Bizin sanzman!

Le directeur de l’Audit est un homme seul. Pas étonnant qu’une certaine frustration, voire un découragement certain, transparaisse dans ses propos. Rajun Jugurnauth et ses collaborateurs ont dressé, depuis maintenant cinq ans, un diagnostic clair de tout ce qui ne tourne pas rond dans l’administration publique. Rapport après rapport, l’anatomie du gaspillage des fonds publics a été étudiée.

On sait où chercher. Ainsi, très vite, le bureau de l’Audit s’est intéressé aux postes de dépenses qui sont les plus révélateurs. Ce ne sont pas quelques factures d’électricité, de téléphone ou d’heures supplémentaires, même si elles sont salées, qui plombent les finances de l’Etat, mais bien les projets de développement. Dont on a l’impression que toutes les étapes – de la formulation des besoins à la construction et l’entretien – sont franchies par nos administrations avec une légèreté affligeante.

Rajun Jugurnath avait lui-même trouvé une bonne formule pour expliquer l’à-peu-près qui règne dans l’élaboration des projets des ministères : « Le client ne sait pas lui-même ce qu’il veut ! ». Et d’illustrer son propos par des cas bien réels. Comme ce médecin se retrouvant à donner son avis sur les structures métalliques d’un bâtiment, alors que seuls un ingénieur civil ou un architecte seraient aptes à fournir une opinion éclairée en la matière.

Le directeur de l’Audit a également, en d’innombrables occasions, expliqué comment la mauvaise surveillance et la planification hasardeuse des projets provoquent invariablement des hausses substantielles dans leurs coût finaux. En fonction de l’incompétence et de l’attitude plus ou moins démissionnaire de ceux chargés de superviser les projets, la facture finale varie facilement de 50 % à 300 % du montant initialement budgété.

Les rapports de l’Audit ne sont pas qu’une suite de dénonciations. Ils contiennent également d’abondantes recommandations qui, si elles étaient suivies, permettraient à l’Etat d’économiser quelques milliards de roupies. Ainsi, Rajun Jugurnath fait de la bonne planification des projets l’un de ses chevaux de bataille. Or, ce n’est un secret pour personne, et certainement pas pour nos bailleurs de fonds, que nos ministères sont passés experts en une matière. Celle de faire de grands discours sur les installations ou infrastructures dont ils ont besoin. Pour ensuite bégayer quand arrive le moment d’expliquer, étape par étape, le fonctionnement et l’utilité du chantier.

Le manque chronique de Project Managers au ministère des Infrastructures publiques n’arrange en rien les choses. Car malgré tous les exercices de recrutement, il y en a toujours trop peu. Et à cause de leur rareté même, ce sont des Project Managers issus du privé qui surveillent l’exécution des travaux pour lesquels ils sont payés au pourcentage du coût final. Il ne faut pas être éminent mathématicien pour comprendre que les Projects Managers du privé ont, du coup, tout intérêt à voir grimper les prix des chantiers.

Enfin, le manque chronique d’une autre catégorie de fonctionnaire gêne la détection et la gestion des dépassements budgétaires au sein des ministères. En effet, si tous ont pléthore d’économistes à leur disposition, peu d’entre eux abritent des comptables spécialisés dans le financement et la gestion des projets de développement. Des comptables capables de planifier précisément les dépenses réelles liées à un projet, ou de tirer la sonnette d’alarme en constatant des escalades imprévues ou anormales des dépenses.

Comment diable le gouvernement ne tient-il pas compte d’un diagnostic aussi complet et précis pour combattre le gaspillage et l’inflation galopante du coût des projets de développement ? On est bien forcé d’arriver à la conclusion que ces dépassements font partie d’un arrangement tacite liant fonctionnaires, entrepreneurs et ministres. Sinon, il n’y aurait aucune raison de répéter avec entêtement les mêmes erreurs.

Mais comme le dit si bien le Premier ministre, Bizin Sanzman ! Et le changement, nous le pensons, peut être initié par l’Independent Commission against Corruption. Il est temps que l’ICAC se saisisse de quelques dossiers de dépassements budgétaires scandaleux et fasse ce que le bureau de l’Audit n’a pas mandat à faire. C’est-à-dire situer précisément les responsabilités et établir si les dépassements ont été volontairement planifiés pour que quelques malins se remplissent les poches.

Cette initiative serait un coup de semonce. Et si l’enquête arrive à son terme et arrive à situer précisément les responsabilités, cela pourrait même servir d’exemple et d’avertissement aux quelques fonctionnaires, ministres et entrepreneurs qui se sont enrichis et continueront probablement à s’enrichir sur le dos des contribuables.

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One response to “Bizin sanzman!

  • Jaahnvi

    Mr Jugurnath is at a crossroad. Poor soul! He has already done the best he could. Logically speaking, its now up to the authorities concerned to take corrective actions wherever required. However, I very much doubt it. We are all aware of the way public funds are handled here. The different Audit reports for the past few years have depicted the flagrant manner in which the expenses of the public administration have skyrocketed. Nobody has deemed it right to do anything worthwhile about it so far and I firmly believe that this will continue. Or else how will those unscrupulous persons responsible for dilapidating these public funds live?
    Yet, if there is still hope for Mauritius, we should start by changing the mindset of people. The time has come for Mauritians to wake up to the harsh reality facing them and start taking a keen interest in the way how the funds they contribute are made use of.

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