La RSE, un attrape-nigaud !

Je ne connais pas un seule grand groupe qui pratique une politique de responsabilité sociale des entreprises (RSE) de manière totalement désintéressée. Si vous en connaissez, et si vous pouvez me prouver que des millions sont injectés dans des projets sociaux et environnementaux sans arrière-pensée, je vous promets de manger ma plus belle cravate…avec une petite vinaigrette !

La RSE c’est un concentré de gestion de l’image publique, de maintien de relations de bon voisinage. Et dans beaucoup de cas aussi, un investissement effectué très en avance pour des retours différés dans le temps.

J’en viens donc à Emtel. Que de dithyrambes ! J’ai lu des éditoriaux enflammés expliquant que la politique RSE d’Emtel est admirable. Qu’il fallait s’en inspirer. Que c’est être habité par la volonté de servir le grand public que d’ainsi investir des millions de roupies. Dans le seul but de relier au monde nos quelques compatriotes exilés sur les bancs de sables d’Agaléga. Oui mais…

Oui mais on a semblé oublier qu’Agaléga est un terrain de bataille. Les plages de sable fin de ces îles sont le théâtre d’un jeu dans les coulisses. Plus d’une entreprise voudrait y obtenir un bail afin d’y bâtir des « lodges ». Pour ensuite les louer, très cher, à des milliardaires en mal de dépaysement. Il faut se souvenir…

Le groupe IBL avait tenté une autre stratégie. Se faire octroyer une concession pour démarrer une activité écotouristique dans ces îles. La stratégie d’IBL était bâtie autour de sa petite compagnie aérienne : Catovair. Depuis, la concession a fait l’objet d’une vive polémique entre les membres de l’ancien gouvernement MSM/MMM et ceux de l’actuel. Le projet d’IBL a été stoppé net. Pas très longtemps après, le cateau vert a cessé de voler.

Mais les entreprises n’ont jamais cessé de lorgner Agaléga. Je suis juste réaliste. Je me dis que…Emtel et par extension, le groupe Currimjee (sa maison mère qui a déjà investi dans le tourisme aux Seychelles) ont sans doute quelques idées d’expansion et de développement hôtelier en tête. De source sûre, je sais que le groupe s’intéresse déjà à la zone autour de l’aéroport de Plaisance dans le but d’y lancer un projet immobilier d’envergure. Cela ne m’étonnerait pas qu’on nous fasse part d’un autre nouveau projet, ce coup ci à Agaléga, dans les mois à venir.

Emtel s’est doté d’une belle carte de visite pour justifier qu’on lui alloue un bail. Vous avez vu ! Ils tiennent tellement à cette île et ses habitants ! D’ailleurs, ils ont même relié ces derniers, à grands frais, au reste du monde…alors que c’est un non-sens commercial. Ils sont trop forts chez Emtel…accordons leur ce bail !

Ne riez pas…c’est ce qui pourrait bien se passer ! Et je n’ai pas dit qu’Emtel ne mériterait pas alors un tel bail. Je dis seulement qu’il ne faut pas nous vendre une politique RSE comme un geste désintéréssé…car tout ce ramdam n’est fait que daun un seul but: assurer des rentrées de sous à l’avenir !

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5 responses to “La RSE, un attrape-nigaud !

  • Ludo

    La RSE d’une entreprise n’est certes pas désintéressée. Mais je pense que derrière les actions RSE il peut y avoir différents niveaux d’intérêts dont ferait preuve une entreprise. Le niveau d’intérêt que tu prêtes ici à Emtel étant un des pire voir le pire.

    Mais je crois que n’importe quelle entreprise moderne ayant une politique RSE devrait reconnaitre que l’objectif de sa politique RSE est d’aider à améliorer le sort de cette société dans laquelle elle évolue car en se faisant cela ne pourra qu’améliorer le sort même de l’entreprise, car cette société se compose soit de ses employés et potentielles employés et/ou de ses clients ou potentielles clients.

    Mais pour que cela soit fait de manière ethiquement correcte je crois qu’il ne faut surtout pas voir la RSE comme simplement la distribution de chèque à tour de bras à tous ceux qui en ont besoin.

    Je pense que la RSE doit être structurer. Cela peut se faire à travers la création d’une fondation comme la Fondation Espoir et Développement du groupe Beachcomber. Ou des propositions de projets à être financer sont reçus, étudiés et évalués. Le bien fondée du projet doit être démontré et l’avancement du projet est suivi pour être sur que le financement est bien utilisé. Il y a aussi le modèle Rogers où le SIDA a été choisi comme priorité avec un thème spécifique, la prévention contre le SIDA auprès des jeunes. L’entreprise finance alors des projets relatifs à ce thème selon certains critères, un peu comme ce qui est fait par l’UE par exemple.

    La RSE n’est pas désintéressée mais elle doit être sans « hidden agenda ». Mais il est regrettable qu’Emtel assimile son choix stratégique à de la RSE. Cela me fait penser à des actions RSE mener par une chaine hotelière à Trou aux Biches quelques mois avant qu’elle annonce son plan de déviation de la route côtière pour pouvoir agrandir son hôtel. Bref comme partout il y a de bons et de mauvais exemples.

  • racyn

    On en vient à la question centrale du coup Ludovic. Soit les entreprises se lancent dans ce qui peut être assimilé avec de la RSE mais avec un « hidden agenda. » Ou finalement, ce qu’ils appellent RSE n’est en fait qu’une forme déguisée d’activité caritative ou de mécénat. Or la RSE ce n’est ni l’un ni l’autre.

    Et à Maurice, quasiment toutes les entreprises ne font que l’un ou l’autre. Tu cites Rogers. Son action dans le domaine de la lutte contre le SIDA est en effet admirable. Mais, c’est fait d’une manière simpliste. Surtout autour du « Fund Raising » pour financer les associations. C’est très bien. Mais ce n’est pas assez. Ce n’est pas de la RSE…

  • Ludo

    D’accord avec toi pour le coté simpliste de certaines actions RSE. Je pense que la RSE, rien à avoir avec le sponsorship à la manière des usines sucrières, n’est qu’à ces débuts et on est encore très amateur sur ce sujet ici à Maurice. Mais je crois qu’il est nécessaire d’avoir un débat réel et objectif sur le sujet pour ammener plus de durabilité dans les politiques RSE engagées par nos entreprises.

    Je voudrais aussi évoquer quelque chose au sujet de la facon dont certaines entreprises communiquent sur leur actions RSE. On a souvent vu de grands groupe venir vendre leur actions RSE à travers des pleines pages de pub dans les quotidiens ou sur des panneaux ou encore avec des bannières géantes placé sur la façade de leur QG. Ce genre de communication est très couteuse, cet argent aurait pu aller directement à leurs actions RSE. D’autre part ce genre de communication pour une action RSE est selon moi grossière et avec une telle communication beaucoup de destinataire du message verront immédiatement un hidden agenda souligner au feutre noir. C’est vrai que les entreprises doivent faire savoir à leurs publics ce qu’ils font comme actions RSE mais je ne pense pas que cela doit se faire à travers des campagnes publicitaires qui coutent des centaines de millions de roupies.

  • carole R

    Je réagis avec un peu de retard dû à la distance sans doute :-)))
    Les chose sont simples : la RSE c’est l’application du principe biblique « charité bien ordonnée commence par soi même »; Comment se développer dans un environnement hostile ? en rendant l’environnement moins hostile.
    Tous les exemples cités sont pour moi bien souvent du Charity Business ou de la démagogie; il y a peu d’entreprises mauriciennes qui appliquent ou traduisent réellement les principes de la RSE qui ont d’ailleurs été relativement bien définis par des organisations internationales de type OCDE ou Union européenne. Je ne nie pas les effets positifs d’actions du type de celles de Rogers, MCB, IBL aso mais je ne vois pas trop en quoi elles inscrivent le développement de leur entreprise dans la « sustainability » et donc dans la perspective d’un changement radical de leurs modes de production en tenant compte des énormes contraintes écologiques et sociales qui pésent sur les milieux insulaires tels que Maurice.
    Et enfin, je suis au regret de m’inscrire également en porte à faux contre l’idée selon laquelle l’industrie sucrière mauricienne a fait du sponsoring. Quelle industrie a développé un système de jardin d’enfants GRATUIT pour les pré scolaires et ce depuis plus de 20 ans? je ne parle même pas des terrains de sports, des gymnases, des dispensaires … c’est difficile à reconnaître car par ailleurs cette industrie incarne, à tort ou à raison, la souffrance au travail et la misère humaine mais elle a été pendant des années la seule à pratiquer ce que l’on appelle la RSE aujourd’hui; sans doute avec des arrières pensées, je le concède mais avec des années d’avance sur les autres, comme pour tant d’autres choses.

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