauritius » , s’attaquer à la presse, faire élire son opposant loyal et trouver une solution à la crise politique malgache. Les grands discours ponctuels et rassurants sur l’action économique du gouvernement sont certes les bienvenus. Or ce sont les actions qui les succédent qui marquent davantage les esprits. On peut raisonnablement dire qu’il n’y en a pas eu beaucoup.

Rama Sithanen, le ministre des Finances dira certainement le contraire. Il évoquera son premier « Stimulus Package » de décembre et les mesures additionnelles dévoilées ce mardi pour affirmer comment et pourquoi tout est fait pour protéger l’économie et l’emploi. Mais c’est sans compter sur la principale faiblesse de Rama Sithanen : son incapacité à s’adresser au grand public.

A la télé, à la radio ou en conférence de presse, le ministre des Finances s’adresse en priorité à « bann ki konn lekonomi » . Or, son auditoire, le grand public, est composé d’une immense majorité de personnes qui n’y comprennent strictement rien ! Qui, par exemple, ne saisissent nullement les liens directs entre la politique monétaire et la préservation de l’emploi dans l’industrie d’exportation.

Profitant de ce décalage entre le gouvernement et la population, l’opposition en profite pour distiller, un peu trop souvent, un argumentaire démagogique. Peindre un tableau économique catastrophique. Et parler de récession – une contraction de l’économie – alors même que Maurice pour l’heure, et très probablement pour au moins encore une année, connaît un taux de croissance positif. Une situation qui rend envieux la grande majorité des pays développés du G20.

Dans ce genre de contexte tendu, les prophètes de malheur apparaissent à chaque coin de rue. Il faut le dire, y compris dans les rangs des syndicalistes. A en entendre certains d’entre eux, Armageddon, c’est dans quelques semaines ! En face malheureusement, quelques représentants du patronat ne font rien non plus pour calmer les esprits en recommandant un gel des salaires dans le privé cette année. Pour couronner ce tableau pathétique, le gouvernement reste incapable d’expliquer clairement et dans un langage simple ce qui est en train d’être fait pour protéger le pays de la crise.

La création de l’emploi et l’économie. Ce sont les priorités que le gouvernement doit se fixer en 2009 selon la majorité des personnes interrogées par « Synthèses » en décembre dernier. Pour obtenir des résultats dans ces domaines, il faudra un peu plus de sérénité dans le pays. Cela implique que les prophètes de malheur se calment. Et que le gouvernement explique, à tout le monde – et pas qu’aux experts en économie – son plan d’action. Cet effort de pédagogie, nous espérons ardemment qu’il commence avec le budget transitoire de Sithanen, le 22 mai.

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