L’autre égalité

N’y voyez aucune provocation ou apologie de la tricherie ! Mais supposons que chacun des 10 000 étudiants prenant part au « Higher School Certificate » cette année avait un ordinateur connecté à Internet. Imaginons, également, que chacun de ces étudiants savait que certaines réponses étaient disponibles sur Internet. Pour peu qu’on les cherche. Si chacun avait eu la même chance – n’appelons pas cela tricher – de mieux s’armer pour passer son examen, n’aurions-nous pas finalement trouvé cela presque encourageant que nos collégiens se démènent pour mieux réussir leurs examens ? En faisant preuve de cet esprit « tracer » que l’on reconnaît volontiers à tout Mauricien qui se respecte ?

Au-delà de la question de tricherie, ce qui doit interpeller dans tout ce triste épisode des fuites au HSC, c’est l’inégalité des collégiens devant cet examen. Cela se sait. Le fils du comptable habitant Curepipe et fréquentant une « Star School » des Plaines-Wilhems n’a pas les mêmes chances et atouts pour réussir que la fille d’un chauffeur de bus habitant Case-Noyale et étudiant au collège d’Etat de la région…

A l’heure où le gouvernement s’apprête à faire voter une loi sur l’égalité des chances, il convient de s’intéresser à l’inégalité des chances qui sévit dans notre système scolaire. A Maurice, que ce soit au secondaire ou au primaire, une catégorie d’élèves part avec plusieurs longueurs d’avance sur leurs camarades. Il ne s’agit pas de leur reprocher d’être nés dans des familles aisées ou de classe moyenne. Il ne s’agit pas de regretter que leurs parents aient eu les moyens de les envoyer suivre des cours particuliers, de leur doter d’un ordinateur avec une connexion Internet ou de leur inculquer une certaine ouverture d’esprit ou une certaine culture à travers les lieux et les personnes qu’ils fréquentent.

Ceux à qui nous devons penser, ce sont ces enfants qui n’auront jamais les moyens de rattraper le retard qu’ils prennent, dès leur plus jeune âge, dans la course à l’éducation. Il est utopique de croire que l’on peut arriver à une société égalitaire qui fasse que chaque enfant ait chez lui un minimum de confort matériel et un encadrement familial qui aideront à son éveil. Cette mission, de service public, ne peut qu’être confiée à l’éducation nationale.

Or, l’éveil et l’encadrement nécessaires, qui font que l’enfant trouvera après sa place dans une filière académique classique ou professionnelle, s’acquièrent très jeune au stade du pré-primaire. Des études de sociologues et de psychologues le prouvent. On comprend qu’il est futile de se battre pour un CPE moins « cutthroat» ou remplacer le HSC par le Baccalauréat international, si on ne songe pas à réformer l’éducation pré-primaire à Maurice

Nous sommes amenés à penser que Vasant Bunwaree, le ministre de l’Education, a compris cet enjeu fondamental de l’éducation de nos enfants. En tout cas, c’est la conclusion à laquelle on arrive quand on lit l’ébauche du plan stratégique 2008-2020 du ministère. Et quand on y découvre l’importance et les moyens qui sont accordés au secteur du pré-primaire.

Le chapitre « Early Childhood Care and Education » est holistique. Quand on parcourt les grilles d’objectifs stratégiques, on découvre que les aspects les plus divers de l’encadrement des jeunes enfants de 3 à 5 ans semblent tous avoir été pris en compte. Ce ne sont pas les objectifs quantitatifs qui sont les plus encourageants, mais bien les buts qualitatifs recherchés. Il est contreproductif de penser à scolariser tous les enfants de 3 à 5 ans si on ne leur offre pas l’encadrement et les possibilités d’éveil adéquats.

Or, le plan s’intéresse aussi bien à l’exposition des enfants aux technologies modernes qu’à l’éducation des parents, notamment à travers le « Family Support Strategy » pour bien leur faire comprendre l’utilité de l’enseignement pré-primaire. Plus important encore, ce plan prévoit – enfin – la mise en place d’un vrai programme national d’enseignement étudié et développé avec rigueur pour nos enfants. On est bien loin de l’école pré-primaire d’amateur des « ti-miss » que le plan se propose d’ailleurs de former à 100 % d’ici 2012.

La question de la réforme et de la modernisation de notre système éducatif est complexe. Mais Bunwaree et son ministère nous donnent l’impression d’avoir une vraie vision d’ensemble tournée vers l’avenir et le développement de nos générations futures. Il faut désormais espérer que Bunwaree réussisse là où nombre de ses prédécesseurs se sont cassé les dents ou fourvoyés devant des pressions politiques ou sociales d’un autre âge…

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3 responses to “L’autre égalité


  • I did not read the strategical plan in detail yet; however there’s some things I must comment on:

    No repetition of exams based upon a survey done by The Ministry of Education,MES, etc. The question is: had those guys inspected all blogs,forums,chatrooms,IRC servers,emails, conference communication tools such as MSN Messenger,Skype,GoToMeeting etc???You get my point:it’s impossible to verify since when leakages or communication of Cambridge Exam Papers started and its extent!!

    This questions the validity of those cambridge results with retroactive effects.

    Something tell me that me or some of my old college pals could have been laureates but we’ve been cheated by the inability of cambridge to ensure fair global exams:))

    Suraj

  • Melanie

    Je m’excuse pour l’ironie mais c’est ce qu’on appelle le Digital Divide. En matière de technologie à Maurice, c’est un trou béant qui sépare les riches des pauvres ce malgré toutes les initiatives gouvernementales pour faciliter l’accès aux ordinateurs. Alors imaginez maintenant ce qu’il en est pour Internet! Les pauvres et les riches ne voient pas les mêmes souris. Oui, l’égalité des chances c’est une utopie même si on vit au 21ème siècle et que l’on pense déjà au Web 3.0. Toutes les faveurs de ce monde ( positives ou négatives) ne bénéficient finalement qu’aux plus aisés et bien moins aux démunis. Alors oui, c’est encore et toujours les pauvres les plus honnêtes!!!

  • racyn

    Effectivement Mélanie, nous sommes en plein dans la fracture numérique et ses effets. L’égalité des chances est une utopie, je vous le concède volontiers. Mais je crois qu’en matière d’internet et d’accès aux technologies de l’information on doit pouvoir arriver à une situation où l’accès devient possible à chacun. Après, il s’agit de travailler à ce que tout le monde comprenne l’utilité de l’outil et s’y tourne. Ou encore, que chacun ait la connaisance de base pour pouvoir utiliser cet outil. Mais ceci est un autre débat.

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