Les démons de 2010

Ceux qui pensent qu’une alliance Parti Travailliste (PTr)-MSM est déjà conclue ont tort. Tout comme ils ont tort d’accorder trop d’importance à l’entente plus que cordiale entre les sympathisants – et les états-major des deux partis durant la campagne électorale de Moka-Quartier-Militaire. Paul Bérenger et Navin Ramgoolam pourraient anéantir demain le rêve de Pravind Jugnauth de refaire son entrée à l’hôtel du gouvernement.

La campagne électorale de février nous a donné un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler celle de la prochaine élection générale. Dans un camp, une alliance fédérant la sympathie de la composante majoritaire de la population. En face, un parti s’attirant certes les faveurs de militants de longue date, mais fonctionnant d’abord comme un aimant pour toutes les minorités et tous les groupes frustrés du pays. La prochaine campagne électorale pourrait se jouer dans une stricte logique « nou bann » contre « bann là ». Personne n’a intérêt que ce scénario se réalise.

Le MSM, et quelques-uns au PTr, diront qu’une plateforme bleu-blanc-rouge est susceptible de générer une large adhésion dans le pays. C’est faux. Cette alliance gagnera sans doute, mais elle sera loin d’égaler celle de 1983. Un trio Anerood-Satcam-Gaëtan dépasse de loin un Navin-Pravind-Xavier. Ce dernier n’est pas, comme son père, le « King Créole ». Une telle alliance serait perçue, par les minorités, comme étant un club fermé et homogène servant d’abord les intérêts de la section majoritaire de la population. S’ils n’ont pas cette perception de prime abord, les soutiens tapageurs et mots d’ordres explicites des « Voice of Hindu », « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » achèveront de les convaincre du contraire !

Il y a une deuxième possibilité : un MSM-MMM. Malgré toutes les invectives qui ont été lancées de part et d’autre, un rapprochement entre Pravind Jugnauth et Paul Bérenger ne peut être complètement écarté. Pour cela, il faudrait que Paul Bérenger accepte de céder la totalité du mandat du Premier ministre à Pravind et sans doute, à lui proposer un deal 50-50 en terme de tickets. Si Paul Bérenger croit que cette solution est dans l’intérêt de son parti, du sien et dans celui du pays, il consentira à cet hymen.

Mais une joute opposant le bloc MSM-MMM au PTr pourrait être aussi dévastatrice pour la cohésion nationale qu’un affrontement entre les mauves et le bloc MSM-PTr. Les mêmes associations socioculturelles referont surface. Le corps électoral notre société sera encore une fois divisé en deux. Si le PTr perd, il pratiquera une opposition démagogique. Attaquera Pravind Jugnauth qui sera lui aussi devenu un « pantin » ou « l’homme » de Bérenger. Ce dernier sera diabolisé pour mieux faire peur à une bonne moitié de la population. Retour à la case départ.

navinberenger

Puis reste la solution PTr-MMM. Les proches de Bérenger affirment que l’homme n’aurait aucun souci à retravailler avec Ramgoolam. D’ailleurs ce dernier n’a jamais caché sa sympathie pour son « ami » Paul. Mais ce ne sont pas les affinités personnelles qui pourraient amener les deux hommes à conclure une nouvelle alliance rouge-mauve.

Ce sera une alliance de raison. Un regroupement permet aux deux partis de complémenter leur force respective. Le rouleau compresseur rouge dans le « hindu belt » des circonscriptions rurales d’un côté, l’assise mauve à Port-Louis et dans les autres villes de l’autre. En 2009 et 2010, le pays subira les premiers vrais effets de la crise financière internationale. Il faut se préparer pour y faire face. Et l’une des étapes pour y arriver, c’est de faire taire les dissensions et les clivages sociétaux. De vivre le temps d’affronter la crise dans une démocratie apaisée.

Pour que l’apaisement soit total, il serait souhaitable que le MSM se joigne à cette équipe afin qu’un gouvernement d’unité nationale se dessine. Mais nous pensons que cette possibilité est incertaine. Car dans un triumvirat, un autre jeu de pouvoir s’installera. Il y a fort à parier que l’ambitieux Pravind Jugnauth, convaincu qu’un destin national l’attend, ne se contentera de rien de mieux que la deuxième place du gouvernement. Une position qui, électoralement, politiquement et symboliquement, ne peut revenir qu’à Bérenger. Ce gouvernement d’unité là, est à bien des égards, impossible à goupiller. Incapables de s’entendre entre eux, les lieutenants du chef Navin auront tôt fait de le faire imploser …

Reste le « timing ». Avons-nous le loisir d’attendre mi-2010 pour apaiser notre société ? Les défis de 2009 et 2010 sont socio-économiques. Mais des démons puissants nous empêcheront d’atteindre nos objectifs. Ces démons s’appellent sectarisme, clientélisme et malaise des minorités.

Un homme a des clés en main. Beaucoup de clés. En décidant de ramener les élections générales à 2009 et en acceptant de les briguer au sein d’une plateforme d’unité, il donnera toutes les chances au pays et à la population de passer le cap des deux à trois années très difficiles qui nous attendent. La clé, c’est Ramgoolam qui la détient. A moins qu’il ait décidé, depuis lundi dernier, de vivre dans l’illusion qu’une alliance bleu-blanc-rouge suffirait à apaiser le pays. Il aurait tort…

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