Le nouvel électeur

Si vous jetez la pierre aux politiques en pensant qu’ils sont les seuls coupables, il y a de grandes chances que le caillou vous revienne en pleine figure ! Le titre de notre « événement » a peut-être suscité la réaction suivante chez certains de nos lecteurs : « C’est vrai ! Ces politiques, ils sont tous coupables… » Mais ce titre n’évoque pas uniquement leurs penchants. Notre dossier parle d’abord de cette fâcheuse manie qu’a développée une minorité de l’électorat : se transformer en « roder boute » le temps d’une campagne électorale.

Cette minorité tient toujours le même raisonnement : les ministres et les politiques en général ne descendent dans les circonscriptions et ne prêtent une oreille attentive qu’en période de scrutins. Ils ne boudent donc pas leur plaisir. En proposant leurs votes ou leurs influences (prétendues ou avérées) dans tel ou tel quartier contre la promesse d’un job ici, d’un terrain là ou le réasphaltage d’une impasse empruntée par les seuls membres de deux familles par jour !

Le politique est un drôle d’oiseau. Un grand anxieux. Quand il en a les moyens, il satisfait toujours la demande ponctuelle d’un électeur. Tant que ce dernier lui donne l’impression qu’il votera pour lui. Cela le rassure. Voilà comment l’essentiel de nos politiques, et surtout ceux qui font partie d’un gouvernement sortant, en viennent à penser qu’il faut accorder des avantages à tour de bras pour se faire élire.

Mais il faut bien deux mains pour applaudir. S’il y a un corrupteur passif (l’électeur proposant son vote), il faut qu’il trouve en face le corrupteur actif (le candidat qui accepte de payer ou de procurer un avantage) pour que toute cette démocratie de « roder boute » fonctionne. Mais nous pouvons voir venir les protestations. Certains rétorqueront : « S’il s’agit d’une pratique à laquelle s’adonnent les politiques et une minorité d’électeurs, nous ne sommes donc pas tous coupables ! » Faux !

electeur

La psychologie des foules électorales explique certains faits. Des travaux ont démontré que les foules électorales sont particulièrement réceptives aux « images saisissantes » comme le décrit Gustave Le Bon dans le livre fondateur de cette discipline. Transposons cette « image saisissante » dans la réalité locale. Le parti X croise le fer avec le parti Y dans la circonscription Z. A priori, les électeurs sont encore partagés. Aucune tendance réelle ne se dessine. A trois jours du scrutin, le parti X décide de lancer un assaut d’envergure.

Il s’enquiert de tous ceux dont les votes et les « bases » sont à vendre dans les différents quartiers. Et à coup de liasses de billets et de promesses en tous genres… obtient que les maisons arborant hier des fanions mauves les remplacent par des drapeaux rouges. Le parti X fait aussi repeindre les conteneurs mauves d’avant en nouvelles « bases » rouges ! Déambulant dans leur quartier le lendemain matin, les habitants sont stupéfaits. Des rues entières ont changé de couleur. Une image saisissante qui fera dire à un bon nombre que ce sont les rouges les plus forts. Que la tendance est désormais connue. Beaucoup – la psychologie des foules le suggère – accourront dans le camp qui donne l’impression que les votes tournent en sa faveur.

Si le politique est un anxieux pathologique, l’essentiel de l’électorat, qui n’a pas une opinion politique inflexible, a, par contre… une âme de mouton ! Il s’appuiera sur l’image saisissante du moment pour arrêter son choix. Même si cette image n’est en fait que l’image d’une minorité. Voilà comment, en se comportant comme des moutons, l’électorat, dans son ensemble finit par permettre à une minorité d’électeurs et de candidats corrompus de fausser les résultats d’un suffrage.

Que faire ? Laissons les politiques édicter leur code d’éthique. Laissons le législateur accorder de vrais pouvoirs aux institutions pour veiller au respect des nouvelles règles. Et comme électeurs éclairés et responsables… changeons nous-mêmes de mœurs. En nous intéressant vraiment à ce que disent et proposent les partis. En décelant les contradictions dans ce qu’ils ont dit, ce qu’ils disent et sur l’exécution des actions qu’ils disent vouloir entreprendre. En d’autres mots, apprenons à voter pour un programme plutôt que pour un parti ou une ethnie. C’est un vaste programme qu’aucun parti ne saurait mettre en œuvre. Et pour cause, cela demande que nous changions profondément nos mœurs. En sommes-nous capables, ou préférons-nous nous complaire à être… tous coupables ?

publié le 16 novembre 2008

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